09 janvier 2014

MUZIQ # 2 | EN LIBRAIRIE LE 23 JANVIER

COUV-MUZIQ-N°2.jpg

 

Fondé en 2004, le magazine Muziq a séduit plusieurs générations de lecteurs amoureux des musiques plurielles, du rock au jazz en passant par la soul, le hard-rock, le funk, la pop et la chanson. Quatre ans après la parution de son dernier numéro en kiosque, Muziq renaît sous la forme d’un « bookzine », mi-livre, mi-magazine, entièrement consacré à la musique. Interviews fleuves, dossiers géants, discographies commentées, témoignages rares, portraits, tops imaginaires et surprises en tout genre sont de retour dans le bookzine qui aime les mêmes musiques que vous !
 
Au sommaire de ce deuxième numéro, un dossier géant de 60 pages consacré à Led Zeppelin avec portraits et analyse en profondeur des discographies parallèles de Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham illustrés par de nombreuses photos rares et inédites, sans oublier des témoignages exclusifs sur la première visite française du quatuor en 1969. Egalement au programme : des entretiens exclusifs avec Donovan, John Carpenter, Bernard Lavilliers et George Clinton, Bernie Worrell et Bootsy Collins au sujet de la création de l’album Mothership Connection  de Parliament, l’incroyable histoire du Studio Ferber, des essais sur Tim Buckley, Kevin Ayers, un passage en revue de la passionnante discographie de Van Morrison,  un hommage à J. J. Cale, un blind-test « mauve profond » avec Ian Paice, les compte-rendus de concerts vintage des Kinks et de John Coltrane, une tournée in situ avec Link Wray, les souvenirs du DJ-globetrotter Remy Kolpa Kopoul, mais aussi des (re)découvertes de CDs cultes, des tops imaginaires et bien d’autres surprises !
 
164 pages, 14,99 €.

En librairie le 23 janvier (Le Castor Astral éditeur)
 

 

 

09 décembre 2013

ROMAIN SARNEL DEVOILE NIETZSCHE

portrait-romain-2 (1).jpg

Romain Sarnel


 

En cinq déclics et autant de périodes, le philosophe Romain Sarnel balaie les contresens qui brouillent la lecture de Nietzsche à partir des traductions qui sont livrées à notre connaissance. L’auteur d’une nouvelle lecture du Prologue de Zoroastre (L’Arche Éditeur, 2000) poursuit son entreprise d’éclaircissement dans un Comprendre Nietzsche qui est à première vue un guide mais plus encore une loupe pour se défaire des notions que l’on croyait exactes (« volonté de puissance », « éternel retour du même », « surhomme »…) et qui se révèlent être des montages organisés par la sœur de Nietzsche, Elisabeth Förster, et son ancien ami Peter Gast, contrefaçons reprises sans discernement par Heidegger, Michel Foucault et Gilles Deleuze. Voici donc une révolution sémantique permettant de découvrir un autre penseur, en somme irrévélé, dont les enjeux introduisent l’énergie de la joie et de la créativité au centre d’un système résolument perspectiviste. L’ouvrage prend place dans une collection intitulée Essai Graphique, mettant ainsi en correspondance la vitaminique réflexion de Romain Sarnel avec des dessins de Naema Bellart. Dès lors Nietzsche devient visible et enfin lisible. 

 

Guy Darol : Votre Prologue de Zoroastre, suivi de Logique de la découverte philosophique (L'Arche Éditeur, 2000), lançait une bombe dans la connaissance que nous avons, en langue française, des textes de Nietzsche. À la manière de Jacques Aubert qui initia, quatre ans plus tard, une nouvelle traduction de l'Ulysse de James Joyce, vous avez inauguré une nouvelle lecture des concepts nietzschéens en rapport avec notre époque. Ce message a-t-il été reçu et estimez-vous que le combat mérite de se poursuivre ?

Romain Sarnel : En l'année 2000, j'ai proposé une nouvelle lecture de l'œuvre de Nietzsche à partir d'une nouvelle traduction. Le message n'a pas été entendu. Les nietzschéens et les anti-nietzschéens ont continué à utiliser la vieille terminologie du début du XXe siècle, et se sont déchirés sur la dépouille d'un Nietzsche qui n'existe pas. Nietzsche n'est pas compris parce qu'il est lu avec les lunettes de sa sœur nationaliste Elisabeth Förster qui a confectionné un pseudo-livre intitulé La Volonté de puissance que Nietzsche n'a pas écrit comme tel, et avec le regard du professeur national-socialiste Martin Heidegger qui a diffusé auprès de ses étudiants les pseudo-concepts de « Volonté de puissance » et d'« Éternel Retour du Même » que Nietzsche n'a pas conçus comme tels. Pratiquement, tous les mots traduits de Nietzsche sont faussés dans un sens négatif ou faussés dans le sens d'une idéologie contraire à sa pensée. C'est la raison pour laquelle je me suis lancé en 1999 dans l'entreprise d'une retraduction de toutes les notions importantes de Nietzsche. Chaque traduction a fait l'objet d'une découverte. Pour cela, je suis allé de découverte en découverte. J'ai retraduit la « volonté de puissance » par le désir vers la potentialité, l'« éternel retour » par le revenir perpétuel, l'« inversion de toutes les valeurs » par la réversibilité de toute valeur, le « surhomme » par le métahomme. Et j'ai retraduit, comme bipolarité du Prologue, le « déclin » par l'immersion et le « passage » par le surpassement. De plus, j'ai retraduit le nom Zarathoustra par le nom Zoroastre pour indiquer que Nietzsche fait référence au penseur perse historique et au zoroastrisme. Avec le livre Ecce homo, remanié, Elisabeth Förster-Nietzsche impose le concept d'« éternel retour », accolé à la philosophie de son frère. Et avec le livre La Volonté de puissance, fabriqué de toutes pièces, elle impose le concept de « volonté de puissance », en le montant en épingle, alors que Friedrich Nietzsche avait trouvé d'autres pistes de recherche, comme par exemple le « perspectivisme ». Ces deux concepts de « volonté de puissance » et d'« éternel retour », relayés par Heidegger, sont arrivés en France pour illustrer faussement la philosophie de Nietzsche. Après, les philosophes français ont dû se positionner par rapport à ces deux concepts, qui sont devenus illusoirement incontournables. Face à la falsification national-socialiste d'Elisabeth Förster et de Martin Heidegger, je pense qu'il faut s'en écarter radicalement. Même Deleuze, qui a tenté d'apporter un regard différent sur Nietzsche, s'est enlisé dans ces deux notions. Il a conclu le colloque Nietzsche à Royaumont en 1964 par l'intitulé « Conclusions sur la volonté de puissance et l'éternel retour ». Ces deux notions, la « volonté de puissance » et l'« éternel retour », n'apparaissent que très peu dans l'œuvre publiée de Nietzsche. La première, la « volonté de puissance », émerge dans Ainsi parla Zoroastre, elle est formée d'un double emprunt, la « volonté » est empruntée à Schopenhauer chez qui elle signifie un désir de vivre, et la « puissance » est empruntée à Spinoza chez qui elle veut dire une potentialité d'agir ; c'est la raison pour laquelle j'ai traduit cette notion par le désir vers la potentialité. Et la seconde, l'« éternel retour », se trouve dans Ecce homo, elle est empruntée à Héraclite et aux stoïciens chez qui elle correspond à un revenir des énergies de façon cyclique ; c'est pourquoi je l'ai traduite par le revenir perpétuel. La notion de « volonté de puissance », ou plus exactement de « désir vers la potentialité », est très peu reprise dans la suite de l'œuvre publiée. Et la notion d'« éternel retour », ou plus justement de « revenir perpétuel », n'est même pas mentionnée dans l'œuvre publiée du vivant de Nietzsche. Aujourd'hui, j'en arrive à penser que le terme d'« éternel retour » a été introduit dans le livre Ecce homo par la sœur de Nietzsche, Elisabeth Förster. En effet, ce livre n'a été publié qu'en 1908, après le décès de Nietzsche ; et, alors qu'il était prêt à la publication en 1888, dans l'entretemps il a été fortement élagué, mutilé, manipulé, falsifié par Elisabeth Förster-Nietzsche et par Peter Gast, l'ancien ami de Nietzsche qu'elle a mis à contribution et qui en a retiré des passages. Du fait que la falsification national-socialiste d'Elisabeth Förster et de Martin Heidegger porte sur le langage et donc sur la pensée, une retraduction du langage de Nietzsche et une redécouverte de sa pensée sont nécessaires pour avoir accès à son œuvre. Cette retraduction du langage et cette redécouverte de la pensée sont des conditions sine qua non de lecture, avant toute analyse, tout commentaire et toute interprétation. Tant que nous n'aurons pas une traduction non national-socialiste, toute analyse de l'œuvre de Nietzsche sera faussée d'avance.

 

Lire la suite de cet entretien sur Le Salon Littéraire

 

Romain Sarnel et Naema Bellart, Comprendre Nietzsche, Max Milo, décembre 2013, 127 pages, 12 €

 


 

Comprendre FN 2.jpg

Editions Max Milo

 

 

 

17:58 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romain sarnel, friedrich nietzsche, philosophie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |

28 mai 2013

LE RETOUR DE MUZIQ EN LIBRAIRIE

Couv Muziq 1.jpg


En 21 numéros publiés entre novembre 2004 et juillet 2009, MUZIQ a développé un style journalistique qui enjambait toutes les barrières musicales depuis la pop jusqu'au jazz. Ce magazine diffusé en kiosques proposait de conséquents dossiers sur Prince, Meshell Ndegéocello, Stevie Wonder, Led Zeppelin, Frank Zappa, les 150 CD Soul/Funk indispensables, Deep Purple, The Who, Pink Floyd, les divas rock, soul, punk, jazz, gospel, folk, reggae, blues..., George Clinton, Police, Led Zeppelin, Fela Kuti, Serge Gainsbourg, Keziah Jones, David Bowie, le hard rock, Raphael Saadiq, Claude Nougaro, Alain Bashung ou encore James Brown. L'aventure initiée par Frédéric Goaty, directeur de la rédaction de Jazz Magazine, s'est malheureusement arrêtée au grand dam de ses lecteurs fidèles dont la curiosité ouverte à tous les genres, y compris le cinéma et la littérature, avait trouvé une rare occasion de se satisfaire.

Muziq Gainsbourg.jpg


Ce n'était qu'un au revoir. MUZIQ est de retour dans un nouveau format et dans les librairies. Le numéro 1 vient de paraître fort de 160 pages avec Neil Young en couverture mais aussi Billy Cobham, Rodriguez (interviewé par Muziq quatre ans plus tôt), Neal Schon, Paul McCartney, James Brown, Jef Lee Johnson et Frank Zappa dont je présente ici les racines musicales dans un très long article de 14 pages.

C'est le premier livre-magazine entièrement dédié à la musique sous toutes ses formes. 

Interviews géantes, dossiers, discographies commentées, témoignages rares, portraits et surprises en tout genre sont de retour.


Au sommaire du premier numéro :


• Un important dossier consacré à NEIL YOUNG à la veille de sa première tournée française depuis 2001.
• Un retour sur les racines musicales de FRANK ZAPPA.
• Un focus sur les chansons méconnues de PAUL MCCARTNEY.
• Des interviews de BOBBY WOMACK, SLY & ROBBIE.
• Des blindtests de JULES-ÉDOUARD MOUSTIC et ALAIN DE GREEF.
• Un retour sur les grandes heures de l’acid jazz.
• Des stories d’albums cultes (Come Taste The Band de DEEP PURPLE).
• Des portraits « fil rouge » de JOHN MCLAUGHLIN, TERRY BOZZIO, NEAL SCHON, ARTHUR LEE.
• Des analyses discographiques, des compilations imaginaires, etc.

Edité par Le Castor Astral, Muziq sera présenté à La Bellevilloise le mercredi 29 mai, à 20 h. Une soirée placée sous le signe de Neil Young. Entrée Libre.

MUZIQ 

LE CASTOR ASTRAL éditeur et JAZZ MAGAZINE

160 pages, 15 €

Soirée de lancement

LA BELLEVILLOISE

19-21 rue Boyer 75020 Paris

MUZIQ.jpg


10:24 Publié dans MUZIQ | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : muziq, frank zappa, neil young, paul mccartney, rock, jazz, funk | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |

27 mars 2013

LIRE LA MUSIQUE 20

Entre 2009 et 2012, Lire la musique, ma chronique (transverse) fut publiée dans Le Magazine des Livres aujourd'hui disparu. En voici le feuilleton complet.


rené daumal.jpg



SACRÉS SOMMETS

 

Dans une lettre à Raymond Christoflour du 24 février 1940, René Daumal évoquait le chantier qu’il avait ouvert quelques mois plus tôt. « Après avoir décrit un monde chaotique, larvaire, illusoire, je me suis engagé à parler maintenant de l’existence d’un autre monde, plus réel, plus cohérent, où existent du bien, du beau, du vrai. » Ce bien, ce beau, ce vrai, René Daumal les conjugua dans ce qu’il avait nommé un « roman d’aventures ». Le Mont Analogue, publié en 1952, est « la montagne symbolique qui est la voie unissant le Ciel à la Terre. » Roman inachevé mais rigoureusement planifié : on n’aborde pas le sommet du sacré en suivant un chemin de hasard. Pour René Daumal, en effet, il s’agissait de rendre à la montagne sa puissance magique. Elle est la pente qui mène au réel. Elle est l’expérience qui rend vivifiant l’invisible.

 

« Et vous, que cherchez-vous ? » Cette question était le titre du dernier chapitre que René Daumal ne put écrire. Le Mont Analogue est le récit d’une expédition qui cherche. Non pas des réponses mais le sens ultime au trajet éphémère de nos pas dans la neige. Nous passons et René Daumal s’interroge. Il existe probablement une porte quelque part. Il serait faux de croire que nous n’allons nulle part. D’où l’aventure du Mont Analogue qui est une ascension complexe et partagée. Beaucoup ont cherché, à partir de ce livre, avec les yeux ou avec les oreilles. Pour les yeux, Luc Moullet (exceptionnel réalisateur d’Anatomie d’un rapport) tenta, en vain, de mettre en images le roman d’aventures. Alejandro Jodorowsky en fit son chef-d’œuvre filmique et cela donna La Montagne Sacrée. Pour nos oreilles, le compositeur John Zorn vient d’atteindre le meilleur de son art. Son Mount Analogue est une translation sonore de haut vol. Un parcours palpitant. Une traversée de la vie vers plus de réel. L’émotion vient d’emblée et, comment le dire autrement, elle tombe du ciel. Avec les notes de Cyro Baptista, de Shanir Ezra Blumenkranz, de Tim Keiper, de Brian Marsella et de Kenny Wollesen, voix de haute altitude, instrumentistes ayant rejoint Daumal sur la cime où le Ciel est une Terre. John Zorn qui ne possède pas que le bon sens mais tous les sens susceptibles de faire advenir la magie s’est entouré des plus fins arpenteurs pour escalader l’œuvre ultime de René Daumal. L’invisible, croyez-moi, devient visible.


analogue zorn.jpg


 

John Zorn abolit l’inquiétude. Jimi Hendrix ouvre l’espace à des couleurs qui appartiennent à d’impossibles palettes. Ces couleurs, Franck Médioni les a minutieusement regardées. Il nous les place devant les yeux. Sa biographie du guitariste de l’expérience fondamentale (expression chère à René Daumal) élucide bien des points. Elle jette ses feux sur le mystère de l’électricité. Elle auréole d’évidences l’attrait de cet esprit vibrant pour les lumières lointaines. Elle explique le goût du feu et la danse des flammes. Franck Médioni qui connaît la musique et ses profondeurs célestes montre avec bien des preuves que la montée progressive de Jimi Hendrix vers le jazz était l’escalade nécessaire vers l’apogée où rien ne ment. Un grand livre.


bianu.jpg


 

La musique atteint des sommets que nos jambes de laine ne toucheront jamais. Nous essayons, mais ce n’est pas une affaire de sport. John Coltrane s’y consacra et Zéno Bianu le sait. Il le sait avec tout son corps qui n’est pas fait que de cinq sens. Et c’est cette connaissance suprême, mais oui, qui nous fait gagner en hauteur A Love Supreme et son auteur dédié à « l’invisible sur le fil du rasoir ».  Dans sa préface, Yves Buin est clair. Coltrane fut « l’irrigateur transcendantal des sensibilités contemporaines ». Jazz et poésie vont ensemble comme deux corps célestes amoureux. À la vie, à la mort Zéno Bianu élève John Coltrane au sommet des grandes questions. Essentiel. Guy Darol

 

MOUNT ANALOGUE, John Zorn, Tzadik/Orkhêstra International.

JIMI HENDRIX, Franck Médioni, Éditions Gallimard, Collection Folio/Biographies, 390 p., 8,40 €

JOHN COLTRANE (MÉDITATION), Zéno Bianu, Éditions Le Castor Astral, 120 p., 12 €

 

 

 


26 mars 2013

LIRE LA MUSIQUE 19

Entre 2009 et 2012, Lire la musique, ma chronique (transverse) fut publiée dans Le Magazine des Livres aujourd'hui disparu. En voici le feuilleton complet.


robert.jpg



LES NEUF DÉCENNIES DU FOLK

 

Philippe Robert et Bruno Meillier sont deux vigies des océans de musique. Le premier est l’auteur de nombreuses sommes ouvrant des voies depuis les rivages buissonneux de la pop et du rock vers des trésors souvent oubliés. Le second fut le saxophone du groupe Etron Fou Leloublan. Il est l’organisateur-programmateur du festival Musiques Innovatrices à Saint-Étienne et le label-manager de la structure de distribution Orkhêstra International qui est l’une des sources les plus sûres pour qui cherche à s’abreuver en raretés (jazz, rock, musiques savantes, traditionnelles, improvisées). À eux deux, ils sont capables de déplacer des montagnes, notamment celles qui résultent de l’accumulation des poussières recouvrant les zones de la vraie musique.

Ils viennent de tracer la seule route qu’il convient de suivre pour découvrir le vaste palais du folk, un monument dont les premières pierres furent posées en 1927. Tel un parcours chronologique, Folk & Renouveau, déroule, année après année, l’histoire d’un mouvement issu de la rencontre des sea shanties, des chants indiens et des cantiques de la tradition méthodiste évangélisatrice. Une pâte musicale chansonnée par les fermiers US qui deviendra une multitude de façons dont les artisans se nomment Woody Guthrie, Joan Baez, Bob Dylan, Buffy Sainte-Marie ou encore Bert Jansch. Ceci n’est pas un panorama, nous disent Philippe Robert et Bruno Meillier, en s’excusant de ne pas être exhaustifs. Certes, il faudrait bien des volumes pour couvrir toutes les pages de la folk music. Tout de même, voici quelque chose de suffisamment grand pour connaître le mouvement sous tous ses aspects à partir de la famille chantante des Carter jusqu’aux perpétuateurs, de Joanna Newsom à Simon Finn qui vient de faire paraître un nouveau disque, Through Stones (Ten To One/Orkhêstra International). Les Lillois auront la chance de pouvoir l’entendre à La Malterie (42 rue Kuhlman), le 22 février.


hurley jpg cover.jpg


Parmi les quelques cent soixante noms cités dans ce livre, il en est un que nous aimons particulièrement. Michael Hurley, né en 1941 à Bucks County (Pennsylvanie), est un homme de la route de l’école Kerouac. Il a dix-sept ans lorsqu’il entreprend sa dérive à travers l’Amérique. En 1964, il est signé sur le label Folkways (celui-là même qui précisa les carrières de Pete Seeger, de Woody Guthrie et de Dock Boggs). La légende veut que First Songs fut enregistré sur un magnétophone à cassettes ayant appartenu à Leadbelly, figure à rixe du temple folk. La vérité veut que Michael Hurley fit débouler le folk dans la musique psychédélique. D’où le mirobolifique Have Moicy ! (1976) réunissant un héroïque buveur de bière et les Unholy Modal Rounders de Peter Stampfel. Écoutez "Fooey Fooey", cet hymne country qui mêle le sentiment à la farce des dériseurs sensés. Et lisez Paroles des chansons de Michael Hurley, un tour de force de traduction réalisé par Marie Frankland précédé d’un éloge du rock critic Byron Coley. Qu’est-ce que ces chansons ? Un déversement d’images loufdingues accompagnant la dérive, une suite de signaux sur le bord de la route : hiboux, loups-garous, anges déchus, pourceaux oubliés, homme vert pâle, flammes dans le prisme du Knockando, bière grasse, revenant mort, vaisselle empilée et désespoir. Une allégorie d’humour fuligineux. Dans ce magnifique livre cousu main, Michael Hurley a calligraphié dix-neuf de ses chansons. Il y avait Arthur Cravan dans l’Anthologie de l’humour noir établie par André Breton (cette Bible du meilleur des mondes !). Le pape noir n’y aurait-il pas insinué Michael Hurley, poète et dessinateur extravagant ? Je me demande. Je le crois. Guy Darol

 

FOLK & RENOUVEAU

UNE BALADE ANGLO-SAXONNE

Philippe Robert et Bruno Meillier

Éditions Le Mot et le Reste

360 p., 23 €

 

PAROLES DES CHANSONS DE MICHAEL HURLEY

Bilingue, traduction de Marie Frankland

Éditions L’Oie de Cravan

48 p., 14 €

25 mars 2013

LIRE LA MUSIQUE 18

Entre 2009 et 2012, Lire la musique, ma chronique (transverse) fut publiée dans Le Magazine des Livres aujourd'hui disparu. En voici le feuilleton complet.


sylvain courtoux,jérôme bertin,al dante



POUR UNE LITTÉRATURE AUDIBLE

 

Il existe un lieu de la littérature qui exprime le monde vibratoire. C’est l’espace dans lequel se retrouvent les mélomanes inconditionnels, ceux qui ne conçoivent pas une vie sans musique. L’air serait irrespirable s’il n’était pas une chanson, un air que l’on aime entendre, celui que l’on va découvrir et qui promet un transport immobile. Cette passion est un chemin tracé sur des cartes qui s’apparentent tantôt à une pochette de disque, tantôt à un concert inoubliable et parfois c’est le titre d’une œuvre qui se colore de souvenirs. Un air de musique suffit, on le sait, à conserver dans une singulière permanence des pans entiers de nos existences. Avec la musique, nous faisons corps et c’est ainsi que nous sommes vivants.

 

Nous aimons écouter Nietzsche lorsqu’il chante dans Crépuscule des idoles : « Sans musique la vie serait une erreur ». Cet air corrobore ce que nous savons par essence. On pourrait établir une chronologie de nos vies qui serait une suite de refrains. Pour aimer la musique comme un organe de déambulation dans le temps et sans pratiquer de préférence (tout est bon du moment que je suis ému et que je me promène), j’avoue pour la littérature une même dilection. Et je suis particulièrement aux aguets de ces textes qui accordent une place prépondérante à ce monde dans le monde, puisqu’il faut bien dire que la musique se mélange  peu (ou trop peu) avec les récits que l’on rencontre sur les étals des librairies. Nous voudrions, par exemple, que la littérature chante à l’unisson de ce qui nous tient à cœur, qu’il s’agisse des musiques savantes, du jazz ou du rock. Cette fusion des genres (les mots et la combinaison des sons) n’a que top peu jailli et je ne suis pas certain que les noms couramment cités (Tom Wolfe, Lester Bangs, Hunter S. Thompson, Bret Easton Ellis, Murakami Ryû) suffisent à établir la naissance d’une littérature vibratoire, littérature qui ne renverrait pas comme un dictionnaire citationnel à des noms, à des œuvres, à des orientations musicales. Cette littérature serait en un sens vécue par des inventeurs de formes parcourus de frissons sonores.

 

Voici deux livres gémellaires, deux auteurs expérimentaux, deux assimilations du rock dans une pratique d’écriture innovante. Amis dans la vie (excès, dérives, échecs, conduites addictives), Jérôme Bertin et Sylvain Courtoux actualisent la littérature en lui insufflant l’air d’un temps fuligineux, intranquille et qu’ils qualifient de merdique. Pharmacodépendance, hospitalisation, connaissance par les gouffres, tel est le fond qu’il touche et c’est l’épreuve du vide. Leurs livres renvoient l’un à l’autre comme une balle échangée sans filet. Qu’est-ce que Bâtard du vide ?  JB : « Un gigantesque collage football vs. Rock’n roll ». Qu’est ce que Still Nox ?   SC : « Une auto-narration en mode hyperréaliste ». Tous deux affirment écrire un roman et c’est peut-être ça le roman d’aujourd’hui, un fond profond dans une forme secouée. Si loin du train-train poussif, si souvent poussiéreux, qui déborde des librairies. Tant de livres lisses comme passés au tamis de l’Auto-Tune, ce logiciel qui corrige la voix et rhabille un chanteur aphone en baryton d’opéra.


sylvain courtoux,jérôme bertin,al dante


 

Jérôme Bertin ne sonne pas rock, à proprement parler. Son écriture est un flot tumultuaire, une coulée de notes souvent grinçantes dans laquelle sa vie pogote et se défend. Car souvent il se défend, bien que désarmé et doté d’une fluette constitution. Il se bat contre toute attente et son phrasé haletant témoigne bien des rounds que sa vie endure. Il y a de la violangue dans son style et ses biographèmes sont bleus d’ecchymoses. Sylvain Courtoux relate son histoire médicamenteuse, celle d’un zolpidem dont il est la proie et qui accroche son quotidien. Dans ce récit éclaté où la narration est comme plaquée au chaos, la plage fait exploser les conventions typographiques. Le schéma narratif sort de ses gonds et soumet le lecteur (sans jamais l’épuiser) à plusieurs rythmes de marche. L’expression change selon les états du corps. Rien n’est pareil du commencement jusqu’à la fin. Sylvain Courtoux est habité de toutes ces tentatives diffractées, littéraires et ontologiques, qui ont produit Antonin Artaud, Henri Michaux, William S. Burroughs. Sa logosphère doit beaucoup au Stanze de Marcelin Pleynet, aux Dire de Danielle Collobert. Il est celui par lequel le mouvement du change des formes naguère initié par Jean-Pierre Faye et Jacques Roubaud revient en force mais augmenté de ces vagues sonores que font déferler les musiques « noxiennes » de Klaus Schulze, Richard Pinhas, Current 93 ou encore Wire. Jérôme Bertin et Sylvain Courtoux incarnent ce qui vient, le roman enfin transfrontalier. Deux paradigmes d’une littérature audible. Guy Darol

 

BÂTARD DU VIDE, Jérôme Bertin, Éditions Al Dante, 118 p., 13 €

STILL NOX, Sylvain Courtoux, Éditions Al Dante, 300 p., 17 € 


05:01 Publié dans LIRE LA MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sylvain courtoux, jérôme bertin, al dante | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |

24 mars 2013

LIRE LA MUSIQUE 17

Entre 2009 et 2012, Lire la musique, ma chronique (transverse) fut publiée dans Le Magazine des Livres aujourd'hui disparu. En voici le feuilleton complet.


alex-steinweiss-the-inventor-of-the-modern-album-cover-130130067736-1.jpg

Alex Steinweiss


ET ALEX STEINWEISS CRÉA L’ARTWORK

 

L’été est une saison triste. Sous son ciel d’apparat bleu brille le blackboard des mauvaises nouvelles. Nous avons tous un souvenir nécrologique accroché au transat. Il y en a qui nappent de noir les unes, ceux qui font manchette et s’éternisent moins d’une journée sur les murs de Facebook. Le mien a traversé l’actualité plus vite qu’une balle de jokari et pourtant Alex Steinweiss est quelqu’un d’aussi important qu’Emile Berliner (1851-1929), l’inventeur du disque horizontal et du gramophone, son complément nécessaire.

 

Graphiste nourri à de bonnes écoles, il eut la chance de connaître la revue et le mouvement De Stijl, le Staatliches Bauhaus de Walter Gropius, le suprématisme de Malevitch et le constructivisme des frères Pevsner et Gabo. Un bagage qui se révéla fort utile lorsque Columbia Records le recruta en tant que directeur artistique, sans imaginer une seule seconde que son nouvel employé allait révolutionner la façon de voir la musique.

 

Jusqu’à ce que ce génie devienne positivement actif (autrement dit en 1940), l’industrie phonographique ne concevait la vente d’un disque 78 tours qu’emballé de papier sombre avec dos en similicuir. Tous les albums se ressemblaient. À partir d’Alex Steinweiss, la musique se mit à chanter pour les yeux. Issu de la Parsons School of Design (laquelle généra Jasper Johns, Edward Hopper et Norman Rockwell), le natif de Brooklyn fit exploser en couleurs vives ce qui était une denrée pour mélomanes gris. Le résultat fut immédiat. Columbia Records enregistra une hausse de 895% sur ses ventes.


alex-steinweiss-the-inventor-of.jpg


 

Inventeur doué ayant le vent en poupe, Alex Steinweiss révise le conditionnement sans joie du 78 tours et prend allègrement le train du microsillon auquel il ajoute, en 1948, l’emballage cartonné tel que nous l’avons connu jusqu’à ce que pointe au début des années 1980 le CD à la vie fragile et sans doute éphémère. Il est celui qui tressa le logo LP (pour long-playing microgroove record) sur les pochettes 33 tours et il est le premier à signer les couvertures de disques à la manière d’un peintre du quattrocento. Ce grand homme (qui paraphait Piedra Blanca lorsque son nom devint omniprésent) tranchait par la vivacité de son style aisément détectable : écriture des titres à la main, façon scripte sinueuse ; application de couleurs plates ; formes isolées d’aspect magrittien à effet métaphorique.

 

Son style conceptualiste audacieux, quelquefois embarrassant, s’appuie sur une symbolique nettement délinéée. Pour illustrer un concerto pour piano de Bartók, il signale tous les éléments du piano : marteaux, clés, cordes placés en exergue dans un cadre contemporain. Pour rendre percutant Songs Of Free Men de Paul Robeson, il compose une main enchaînée saisissant un poignard. Alex Steinweiss est le grand homme du choc des esprits. Il use de symboles en alchimiste psychologue des profondeurs.

 

Sound-Unbound-Sampling-Digital-Music-and-Culture_large.jpg

 

Circonvoisin de Saul Bass (maître suprême des génériques de films), Alex Steinweiss est mort le 17 juillet 2011 dans sa retraite de Sarasota en Floride. En 1972, le psychédélisme (néanmoins brillant) ayant eu raison de sa conception de l’artwork déplaça l’inventeur vers de nouvelles géographies, notamment la céramique. En retraite du bizness des pochettes toujours plus vendeuses, ce révolutionnaire vit son nom (si fluo) s’effacer. Oublié, pas vraiment. Les subversifs s’attirent les subversifs. Et c’est ainsi que Paul D. Miller aka DJ Spooky That Subliminal Kid, curieux de toutes les avant-gardes (de Kurt Schwitters à Aphex Twin) rappela dans son formidable Sound Unbound : Sampling Digital Music And Culture (non traduit en français, tout comme les Mémoires du grand homme ci-dessus fêté) qu’Alex Steinweiss était un pionnier absolu de l’art total et de la contre-culture. Guy Darol

 

ALEX STEINWEISS, THE INVENTOR OF THE MODERN ART COVER, Présentation de Kevin Reagan et Steven Heller, Éditions Taschen, 420 p., 49,99 €

SOUND UNBOUND : SAMPLING DIGITAL MUSIC AND CULTURE, DJ Spooky That Subliminal Kid, Introduction par Steve Reich, MIT Press, 22,80 €


05:45 Publié dans LIRE LA MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alex steinweiss, dj spooky, steve reich | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |