11 mars 2010
LE MAGAZINE DES LIVRES N°23/DANS LES KIOSQUES LE 13 MARS

Synopsis] Les derniers du Culte par Eli Flory
Digressions] Lectures par Joseph Vebret
DOSSIER
Tu ne plagieras pas ton voisin par Eli Flory
RENCONTRE
Bernard-Henri Lévy sans masque par Joseph Vebret
CARTE BLANCHE À…
Fred Vargas. Sur le chemin
Aparté] Conseils à ceux qui croient pouvoir aider un écrivain en difficulté par Christian Cottet-Emard
RENCONTRE
Richard Millet : « Je défends la littérature » par Joseph Vebret
Une vie d’Écrivain
Jean d’Ormesson. Le bonheur d’écrire par Thierry Richard
Lire la musique] Rap et minimalisme par Guy Darol
ENTRETIEN
Gilles Heuré. À la rencontre de Paul Valéry par Joseph Vebret
Chemin faisant] Morceaux d’Amérique par Pierre Ducrozet
ENTRETIEN
Jean-Bernard Pouy. Le retour du Poulpe par Pierre Gillieth
CLASSIQUE
Alexandre Dumas. Cherchez le « nègre » par Frédéric Saenen
Les livres que vous n’avez pas lus] La face cachée de Cocteau par Bertrand du Chambon
Perdu de vue
Henri Béraud, un demi-siècle plus tard par Francis Bergeron
DOCUMENTS
Inédits : Bernard Frank en VO par Annick Geille
IDÉES
Pierre Leroux, un théoricien oublié, un philosophe négligé
par Jean-François Foulon
Économie du livre] Pasionarias de la librairie par Christophe Rioux
Les mains dans les poches] Dispersion par Anthony Dufraisse
LE CAHIER DES LIVRES
Focus, Romans, Documents, Théâtre, Musique, Revues, BD, En vrac
Musique & littératures] Le bonheur tranquille de Clarika par Jean-Daniel Belfond
Cinéma & littératures] Un Dumas caricatural par Anne-Sophie Demonchy
Relecture] L’Éternel mari de Dostoïevski par Stéphanie Hochet
Poésies] Petit tour de table par Gwen Garnier-Duguy
BONNES FEUILLES
La sélection d’Annick Geille
L’horizon, Patrick Modiano
Dans la cathédrale, Christian Oster
Les carnets d’Alexandra, Dominique Simon
L’écuyer mirobolant, Jérôme Garcin
Petit papa Noël, François Cérésa
Le conflit, Élisabeth Badinter
Quelques auteurs marquants par Annick Geille
Il était une fois l’Auteur…] L’Auteur participe à un salon (suite et fin) par Emmanuelle Allibert
Visages d’écrivains] Bernard Frank par Louis Monier
Avec : Emmanuelle Allibert, Marc Alpozzo, Bartleby, Stéphane Beau, Jean-Daniel Belfond, Francis Bergeron, Brigit Bontour, Arnaud Bordes, Adeline Bronner, Christian Cottet-Emard, Pierre Cormary, Guy Darol, Anne-Sophie Demonchy, Stéphanie des Horts, Bertrand du Chambon, Pierre Ducrozet, Anthony Dufraisse, Eli Flory, Jean-François Foulon, Gwen Garnier-Duguy, Annick Geille, Pierre Gillieth, Christophe Henning, Stéphanie Hochet, Christophe Mory, Jean-Jacques Nuel, Olivier Philipponnat, Thierry Richard, Christophe Rioux, Frédéric Saenen, Cécile Thomas, Marc Villemain, Carole Zalberg.
Photos : Louis Monier / Couverture : François Bouchon.
Illustrations : Miège et Innocent.
Coordination : Delphine Gay.
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21:10 Publié dans LE MAGAZINE DES LIVRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : le magazine des livres, bernard-henri lévy, paul valéry, alexandre dumas, rap, musique minimaliste, presse, culture, littérature, mars 2010 |
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05 mars 2010
TEPR AU CARRE MAGIQUE DE LANNION/11 MARS 2010

Si le rap est un pandemonium, Tanguy Destable alias Tepr figure parmi les dieux de l'Hadès. Après le sombre, très sombre, The Deadly Master Of Rappers From Hell, il livre une suite enflammée. Côte Ouest est une invitation à remuer sur les braises du hip-hop le plus chaud du moment. Ex-moitié d'Abstrackt Keal Agram, un duo actif dans le renouvellement d'un genre ciselé par Dr. Dre, Timbaland et les Neptunes, Tepr est désormais associé à l'aventure de Yelle.
Difficile d'inclure ce maître du laptop dans une mosaïque. Il défend une culture très mixte où le rock bilieux de Chokebore tolère l'électronica elliptique de Clouddead. Mais il semble que l'intérêt qu'il porta longtemps aux raffinements plaintifs de Boards Of Canada aient buté sur un retour de flammes. Sans tourner le dos au style cérébral et tourmenté de son premier album, Tepr glorifie désormais l'union des corps en mouvement et la dialectique gyrovague des dancefloors. Il s'explique sur sa démarche que l'on qualifiera, vous l'avez compris, de sautillante.
Qu'est-ce que Tepr ? Un hip-hop mutant post-sérialiste ou une nouvelle aube pour la house ?
Ni l'un ni l'autre. C'est mon envie de travailler seul à l'élaboration de ma musique, qu'elle soit électronique ou non. Bon, là, il se trouve que ce que je fais est électronique.
La nonchalante mélancolie qui traversait votre précédent opus évoquait le minimalisme de Philip Glass, le cinémagisme de Ryuichi Sakamoto ou encore les micropolyphonies de György Ligeti, auriez-vous bradé ces nobles références contre des petites frappes de la musique populaire et quelles en sont les icônes ?
Ce sont des influences que je revendique toujours mais en ce moment, j'ai besoin de sentiments directs, d'où mon respect pour beaucoup de producteurs actuels qui arrivent en une boucle à te faire rentrer une chanson dans la tête pour les trois mois à venir. Quelqu'un comme Jacques LuCont (Les Rythmes Digitales) est très fort pour ça ainsi que Feadz d'une certaine manière. Mais plein d'artistes m'ont marqué ces dernières années, M Oizo, Jackson, Diplo, Timbaland, Errorsmith ... ces mecs cherchent vraiment à faire avancer les choses. Mais les anciens sont toujours d'actualité. Et j'ai toujours envie de courir les bras en l'air quand j'écoute « Kids In America » de Kim Wilde.
Côte Ouest est plutôt secouant. La musique y joue vite. Les rythmes sont saccadés. Faut-il conclure que vous ne vous adressez plus aux mélomanes studieux avachis dans un sofa pourpre ?
A travers ma musique, je m'adresse essentiellement aux filles. Après les avoir fait pleurer dans leur chambre avec The Deadly Master, le but de Côte Ouest est de faire surgir des cascades de sentiments digitaux dans leurs cœurs et surtout de les faire danser.
A l'exemple de Paul D. Miller alias DJ Spooky, docteur ès lettres que vous avez fréquenté, vous êtes diplômé des Beaux-Arts, qu'est-ce que ça injecte dans votre musique ?
Au départ, un côté un peu « intello-bleep-expérimental-chiant » mais j'en suis revenu et je ne regrette pas du tout cette période. J'ai fait cinq ans de Beaux-Arts, c'était cool, ça me laissait le temps de faire mes concerts et j'avais des bourses. La belle vie.
À propos de fréquentation, vous avez accompagné Alain Bashung, Rodolphe Burger, The Herbaliser, qu'est-ce qu'un rappeur de l'enfer a à voir avec ce beau linge ?
Burger, Bashung, The Herbaliser, même si je ne suis pas fan de tout (mis à part Bashung), il faut reconnaître que ces artistes aiment créer des rencontres musicales et c'est tout l'intérêt de la démarche « créatrice » : aller chercher la confrontation pour mieux avancer. Mais The Herbaliser ne sont définitivement pas mes amis.
Après avoir travaillé avec David Gauchard, metteur en scène d'un Hamlet très electronica, avez-vous des projets multimedia d'envergure ou des envies complètement folles ?
Je dis stop à l'overdose d'images. On ne peut plus voir un live sans se taper des vidéos avec des pixels ou des images de bâtiments en super 8. Quand je viens voir un mec jouer en live, je suis pas au cinéma. J'ai vu tellement peu de trucs qui m'ont plu que mon jugement est assez dur à ce sujet. Il faut arrêter de nous vendre ce concept comme LE FUTUR. Il n'y a rien de plus fait et refait que de coller une image sur de la musique. C'est heureusement en train de changer avec des mecs comme Gangpol und Mit, Pfadfindedrei & Modselektor ...
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ECOUTER
« The Deadly Master Of Rappers From Hell » (Idwet/La Baleine), « Hamlet » (Idwet/La Baleine), « Côte Ouest » (Idwet/La Baleine)
VOIR
TEPR AU CARRE MAGIQUE DE LANNION (22300)
JEUDI 11 MARS/21 H

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08:06 Publié dans MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : tepr, yelle, hip-hop, house, musique électronique |
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03 mars 2010
BJÖRK

N'est pas fée qui veut. Il faut un corps aux racines profondes dans le pays gelé. Il importe d'avoir vu avec les yeux du dedans ce que les sceptiques renvoient à la berlue. Qui se sert aujourd'hui de cette optique interne ? Les voyants font leur marché le samedi. Ils remplissent leurs paniers de pendules, de pyramides et de croix primordiales. Ce petit matériel suffit aux clients de l'avenir en rose. Ainsi équipé, il leur semble que les mediums y voient plus clair. Et pourtant, l'invisible existe. Il est cadastré en Islande et produit d'authentiques miracles, des êtres que l'on peut entendre et toucher. Ceux de Reykjavik le savent. Certains l'ont vu grandir. Quelques-uns (environ 5 000) ont capté la voix menue sur une galette spécialement gravée pour convaincre les incrédules. L'objet portait un mot de cinq lettres, comme un nom elfique, Björk. La petite n'avait que 11 ans mais déjà, elle savait manier le piano et la flûte. Surtout, elle possédait un grain de voix semblable à un cristal. Les chansons des Beatles ou de Stevie Wonder sortaient de sa bouche comme des nuances de prisme. Elle avait, assure-t-on, découvert Stockhausen, Debussy et Mahler à l'âge de 5 ans. On dit aussi qu'elle avait beaucoup écouté Janis Joplin, Eric Clapton, Jimi Hendrix au milieu des volutes de la communauté hippie où sa mère s'était réfugiée.
Dans ce royaume, les frontières sont évanescentes. Celles qui résistent sont durement éprouvées. Björk agite l'oriflamme brut de rock. Sa voix se fait aiguë pour redorer l'art des bruits. Elle intègre Spit and Snot, Exodus, formations de combat punk. Au sein de Tappi Tikarrass, elle fusionne funk et jazz. Son corps de fée indique 16 ans sur l'échelle du Grand Temps. Avant de rejoindre Kukl/Sykurmolarnir/The Sugarcubes, elle cisèle sur son bras gauche un compas de marine, direction pour ne pas se perdre. Cette rune de divination signe son appartenance à l'alphabet des origines. Les runes de l'alphabet nordique ont vertu magique. Les racines indo-européennes du mot signifient mystère ou parler en secret. Björk qui a enregistré « Gling-Gló », en 1990, album nourri de be-bop et chanté dans sa langue maternelle a désormais une voix. Tessiture susceptible de pulvériser l'homogénéité du cristal. Le timbre se souvient d'Ella Fitzgerald et de Nana Mouskouri que sa grand-mère lui fit connaître. Mais autre chose domine, à la ressemblance du murmure étouffant le cri, comme un hurlement voilé. À l'exemple de ses homologues islandais du groupe Sigur Rós, elle puise dans la tradition des rímur, ces ballades chantées à voix croisées dont la tradition remonte aux Eddas et à la poésie scaldique.
Rímur, Stockhausen, Mahler (surtout les Kindertotenlieder), Ella, Janis, voilà ce qui parle en secret dans le chaudron de sa voix elfique. Savant pêle-mêle où sans cesse se combinent profane et sacré. Fusion qui nie la décrépitude des symboles, le principe aristotélicien de non-contradiction. Björk est ailleurs, et son territoire aux contours superbement flous nous est livré dès « Debut » (1993), album qui transforme son art en satori. Nouvel éclat avec « Post » (1995) enregistré avec Graham Massay de 808 State et produit par Howie B., l'alchimiste électro qui a associé son nom à Massive Attack, Soul II Soul et U2. Cette publication que l'on aurait pu qualifier d'anthume précède le chaos. En 1996, Björk marave une journaliste sur l'aéroport de Bangkok avant d'être visée, dans sa thébaïde londonienne, par un colis piégé à l'acide sulfurique. L'expéditeur, un fan dangereusement énamouré, se donnera la mort en écoutant I Miss You, neuvième titre de « Post ». Femme fée devenue mère et idole, elle émigre en Espagne pour se mettre à l'abri. C'est là qu'elle donne naissance à l'épisode le plus tranchant de sa discographie. « Homogenic » qui synthétise, selon elle, l'alliance du rythme et de la voix, est l'œuvre de la reconstruction. L'édifice parfait semble jaillir de toutes les sources bues. Immense geyser bouillonnant d'inventivité, l'album révèle des inflexions apaisées, un ton introspectif. L'opus lyrique qui se situe sur une ligne trip-hop (avec des accents de techno hardcore) est habillé de cordes et de cuivres somptueux. Produit par Björk, Mark Bell (LFO), Guy Sigsworth et Howie B., il marque probablement une rupture (désillusion ?) ou un nouveau pas au-delà de l'ailleurs. Tel que « Medúlla » (2004) nous l'indique, dernière conspiration de l'invisible, géniale conjugaison des flux de Mike Patton, Rahzel et Robert Wyatt. Guy Darol
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Homogenic ONE LITTLE INDIAN/UNIVERSAL, 1997
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BJÖRK SITE FRANCOPHONE NON OFFICIEL
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| Tags : björk, janis joplin, stockhausen, massive attack, mike patton, robert wyatt, funk, soul, jazz, musique, culture, islande |
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01 mars 2010
JANIS JOPLIN

Barnley Hoskyns qui est un parfait géomètre de Los Angeles a parlé dans Waiting For The Sun de « la trinité païenne des morts du rock qui inaugura les années 70 ». Le triangle est connu et j'imagine qu'il est enseigné dans toutes les écoles où la musique est un pilier de culture. Pour ceux qui l'auraient oublié : Jimi Hendrix (septembre 70), Janis Joplin (octobre 70), Jim Morrison (juillet 71). Mais la décennie de l'errance a commencé avant la fin de partie d'Hendrix. Brian Jones (69) ouvre la voie des naufragés et certains d'entre vous auront raison de souligner que la mort d'Al Wilson (70) et de Brian Cole (72) fut pareillement traumatisante. Celle de Janis me fit pleurer. Si rapprochée de celle d'Hendrix que certains oseront dire (ne dit-on pas n'importe quoi ?) qu'elle précipita son suicide. Pour beaucoup d'entre nous, cette fin réputée suspecte (nez cassé, traces de lutte) avait valeur d'alerte. Elle démontrait que la drogue tue. C'était la version (rarement contestée) du docteur Thomas Noguchi. Il avait établi que Janis Joplin s'était injectée la totalité d'un sachet contenant 30% d'héroïne pure. Soit, six fois la dose habituellement utilisée par la chanteuse. Comment une jeune femme de 27 ans avait pu mettre un terme brutal à son parcours glorieux dans un hôtel d'Hollywood alors qu'elle préparait le meilleur de ses albums, accompagnée de son meilleur groupe ? La réponse est dans le cœur muet de Pearl, le surnom qu'elle s'était choisie pour mieux se fondre dans la communauté des êtres qui détestent les chefs. Son père n'était-il pas capitaine d'industrie dans une ville raffinière du Texas, Port Arthur, la plus moche de toutes les villes du monde, selon les mots de Janis ? Elle y avait chanté dans une chorale. Elle y avait écouté Bach et Beethoven mais surtout Bessie Smith, Odetta, Leadbelly, Big Mama Thornton. A l'université d'Austin, elle avait remporté le concours du mec le plus laid du campus. Ce qui reste à prouver. Tout lui parlait de fuite. Les livres des beat poets, ceux de Jack Kerouac ne lui donnaient pas le choix. Pour survivre, il fallait partir. Rejoindre San Francisco, la nouvelle Utopia. Là, elle rencontre Jorma Kaukonen (avant le Jefferson Airplane) et David Crosby. Dans les beautiful tribes d'Haight Ashbury, elle côtoie les membres d'un groupe psyché égalitaire. Big Brother and The Holding Company signe un contrat avec Mainstream Records (Carmen McRae, Helen Merrill, Nucleus) et réalise, Janis au front, un premier album éponyme. Frisco qu'elle croyait être la cité radieuse, sera son paradis de l'excès. Elle y découvre le goût de l'héroïne et du Southern Comfort, une boisson dont elle devient l'égérie commerciale. La firme de St. Louis lui offrira un manteau de fourrure pour la remercier de la publicité (involontaire !) faite à son enseigne.
Le samedi 17 juin 1967, au festival de Monterey (premier acte du summer of love), Janis Joplin casse la baraque. Elle ne dispose que de 15 minutes. Dans ce bref intervalle, les trois sculptures sonores qu'elle livre au public suffisent à l'ériger en superstar du blues. Sa version de Ball And Chain de Big Mama Thornton fige les sangs. L'incandescence du texte est une boule de feu dans sa gorge. Son poing fermé bat la mesure comme un marteau de rage. Une rage qu'elle condense sur « Cheap Thrills » (1968) où se détachent Piece Of My Heart et surtout Summertime, l'hymne des frères Gerschwin qu'aujourd'hui on traduit en onctueux trémolos. Cette « chaotique frénésie de petite fille déchirée » (Barnley Hoskyns) trouve de nouveaux élans. Et ce sont les musiciens du Kosmic Blues Band puis de l'excellent Full Tilt Boogie Band qui en donnent la couleur. Auréolée à Woodstock, elle se hisse sur scène soutenue par trois personnes. Sa voix de white blues singer n'a pas faibli mais le corps est brisé. Seul le grand repos parviendrait à estomper les ravages de l'héroïne et de l'alcool. Après le festival de Toronto et une kyrielle de dates, elle enregistre de nouvelles chansons (Cry Baby de Ragovoy & Berns, Mercedes Benz qu'elle compose avec le poète Michael McClure, Me And Bobby McGee de Kris Kristofferson et l'inoubliable Move Over), sous la houlette de Paul Rothchild, le producteur des Doors et du Butterfield Blues Band. La suite est un point final creusé dans la chair. Trop d'héroïne seringuée au Landmark Hotel et la mort sans témoins. « Pearl » est une œuvre posthume. « Ce que j'ai fait de mieux, dira Paul Rothchild, et probablement l'un des meilleurs albums arraché aux Sixties ». Guy Darol
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LIRE
Janis Joplin par Jean-Yves Reuzeau, Gallimard - Folio Biographie, 2007
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| Tags : janis joplin, jean-yves reuzeau, voix, rock, soul, pop, culture, 1970 |
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27 février 2010
FAMILY/ROGER CHAPMAN

À l'est de Birmingham, Leicester est un centre industriel à dégaine victorienne. Les usines y sont légion mais également les musées d'art. John « Charlie » Whitney, étudiant d'une Art School a choisi. Il maniera une Gibson SG EDS-1275 et écrira des mélodies définitives. Comme son camarade Roger Chapman alias Chappo, il s'est très tôt nourri de blues, de r'n'b et de country. Au sein des Roaring Sixties, Chappo laisse percer son vibrato exceptionnel. Sa voix de wildcat appartient à la légende des timbres rauques, celle des Joe Cocker, Rod Stewart et Van Morrison. Avec Ric Grech (violoniste et bassiste au long cours), le saxophoniste Jim King et le batteur Harry Ovenall, Whitney et Chapman forment The Farinas, un combo réinterprétant les classiques de Sonny Boy Williamson et de J.B. Lenoir. La route du quintette en costume rayé croise celle du producteur angelnos Kim Fowley qui travaille au développement des 'N Betweens (futurs Slade) et de Soft Machine. « Puisque vous aimez les tenues de mafieux, leur dit Fowley, appelez-vous plutôt Family ! » Ainsi fut lancé un tout neuf composite mêlant blues, folk, jazz, pop et traversées psychédéliques. Nous sommes à Londres, en 1967, et le groupe vit en communauté dans une vaste maison du West End où les rencontres de hasard portent des noms connus des amateurs d'épopée pop. Il est banal qu'au milieu d'une soirée lysergique les Byrds tapent la discussion avec les musiciens d'Aynsley Dunbar's Retaliation ou de Maggie Bell. Après le succès du single Scene Through The Eye Of A Lens, Dave Mason (guitariste de Traffic) produit un premier album. « Music In A Doll's House » sort en 1968 sur le label Reprise, la marque de Frank Sinatra. Dans le contexte évaporé des pièces de Pink Floyd ou de Caravan, la galette livre un son tranchant, presque frénétique. Dans la période qui suivra, dédiée à la vie sur scène à travers le monde, le rugueux Piece Of Mind sera souvent pris pour un hymne freak. Lors d'un concert à l'Albert Hall, il est le signal qui indique que le public peut monter sur scène et faire n'importe quoi. Family n'échappe pas à la mode festivalière qui écume désormais tous les sites de déflagration pop (Woburn Festival, Wight, Glastonbury Fayre...) mais c'est surtout lors d'une prestation au Fillmore East de New York que Roger Chapman donne le ton. La voix de Chappo semble échappée d'un Etna en ébullition. C'est un chanteur nerveux, à la gestuelle imprévisible. Il agite son micro avec l'agilité d'un jongleur ivre et parfois l'instrument lui échappe et va se loger dans une face amie. Bill Graham, patron du Fillmore à l'humeur réputée variable, invite Family et reçoit un micro en plein visage. Chappo manque de le tuer. Ça ne se fait pas. Est-ce cette maladresse qui confère à ce groupe un air d'exode permanent ? Toujours est-il qu'après le majestueux « Family's Entertainment », le turn over devient mode de vie. Ric Gresh part rejoindre Blind Faith puis Ginger Baker's Airforce. Il est remplacé par John Weider des New Animals d'Eric Burdon qui cède sa place à John Wetton, émérite abonné du double manche. Et voici John « Poli » Palmer (pianiste et vibraphoniste de jazz) qui injecte le son cool dont le meilleur exemple est Strange Band, l'une des nombreuses réussites de ce groupe à l'univers orné de beaux cuivres et de violons mirifiques. Après la disparition de la famille en 1973, Roger Chapman formera les splendides Streetwalkers. Il coule des jours heureux en Allemagne. « Rollin' & Tumblin' » (2001) est son dernier album signé de son nom d'animal vocal. Guy Darol
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| Tags : rocher chapman, family, kim fowley, voix, rock, soul, musique, pop |
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26 février 2010
LES GRANDMOTHERS EN EUROPE, OUI MAIS PAS (ENCORE) EN FRANCE

http://www.myspace.com/grandemothersreinvented
EUROPE
more to come
BOOKING EUROPE CONTACT:
http://www.musicita.it/en/node/32
April, 16 2010
10:00 PM - GMSRI @ THE VIPER THEATRE - FIRENZE, FIRENZE http://www.viperclub.eu/
April, 24 2010
KARDISTA BLUES http://www.myspace.com/alterground
April, 25 2010
RODEO LIVE CLUB ATHENS http://www.myspace.com/alterground
April, 29 2010
CROSSROADS LIVE CLUB ROME http://www.myspace.com/alterground
May, 3 2010
MOODYS JAZZ CAFE FOGGIA www.moodyjazzcafe.it/
www.myspace.com/moodyjazzcafe
May, 6 2010
TRIESTE Teatro tba
THE
GRANDE
MOTHERS
RE:INVENTED
THE ONLY ZAPPA ALUMNI
CONSISTENTLY PERFORMING THE MUSIC OF THE MAESTRO SINCE 2003
"ANYTHING ELSE IS NOT AN ORIGINAL"
*featuring former members of the Mothers of Invention
*NAPOLEON MURPHY BROCK
(with FZ 1974 - 1984)
vocals, tenor saxophone, flute, suavenicity, dancing(!)
*ROY ESTRADA
(with FZ 1964 - 1984)
bass, pachuco falsettos, and operatic madness
*DON PRESTON
(with FZ 1966 - 1974)
piano, keyboard synthesizers, electronics, magic (!),vocals
with
MIROSLAV TADIC
electric guitar
CHRISTOPHER GARCIA
drumset, percussion, marimba, vocals
proving that
THEY CAN AND STILL DO THAT ON STAGE
GRANDE MOTHERS RE:INVENTED
VANCOUVER JAZZ FESTIVAL 2008
INTERVIEW
http://www.youtube.com/watch?v=ip01tf8Cqsg&feature=re...
GRANDE MOTHERS RE:INVENTED
LIVE IN ENGLAND 2008
PERFORMING PYGMY TWYLYTE
http://www.youtube.com/watch?v=a4lIMjCJyn0&feature=re...
GRANDE MOTHERS RE:INVENTED
LIVE IN ENGLAND 2008
PERFORMING UNCLE MEAT
http://www.youtube.com/watch?v=uEODv5ywrTE
GRANDE MOTHERS RE:INVENTED
LIVE PERFORMANCE EXCERPTS FROM
HAMBURG GERMANY @ FABRIK
http://www.youtube.com/watch?v=NwGHPkcm5y4&feature=Pl...
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23 février 2010
COLETTE MAGNY

Voix ultime de la protestation charriant les révoltes, Colette Magny (1926-1997), s'est toujours absentée du système au point de tenir à l'écart ceux qui voulaient augmenter son prestige. Au début des années 70, elle m'avait invitée rue de Flandres, dans le petit appartement parisien qu'elle occupa longtemps avant de prendre la tangente du côté de Saint-Antonin-Noble-Val, aux confins de l'Albigeois et du Quercy. Notre conversation, enregistrée sur un magnétophone à bandes, devait paraître dans Gulliver, un mensuel de contre-culture dirigé par André Bercoff. Je voulais élucider le singulier parcours qui mène une dactylo de l'UNESCO au blues le plus radical, en passant par l'Olympia dont elle partage la scène avec Sylvie Vartan. Il me fallait tracer une chronologie. Cette tentative fut un fiasco. Colette Magny s'évadait lorsque mes questions la frôlaient. Elle préférait évoquer les saloperies et comment en finir avec l'oppression en organisant une grève générale mondiale. Concernant ses projets, elle m'annonça (et son visage s'était illuminé) qu'elle désirait convaincre Léo Ferré d'enregistrer un album duettiste. Imaginez l'explosive aria qu'un tel alliage aurait pu susciter. L'entretien ne parut jamais. Colette Magny s'étant opposé à cette publicité qu'elle jugeait dérisoire.
Elle a 35 ans lorsqu'elle débute en chanson sur le continent Contrescarpe. Sa voix de cyclone souffle les incantations félines de Bessie Smith, un blues prolétaire qui ne pleure pas les amours vaincues mais l'horreur des puissants. Un premier 45 tours publié en 1963 grave un poème de Rainer Maria Rilke et « Melocoton », air poignant dédié à l'enfance. Colette Magny tient le tube qui ouvre les portes mais elle ne cherche pas les falbalas. Ses chansons serviront à évoquer la situation au Vietnam au moment des bombes Nixon. Elles documentent la réalité du Chili après le coup d'état d'Augusto Pinochet et de la CIA contre la coalition d'Allende. Sur les pochettes de ses albums : Che Guevara, Hô Chi Minh...
Passer à la radio ou à la télévision, du moment qu'on ne lui demande pas de se promouvoir, elle ne dit pas non. Les médias ne lui feront pas de cadeaux. À l'ORTF, ses disques sont rayés au stylet. Interdite d'antenne, censurée, y compris par les ayants droits d'Antonin Artaud, lorsqu'en 1981, elle rendra hommage au Mômo, Colette Magny n'en continue pas moins son travail de «journaliste chantante », une locution qu'elle s'est choisie pour faire taire ceux qui la traitent d'artiste engagée.
Artiste, tout de même, le mot est juste. Car cette voix de la rue de Flandres qui aurait pu faire illusion sur les rives du Mississipi savait accrocher des mots sur la répression au Chili autant qu'empoigner l'auditeur avec des textes d'Antonio Machado ou de Pablo Neruda. Passeuse de « révoltes logiques » (Arthur Rimbaud), elle chante Louis Aragon et surtout Antonin Artaud qui a, dit-elle, « craché, vomi, excrémenté pour les enfants du monde ». Sa colère est artiste qui sait aller vers la beauté pour attirer l'attention de ceux qui se font sourds. Elle s'entoure de grands textes et de hauts musiciens, choisit le jazz pour retrouver le son des anciens rugissants. Autour d'elle : Claude Barthélémy, Raymond Boni, Patrice Caratini, Louis Sclavis, Henri Texier, François Tusques. Sa voix anti-impérialiste est sardanapalesque sur « Rap' toi de là que je m'y mette », magnifique chanson-collage (un genre dont elle est assurément l'inspiratrice) avec quatuor à cordes. Ce blues-rap accompagne 14 autres titres sur Inédits 91, album payé de sa poche. Pionnière, en somme, dans l'éjection par les maisons de disques, Colette (qui se surnomme volontiers la pachyderme) n'a pas la courbure de vente nécessaire. Pèse pas lourd sur la balance des hits planétaires.
En 1983, je me trouvais au Théâtre de la Ville. Le rideau se lève (façon de parler) sur une scène nue. Piano de cérémonie et Colette Magny au proscenium. Le concert débute par « Etude Op. 10 n°2 » de Frédéric Chopin, la « Révolutionnaire ». Anne-Marie Fijal aux touches. Je suis secoué de frissons. Colette Magny chante « Strange Fruit » et je crois voir des arbres chargés de pendus. Puis elle chante « You Go To My Head », « My Man », « All Of Me » et chacun de ces airs connus remplissent l'air d'ondes vraiment fraternelles. Ce soir-là, sans aucun doute, nous avons tous ressenti que ce cœur de femme gigantesque battait à l'unisson des divas. Nous pensions à Billie Holiday, à Ella Fitzgerald. Ses petites sœurs. Guy Darol
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04:02 Publié dans MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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20 février 2010
CAT POWER

Chacun porte son barda, celui de l'enfance, rempli de cailloux et de sucreries. Le sac de Chan Marshall est lourd de peines. Sur les chemins qui ne mènent nulle part, la charge lui cassait le dos et la douleur l'obligeait à s'asseoir. N'importe où. Sans doute croyait-elle apaiser les petites plaies de l'âme en buvant chaque jour un peu plus. Jusqu'à vaciller dans l'oubli qui efface tout. Elle ne pouvait pas continuer longtemps. L'alcool était pire que le tas de cailloux.
Chan est née le 21 janvier 1972, en Georgie, USA. Ses parents se séparent presque aussitôt. Jusqu'à l'âge de 16 ans, sa vie est une errance à travers le Tennessee, l'Alabama, la Georgie pour aller d'une mère hippie à un père pianiste ambulant. Un jour, elle décide que sa mère est un monstre. Elle choisit de vivre au côté du père qui pratique l'art d'alléger les cœurs. Musicien, il sait que polir l'instrument est le plus sûr moyen de connaître la paix. Elle achète une guitare Silverstone millésimée 50. Il lui enseigne le gospel, le blues. Un univers qui lui indique la voie. Après des études cahoteuses, elle se rend à New York où elle forme un trio. Elle cherche un nom, comme une bannière qui rend visible. Un jour, en sortant d'un bistro, elle croise un vieil homme coiffé d'une casquette brodée de mots : Cat Diesel Power. Elle vient de trouver une ordonnance pour ajuster la thérapie. Une autre fois, après un concert de Liz Phair, elle rencontre Steve Shelley, le batteur de Sonic Youth et Tim Foljahn du groupe Two Dollar Guitar. Le train est lancé. Il y aura trois stations : « Dear Sir » (1995), « Myra Lee » (1996) et « What Would The Community Think » (1996), albums folk-rock habités. La voix de Chan a la rugosité du silex qui taille dans une brume de spleen. Avec le single Nude As The News, issu du troisième artefact, le succès est au rendez-vous. Elle a signé avec le label Matador (Belle and Sebastian, Interpol, Mogwai) et son programme est assuré. Concerts à mener comme la barre d'un navire en détresse. Chan a horreur des salles. Panique. Insécurité. Le miracle qui devait se produire s'est changé en billet pour l'enfer. Elle décroche.
Baby-sitter à Portland (Oregon), elle redécouvre l'anonymat et caresse des envies de fuite. Plus loin. Encore plus loin. Mais toujours avec le barda qui lui brise les reins. Avec Bill Callahan (du groupe Smog), son compagnon, elle se réfugie dans une ferme en Caroline du Sud. L'éloignement du monde qu'elle croyait bénéfique révèle un nouvel ennemi. Car c'est l'ennui qu'il faut combattre. Elle écrit « Moon Pix » (1998), album dédié aux phases de la Lune. L'enregistrement se fera à Melbourne en compagnie de Mick Turner et Jim White du groupe Dirty Three. Consécration absolue. Trop de gloire l'étouffe. Elle part en solo vers l'obscur. Dans les salles de cinéma, elle joue sur « La Passion de Jeanne d'Arc » de Carl Theodor Dreyer d'après le roman de Joseph Delteil. Cette matière cinématique se retrouve sur « The Covers Record » (2000) (avec l'incroyable reprise de Satisfaction, sans son riff, et des relectures de Lou Reed, Bob Dylan, Sam Coslow), opus sans frisottis. Un piano. Une guitare. En 2003, elle sort le splendide « You Are Free », avec Eddie Vedder (Pearl Jam), Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) et Warren Ellis (Dirty Three), où scintillent des reprises de John Lee Hooker et de Michael Hurley. Le temps de la confiance n'a pas encore sonné et cette incertitude est toujours palpable lorsque Cat Power est en scène. Vrai jeu de massacre. Chant inaudible. Set interrompu par la pulsion d'effroi. L'envie de boire peut-être. Ou de pleurer. En février 2006, elle sort son meilleur album, « The Greatest », référence à Mohamed Ali ainsi surnommé quand il est l'imbattable. Mais Chan explique qu'elle a choisi ce titre pour rendre hommage à l'humanité tout entière. « The Greatest » est une plainte luxuriante (chœurs, cuivres et cordes créent une ambiance pharaonique) et Chan y chante toujours son cœur. Définitivement meurtri. Il lui semble que tout est raté. Même ce qui est bon lui échappe. À un journaliste qui lui demande ce qui la comblerait de bonheur, elle répond : « J'aurais voulu dire à mon père que je l'aime ». Elle dit ça. Elle boit. Elle disparaît. Tournée américaine annulée. Concerts européens reportés. La peur au ventre qui noue la gorge. Et une voix considérable, bouleversante, dans laquelle on pourrait voir briller quelques éclats noirs de Nick Drake, de Janis Joplin, de Mariane Faithfull et les mélopées solaires de Buffy Sainte-Marie. Guy Darol
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19 février 2010
NERVALIENNES/JACQUES DEMARCQ

Lisez cette formidable invitation à découvrir Nervaliennes, le nouvel ouvrage de Jacques Demarcq publié chez José Corti.
"Nerval m'est un vieil ami. Peu enclin au romantisme, je me suis souvent demandé ce qui me liait à lui. J'étais, je suis toujours fasciné par les sonnets des Chimères, bien sûr : leur énigme et leur limpidité tout à la fois. Mais c'est surtout dans Sylvie et ses autres récits du Valois que je me promenais ; j'y retrouvais un peu de mes paysages dans une contrée proche.
Je me suis mis à écrire avec lui. J'ai emprunté la trame d'un de ses contes pour un livret d'opéra dont le style, certes, est aux antipodes du sien. Plus tard, j'ai retracé sa vie dans la bouche d'un enfant. Entre temps, je lisais et relisais Sylvie, Aurélia, et ses autres textes. Plus j'allais, plus son écriture acquérait une vie autonome, détachée de sa biographie et des paysages qu'il a parcourus, pour s'engager avec une incroyable lucidité dans la folle aventure des signes.
Comme l'a senti Proust, il est l'anti-Sainte-Beuve : sa vie l'explique peu. Son œuvre montre avec douceur qu'un être humain vient moins au monde qu'il ne tombe dans un langage : une mise en forme de la réalité dont les bases culturelles, toujours un peu mythiques, recèlent désirs et dangers. Nerval ne m'en est devenu qu'un ami plus intime." Jacques Demarcq
NERVALIENNES
Jacques Demarcq
José Corti éditeur
Février 2010
144 pages, 18 €
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| Tags : jacques demarcq, gérard de nerval, littérature, poésie, 2010 |
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18 février 2010
NOEL AKCHOTE/JEAN-MICHEL ESPITALLIER


SYNCHRO #1
Noël AKCHOTE /Jean Michel ESPITALLIER
WebSYNradio // Société de Curiosités
25 février - à partir de 20h00
Et programmation de Jean-Michel Espitallier, à partir du 18 février sur
http://droitdecites.org/2009/10/02/jean-michel-espitallie...
Une première soirée SYNCHRO à l'invitation de la Société de Curiosités pour découvrir le projet mené au sein de WebSYNradio, radio de création activée par Dominique Balaÿ et atelier au long cours de la revue Droit de Cités.
Cette soirée accueille Noël AKCHOTE et Jean-Michel ESPITALLIER pour un programme en 4 temps.
1. Diffusion et lecture chacun pour soi de l'entretien réalisé par Noël Akchoté et Dominique Balaÿ « Puissance de la musique. Des pratiques, un quotidien » (déjà diffusé à la SDC dans son intégralité le 29 décembre dernier et publié en trois épisodes dans Droit de Cités).
Des morceaux de la playliste constituée par Noël Akchoté seront proposés en écoute. ( 30-40 mns)
2. Présentation de la revue Droit de Cités par Samuel Zarka, Isabelle Barbéris et David Christoffel (sous réserve) , responsables du comité éditorial. (30-40 mns)
3. Duo et improvisations de Noël Akchoté et Jean-Michel Espitallier, (guitare, voix et autres sonorités). (1h - 1h10)
4. Echange libre avec les artistes et écoute de la playlist de Jean-Michel Espitallier . (ad lib)
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Synchro 1
Le 25/02 à partir de 20h
Société de Curiosités : 9, cité des 3 bornes Paris 11e
Réservation : lasocietedecuriosites@gmail.com
http://droitdecites.net/websynradio/
http://instantnet.wordpress.com/la-societe-de-curiosites/...
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13 février 2010
LUCIEN SUEL/LES VERSETS DE LA BIERE/JOURNAL 1986-2006

Lucien Suel se dit polyphrène. Il n'écrit pas à l'unisson des voix monotones de son temps. Son style est polyrythmique, ses visions polyptiques. Après Mort d'un jardinier (La Table Ronde, 2008) et La patience de Mauricette (La Table Ronde, 2009), deux romans-secousses, Lucien Suel verse au dossier de son polymorphisme, Les Versets de la bière, soit les pages d'un Journal couvrant les années 1986-2006.
On y trouve ses vies d'écrivain, de lecteur, de poète-performer, de musicien orienté rock (tendance spontanéisme post-dada), de cinéphile, de voyageur et de buveur de bière au goût sûr. Collagiste adhérant à Kurt Schwitters, William S. Burroughs, Claude Pélieu, le diariste polyphonique fait entrer dans son Journal la voix du houblon (sous forme de réclames assoiffantes) et celle de l'aphorisme (brassant zeugmes et dictons, tautologies talismaniques tangibles et syllogismes sans amertume). Ivre de ce montage, on en redemande. Encore une pinte oui mais une pinte de Suel !
LES VERSETS DE LA BIERE
JOURNAL (1986-2006)
Lucien Suel
Dernier Télégramme, 2010
158 pages, 16 €
EXTRAIT
Année 2006
"Potchük entre Les Platters et Elvis Presley.
Janvier, Lille, concert de Potchük, nouvelle configuration. Je ne suis plus guitariste.
Je me concentre sur la voix, le chant. Guillaume et Thomas assurent la rythmique, basse batterie. Au saxophone, Benoît dialogue avec mes textes.
Je pourrais passer de la contrainte à la profusion en utilisant par exemple les techniques de la prose bop spontanée de Jack Kerouac.
Liste de dessins idiots en projet : Lasse de pique, Ma cravate est trop longue, Don Cabillaud, Le gendarme et la tapette à mouches, Young angel midday, Le vomi du monde, Au diable la varice, Le président, La banane monochrome.
on possède un jardin secret -- la lune n'a pas de profil -- tous les nombres premiers sont ex aequo -- la vie ne tient qu'à un fil -- on peut vendre son sang au détail dans certains pays -- les soldes se déroulent pendant les jours fous fous fous -- on enterre les monstres à six pieds sous terre -- un entrepreneur de démolitions entasse des briques dans son bas de laine -- on fait le plein de larmes aux pompes funèbres --l'infarctus du myocarde est provoqué par la thrombose des artères coronaires
Le veau de boue dort debout.
7 mars, lecture solo à Labeuvrière devant une salle plaine et attentive.
Ernest Hello (L'homme) : "Le nuage qui porte la foudre est aussi secret qu'il est terrible."
31 mars. Arras, médiathèque. Le poète présente un poète. Conférence sur Germain Nouveau. J'axe ma présentation sur la comparaison avec Benoît Labre.
Cette bière est brassée avec des produits de grande qualité : eau, malts, houblons, épices, levure, sucre candi. C'est une bière artisanale de fermentation haute, refermentée et non filtrée, pour lui conférer son goût de qualité exceptionnels."

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LE SITE DES EDITIONS LA TABLE RONDE
Lucien Suel/11 décembre 2009
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07 février 2010
JEAN-LUC MOREAU ET L'INTOUCHABLE CAMUS

Cinquante ans après la mort d'Albert Camus, de nombreux livres ont paru, le plus souvent célébratifs, qui composent un monumental cénotaphe. L'un d'eux, cependant, ne chante pas à l'unisson par la quantité de questions qu'il pose, notamment au sujet du lecteur qu'était Camus, hâtif dans ses comptes rendus. Le titre de cet essai, Camus l'intouchable, pourrait être pris comme une défense becs et ongles de l'écrivain. Fausse piste. Ici, on examine entre les lignes et à la loupe. On constate que Camus pratique la lecture et le commentaire sommaires. On ne dit rien de mal. On ne participe pas d'une entreprise de démolition. On construit.
Jean-Luc Moreau, l'auteur de l'investigation, est rédacteur-en-chef de la revue La Sœur de L'Ange (Editions Hermann), il fut membre du comité de rédaction de la défunte revue Roman (Presses de la Renaissance), surtout il est le théoricien de la Nouvelle Fiction, un remarquable connaisseur de l'œuvre de Frédérick Tristan et un biographe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Autant dire que son avis est celui d'un spécialiste des domaines philosophiques et littéraires.
Poursuivant l'entreprise critique de Jean-Luc Steinmetz (Lautréamont, Œuvres Complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade), Jean-Luc Moreau examine « Lautréamont et la banalité », l'article de Camus donné aux Cahiers du Sud, et nous convainc, après la sévère volée d'André Breton, que l'auteur de L'Homme Révolté, fut un lecteur approximatif sinon un commentateur se fiant à la seule sûreté de l'impression furtive. Camus bâcle, use de raccourcis, agit tel un oracle incontestable.
Jean-Luc Moreau ne s'arrête pas qu'au seul exemple de Lautréamont, il montre que la machine se trompe, se trompe abondamment et en particulier lorsque Camus (orienté libertaire) parle de Bakounine. Lecteur approximatif, le voici confondant le Catéchisme du révolutionnaire de Netchaïev avec Catéchisme révolutionnaire, l'ouvrage de Bakounine. Juste un errement, croirait-on, l'analyse de Jean-Luc Moreau dévoile d'autres divagations.
Sur le thème de la révolte qui fit le plus connaître et estimer Camus, Jean-Luc Moreau est parvenu à retrouver de précieux documents. L'un d'eux est magnifique. Il s'agit de la revue Soleil noir - Positions, animée par François Di Dio et Charles Autrand qui avaient fréquenté Camus à Alger. Dans son premier numéro, Soleil noir - Positions rappelle que la révolte doit s'entendre comme un cri et non un engagement philosophique. Elle convoque quelques représentants des abîmes et du cri dont Jean-Pierre Duprey. Stanislas Rodanski, se trouvant dans les parages du Soleil noir, nous indique que la révolte est bien autre chose qu'un sujet de réflexion.
En cheminant dans ce bouillant volume, on croise des regards mitigés, parfois sombres (Gérard Legrand, Benjamin Péret, Georges Bataille), et certaines palinodies, comme ce changement d'humeur de Raymond Guérin, enthousiaste d'abord puis totalement retourné. Le livre de Jean-Luc Moreau est un remarquable exercice de lecture et un précieux trésor pour tous ceux qui sont curieux de voir les visages de Camus et de ses contradicteurs. Guy Darol
CAMUS L'INTOUCHABLE
JEAN-LUC MOREAU
Editions Ecriture & Neige
260 pages, 18,95 €
CONSULTER LE SITE DES EDITIONS ECRITURE
L'exposition ALBERT CAMUS L'INTOUCHABLE, organisée par les éditions NEIGE et ECRITURE, en partenariat avec la FNAC Suisse, sera présentée du 29 avril au 2 mai 2010 au SALON DU LIVRE DE GENEVE en présence de Jean-Luc Moreau, puis dans les Fnac Suisse du 5 au 30 mai 2010
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE DE JEAN-LUC MOREAU
Simone de Beauvoir, le goût d'une vie, Ecriture, 2008.
Sartre, voyageur sans billet, Fayard, 2005.
Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, Editions du Chêne, 2001.
La Nouvelle Fiction, Criterion, 1992.
Le Retournement du gant I, entretiens avec Frédérick Tristan, La Table Ronde, 1990.
Le Retournement du gant II, Fayard, 2000.
Dominique de Roux, dossier L'Age d'Homme, 1997.
Signalons la réédition de Le Nid du loriot d'Ariel Volke (La Musardine, collection Lecture amoureuses, novembre 2009), ouvrage préfacé par Jean-Luc Moreau.
Lire la préface de Jean-Luc Moreau

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31 janvier 2010
ERIC SIMON/COMPAGNON DE LONDRES

Flâner dans Londres en compagnie d'un amateur de littérature est le plus beau cadeau qu'on se puisse faire. Eric Simon ouvre des pages, déplie des légendes, explore à la lanterne les rues et ruelles les plus propices au surgissement des fantômes.
Le Londres auquel nous sommes conviés est celui de Charles Dickens, de Virginia Woolf, de Jean Ray mais aussi de Jules Vallès et de Pierre Mac Orlan. Ce Londres marqué aux semelles des grands promeneurs mène aux meilleures adresses et particulièrement en ces Pubs pourvoyeurs d'images où les spectres peuvent prendre l'apparence de Sigmund Freud ou de Karl Marx.
Un livre somme toute essentiel pour le bibliomane mais également le cinéphile ou le visiteur de cimetières.
ERIC SIMON
LONDRES
Balades au fil des ombres
Illustrations de Christine Mabileau
Préface de François Rivière
Keswick Editions, 214 pages
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30 janvier 2010
REVUE GRUPPEN/NUMERO ZERO

Emmanuel Barot – Cyberpunk et Révolution
Serge Pey – Quand les os se chargeront-ils de leur prochaine chair
Sébastien Miravete – Manuel du petit Bergsonien / Le guide du Badiou
Pierre-Ulysse Baranque – « Comme-un-isthme », Problèmes et Actualité d’un Mot (1ere partie)
Ilan Kaddouch – Jaillissement du copeau ; Helmut Lachenmann / Les séries télévisées
Vincent Le Diagon – Variations Burroughs / Kantara
Entretien avec Robert Kaddouch
Laurent Jarfer – Ouverture / Si nous sommes inutiles

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28 janvier 2010
LAETITIA SHERIFF EN CONCERT/29 JANVIER 2010


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27 janvier 2010
PIERREJEAN GAUCHER AU TRITON/30 JANVIER 2010
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KONRAD KLAPHECK/GALERIE LELONG/4 FEVRIER - 27 MARS 2010

François-René Simon nous signale l'exposition de Konrad Klapheck : "Le peintre des machines à tendance célibataire a retourné ses pinceaux depuis quelques années. Désormais, l'humain est au bout de ses soies. En particulier, les musiciens de jazz."
GALERIE LELONG
13, rue de Téhéran
75008 PARIS
EXPOSITION KONRAD KLAPHECK
4 février - 27 mars
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26 janvier 2010
QUI ETES-VOUS BIENVENU MERINO ?

Guy Darol : Il n'y a pas que la pratique de l'écriture et de la marche qui traverse ta vie. Ne serais-tu pas également dessinateur, peintre, photographe et cinéaste ?
Bienvenu Merino : Je suis un touche-à-tout. C'est probablement cela qui m'éloigne de la réussite et du travail bien accompli. Dans mon âme, l'amour de bien faire est divin, donc, s'il n'y a pas de discipline et de travail bien fait, je ne peux pas être totalement satisfait. Ceci vaut pour les travaux que j'ai entrepris et qui me tenaient à cœur. Tout est lié. La photographie m'apporta, durant les années de voyage, beaucoup de plaisirs, puis peu à peu elle s'éclipsa pour être remplacée par la peinture et le dessin. Quant au cinéma, ce fut un déclic qui surgit comme un boum, après m'être intéressé à une période de l'histoire de France si souvent auscultée dans ma mémoire. Ma première expérience au cinéma n'est pas encore terminée puisque le montage de mon film n'est pas achevé. Mais faire tout, tout seul : écriture du scénario, repérages des lieux, recueillir des fonds, chercher des acteurs, des figurants, des techniciens, faire la mise en scène, le secrétariat, l'attaché de presse, ce n'est pas toujours facile.
G.D. : Quels sont les écrivains qui regardent par-dessus ton épaule lorsque tu te trouves à ta table de travail ?
B.M. : Ma table de travail est vaste. En vérité, je suis plus un véritable promeneur qu'un écrivain. A proprement parler, je n'ai pas de méthode bien précise. Aller sur le terrain m'apporte en général l'essence même de mes écrits. Etre écrivain, c'est un sacerdoce, comme Gustave Flaubert qui ne procédait que par notes précises dont il avait scrupuleusement vérifié l'exactitude. Il se condamnait à fréquenter pendant des semaines les bibliothèques jusqu'à ce qu'il ait trouvé le renseignement désiré. Il ne reculait pas devant l'ennui de lire vingt ou trente volumes traitant de la matière. Il ira en outre interroger des hommes compétents, poussera les choses jusqu'à visiter des champs de culture, se rendra sur les lieux, y vivra. Ainsi, pour le premier chapitre de L'Education Sentimentale qui a comme cadre le voyage d'un bateau à vapeur remontant la Seine de Paris à Montereau, il a suivi le fleuve en cabriolet, le trajet ne se faisant plus en bateau à vapeur depuis longtemps ! C'est fou ! Je ne dis pas qu'il était dingue, mais il avait cette passion, celle que j'ai dans les voyages et dans la marche toute simple qui m'a conduit à l'extrême, naturellement, avec fascination et plaisir. Toutefois, bien des écrivains m'ont marqué, et je laisse à mes lecteurs le soin d'apprécier certains de mes auteurs favoris qui m'ont influencé et qu'ils découvriront eux-mêmes, en me lisant. Cependant Antonin Artaud et Georges Bataille et les œuvres du CHE, pour une autre raison, surtout la lecture de son Journal de Bolivie,furent déterminants.
L'écriture de Diarrhée au Mexique est assez brute, dans le sens où la matière est tirée du vécu et si elle détonne encore et toujours c'est que la vérité je suis allé la chercher au fond de moi, dans la douleur ; récit qui choqua, qui choque encore, et qui choquerait en 2007 comme m'avait dit Éric Dussert avant la sortie du livre, lequel est à l'origine de la troisième publication, ce qui m'encouragea à continuer afin de n'être pas l'auteur d'un seul livre.
G. D. : Tu vis désormais à Paris. Le globe-trotter est-il encore un promeneur invétéré ?
B.M. : Je commencerais par te répondre par ces lignes de Platon, extraites de l'Apologie de Socrate. « Les hommes peuvent être heureux en demeurant attachés à une forme de vie immuable, que la musique et la poésie n'ont pas besoin de créations nouvelles, qu'il suffit de trouver la meilleure constitution et qu'on peut forcer les peuples à s'y tenir ».
Voyager fut toujours ma passion car je trouvais dans ce mode de vie et de vivre une belle manière de découvrir, d'apprendre, d'étudier, sans contraintes, ce que je n'avais pas fait dans mon enfance et mon adolescence. Enfant, je n'eus pas une scolarité exemplaire. Dès mon plus jeune âge, je n'étais pas un fervent de la discipline, j'étais bien plus attiré par les dormeurs à la belle étoile et les bergers. C'est à mon retour d'un long voyage que j'eus l'envie et le besoin de conforter certains acquis appris de la route, en étudiant quelque peu à l'Université. Je ne dis pas, comme Flaubert, que le seul moyen de supporter l'existence, c'est de s'étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle.
La vie de voyage s'était ancrée en moi car toujours elle fit partie de mon existence, un peu comme les gitans qui se meuvent continuellement à travers le monde depuis leur naissance. Même si, aujourd'hui, mes voyages ne me mènent plus aussi loin, très souvent ça passe par l'écriture, une manière de traverser les choses et de vivre différemment. Les yeux sont peut-être moins éblouis par la beauté du spectacle comme l'étaient ceux du voyageur incorrigible que j'étais. J'ai une façon différente de voyager dans l'écriture et je sais que je n'ai pas encore tout puiser de mon vécu et c'est devant les pages blanches que je gribouille à ma table de travail que je perpétue ce qui était ma vie d'explorateur. J'habite à Paris, entrecoupé de quelques escapades, cependant j'ai gardé cette habitude de persévérer dans cette irrépressible envie de marcher pour encore et toujours découvrir ma ville et mieux comprendre le monde qui m'entoure. Je suis un inlassable marcheur solitaire. Marcher m'est nécessaire. Le globe-trotter que j'étais est devenu un simple homme qui marche. Hier encore, mercredi 22 décembre, je suis revenu de banlieue, d'Ivry, à pied, en essayant de longer la Seine avec ses hautes cheminées d'usines chapeautées de glace, et ces péniches tranquilles, amarrées sur les berges où, quand elles coulent nonchalantes sur le fleuve lent, recouvertes d'un peu de neige comme si c'était seulement cela qu'elles transportaient tant elles flânaient, écrasant les vaguelettes de leur chargement invisible en allant jusqu'au Pont de Tolbiac, un des de mes anciens quartier. Je fus enchanté de suivre la rivière sous la neige. C'était un vrai conte de Noël. Que d'histoires j'ai revécu, que de nouvelles envies m'ont donné le désir de repartir vers l'inconnu.
Virginia Woolf, la belle rêveuse londonienne, Jean Giono, Julien Gracq, Jacques Réda, dans Marchons sous la pluie, Jacques Lacarrière, Karl Gottlob Schelle, Arthur Rimbaud, Léon-Paul Fargue, Walter Benjamin, Henri Calet, André Hardellet ont fait cela bien avant moi. Mais, c'est sans doute de Don José Merino Martin Campos, mon père, que je tiens l'incroyable invention de savoir aller par les chemins et par les routes. Il commença, jeune, très jeune, avant ses dix ans. De Malaga à Madrid, de Madrid à Barcelone, de Santander à Algesiras, il accompagnait les chevaux, à pied, marchant à leurs côtés, de jour et parfois de nuits, dans la beauté des paysages. Je ne compte pas le voyage forcé par l'exil, celui qui lui causa tant de désagréments, LA RETIRADA DE MALAGA, guerre entre hommes du même pays, d'un même village et parfois d'un même clan familial, mais il sut cheminer, armé de fusil ou sans fusil, et faire magnifiquement son très long parcours, celui dont il apprit ce qu'étaient les hommes et les femmes dans des combats féroces, dans la douleur et la défaite, dans le camps des vainqueurs et dans celui des vaincus, sur la route qui le conduisit vers les hommes libres.
G.D. : Crois-tu que la culture underground ait quelque chose encore à voir avec la pratique des blogs ? Et cette pratique est-elle une chance pour le développement de la pensée et de la création ?
B.M. : Oui, bien sûr, et elle se pratique aussi avec les blogs. C'est un mouvement parallèle, hors des circuits officiels normaux du commerce et de diffusion. On devient underground par la force. Ce sont les maffias du show-biz, de l'art subventionné qui obligent l'artiste à prendre cette tangente. En luttant contre l'establishment qui souvent met le créateur à l'écart, on doit trouver la solution pour se faire entendre ou être lu et par ce moyen il lui est possible enfin de dire ce qu'il ne pouvait pas, d'enlever le frein qui ne permet pas de s'exprimer. Les censeurs dans notre société existent, la diffusion par les blogs permet de résister contre ceux qui sont au pouvoir, contre certaines pressions qui obligent l'artiste à trouver d'autres solutions pour mieux se faire entendre et exister enfin. Le moteur de l'underground, dès ses débuts, a été l'exhibition du corps, la transgression des codes sociaux, montrer ce qui est « caché » et le faire venir à la lumière. C'est une avancée importante pour la communication et la liberté d'expression. Underground et blogs ça fonctionne de pair. Tu peux imaginer pourquoi je n'envoyais plus mes manuscrits aux éditeurs, pourquoi certains de mes « textes monstrueux » sont passés à l'oubliette, ignorés ou simplement jetés au feu de la non-prospérité.
G.D. : Préfères-tu l'ombre à la lumière ?
B.M. : Souvent je me sens dans lumière, même si je vais sur la route sans que personne ne soit au courant ni me reconnaisse. Je vais, fidèle à un certain idéal. J'essaye de faire ce dont j'ai le plus envie, c'est ma manière de marcher à la lumière.
Bibliographie de Bienvenu Merino
Prière
(Nouvelle)
Manifeste de la Délinquance Littéraire
Cahiers Zédébis, 1975

•
Situations Normales
(Nouvelles)
(Cahier des Hirondelles), 1975
•
Fleurs et Chant d'Espoir du peuple d'Espagne
(Poème (l'agonie d'un dictateur)
Les Cahiers St Germain des Prés, 1976
Plus édition originale accompagnée d'une gravure de l'auteur
Atelier Say, 1996
•
Satisfaction
et autres nouvelles
Revue Le Gué,1976-1977-1978
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Extrait d'un voyage dans les excréments
ou
Diarrhée au Mexique
(nouvelle)
Editions du Peuple, 1976
(épuisé)

Réédité par Les Cahiers Lolita, préface de Gérald Scozzari, 1977
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Scènes
(nouvelle)
Livre d'artiste, 1996

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Qui sera libre demain ?
Gravures de 10 artistes plasticiens
Portfolio
Atelier Say, 1996

Ana
Poème et champs de mots
Préface de Emilio Sanchez-Ortiz
Isabelle Venceslas, 1995
(épuisé)
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Descendre au cercueil
(Ouvrage sur Auguste Pinochet)
Dessins à l'encre de l'auteur
Préambule
Lettres des femmes prisonnières politique de la prison
de haute sécurité de Santiago de Chili
Connaissance, 2000

O, voyelle
D'après une œuvre sur acier de l'auteur
Portfolio
Isabelle Venceslas, 2002

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Traces de plantes fossilisées
Carnet des mines, Graissessac-Hérault
Avec traces et dessins de l'auteur
Ouvrage personnel, tirage limité, 2005)
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Diarrhée au Mexique
ou
Extrait d'un voyage dans les excréments
(Nouvelle)
(Préface de Éric Dussert)
Atelier du Gué, éditeur 2006

Ensayos sobre el placer de la Felaçion
Essai sur le plaisir de la fellation
Editions espagnole et française avec photos et dessins de l'auteur
Coffret, d'Artiste, 2007

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Lignes Noires
(Encres et dessins)
Isabelle Venceslas, janvier 2010

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25 janvier 2010
QUI ETES-VOUS BIENVENU MERINO ?

Guy Darol : La réédition, en 2006, de Diarrhée au Mexique, a été suivie d'échos plus que favorables. Ce livre a été couvert d'éloges et cependant c'est l'arbre qui cache la forêt, car ton activité d'écriture est riche de plusieurs volumes. Peux-tu nous en parler ?
Bienvenu Merino : Oui, quelques critiques littéraires ont réservé un bon accueil à mon livre et c'est une chance de savoir qu'il ait touché et conquis autant de lecteurs. Mes autres livres sont bien plus sages, tout en étant fidèles à mes convictions politiques et à mes expériences d'éternel homme qui marche.
J'ai peu publié. Pendant presque vingt ans je n'ai plus envoyé de manuscrits aux éditeurs, alors comment veux-tu que l'on me lise ? La peinture de tableaux avait pris le relais, alternant des travaux de décoration et de construction de lieux et scènes de théâtre. J'étais ouvrier pour gagner ma vie. Puis la fête et les rigolades, les bistrots de Paris où naissaient les rencontres aventureuses me portaient au zénith d'une gloire acquise par mon manque assidu à l'écriture et à toute relation avec le système éditorial. Je vivais bien, cela me convenait assez la vie faite de plaisirs. J'étais doué pour la danse et les jeux de séduction qui m'apportaient plus de bonheur. A 19 ans, durant mes deux années de pratique de la boxe, j'appris à travailler mon jeu de jambes. Le direct du gauche et l'uppercut me donnèrent plus de confiance. Je me mouvais à la manière de Ray Sugar Robinson dansant sur un ring. Mes amies spectatrices qui suivaient mes combats se sentaient protégées. Très entouré, je me perdais avec elles dans les nuits de Saint-Germain-des-Prés. Comment veux-tu que je puisse travailler consciencieusement l'écriture ? Pour bâtir une œuvre, "c'est chaque jour qu'il faut se poster devant la page blanche", me disait mon ami écrivain Emilio Sanchez-Ortiz, alors qu'après quelques verres à La Coupole et au Sélect puis dans les petits bals bretons du quartier de Cambronne, nous allions guincher non sans avoir passé deux ou trois heures avec mon ami le batteur Jackie Bouissou qui jouait au River-Boat avec Claude Luter, rue de Rivoli, et avec Marc Laferrière et Maxime Saury au Caveau de la Huchette. La belle vie en somme car en ces moments-là la littérature venait après la fête. La lecture m'était bohème et je devais faire des efforts afin de continuer à lire et à étudier sérieusement. En fait, c'était mon "manuscrit de vie", mon livre de chair. Un laisser-aller impardonnable si l'ont veut écrire vraiment. Henry Miller mena cette vie et je me demande comment il trouva du temps pour réussir à accomplir une œuvre aussi solide et si intéressante. Mes vrais manuscrits sont rangés aux rayons de l'oubli, certains en partie inachevés ou à corriger. Ce peu de ma fortune ne peut intéresser un éditeur, croyais-je longtemps. Dans leur état actuel, où ils racontent des moments de vie égarée entre splendeur et jouissance, ce sont des manuscrits pas vraiment aboutis.
Pour mes livres parus, la grâce s'est trouvée sur ma trajectoire, mais souvent en faisant personnellement un travail de grand écolier studieux et appliqué qui, tout petit homme, eut quelques rêves passagers pour se prouver à lui-même qu'il pouvait vraiment se faire plaisir et pouvoir se sentir devenir écrivain. Tout cela me donne parfois de l'énergie pour donner à ma vie la satisfaction qui emplit mon cœur et m'aide à m'appliquer à exprimer ce que je vis. Les pétards mouillés ne peuvent jaillir et faire des étincelles que si le désir de bien les sécher correctement existe. Je crois que j'ai préféré vivre avant tout. Existence de chevalier, entouré de nymphes, mais c'est ainsi que jamais la solitude ne m'a gagné. Ecrire des livres vous plonge dans les souterrains et les puits de la recherche de la vie fabriquée de livres. J'ai eu la chance partout dans le monde de rencontrer ce que jamais je n'avais espéré. La littérature ne me manqua pas ; si le besoin d'écrire me prenait, j'avais toujours un crayon et du papier pour exercer mon envie, sinon, je contemplais le ciel, la mer, les arbres, les cimes des montages, et surtout, tout être humain sur mon passage, quel qu'il soit. Je pouvais lire dans les yeux et sur les visages le sommet de la bonté ou bien y découvrir la pire des crapules. Mais même si les livres sont mes amis, rien ne vaut ces hommes ou femmes rencontrés dans mes voyages qui avec génie m'ont offert ce qu'il est impensable que l'on puisse donner et détacher du cœur : leur amour, quitte à se dépouiller de tout ce qu'ils avaient en leur possession. C'est eux qui m'ont le plus appris, mieux que ce je pouvais apprendre dans les livres et à l'université. Le bonheur tout simplement. Voilà sans doute pourquoi écrire des livres ne m'est pas obligé, ni un besoin nécessaire, même pas vital, ni un métier.
Ecrire n'est pas pour moi une nécessité, je lai toujours su, j'avais d'autres cordes à mon arc. Voilà pourquoi, l'ours qui est en moi s'est mieux habitué à un environnement hors des sentiers battus, peut-être de crainte de déranger son voisinage postulant au succès de la renommée et à l'aliénation, ce que sans doute j'ai toujours su éviter sans crier gloire ni déception. Non, surtout, ne pas me faire voler mes ardeurs, mon souffle, mon enthousiasme et ma liberté, ce qui donne à ma personnalité ce rien de riche qui m'est tout.
G.D. : Les billets que tu publies régulièrement sur Rien ne te soit inconnu et Rue du Pressoir attestent que tu as approché de grands noms de la vie culturelle et politique. J'observe toutefois que tu es l'opposé d'un mondain. De quelle façon se réalisent ces rencontres ? Quelles sont celles qui t'ont le plus profondément marqué ?
B.M. : J'ai rencontré quelques grands talents du showbiz, comme Compay Secundo qui était mon ami, et le fils et la fille de Violetta Parra, Angel et Isabel, merveilleux interprètes, réfugiés en France après le coup d'Etat au Chili, mais c'est surtout des peintres et des artistes avec lesquels je suis le plus lié. Aussi, ayant un de mes frères comédien, et un autre militant, cela me facilite les rencontres. Les hommes politiques rencontrés avec qui j'eus un vrai contact, sont assez rares. En 1970, j'ai approché Salvador Allende pendant sa campagne Présidentielle, cela grâce à des amis du MIR (Movimiento d'Izquierda Revolucionaria), et je fus invité à une de ses marches légendaires avec les paysans, à Osorno et à Valdivia, dans le sud du Chili. Dans les années 1970, il existait une telle peur, dans certains pays d'Amérique du Sud, que la Gauche arrive au pouvoir au Chili, que pour moi, il était inconcevable que je n'accepte pas l'invitation de mes compagnons militants chiliens d'être auprès d'eux et de leur leader à la Présidence de la République. Le souvenir de Salvador Allende est celui de sa simplicité, de sa gentillesse et de sa conviction absolue qu'il allait gagner les élections et être élu Président du pays. Tout le monde connaît la suite.
Moi qui voulait être discret, c'est raté. Je ne vais pas cependant tout t'avouer. Mais je ne résiste pas. Voici arrivé un instant de grâce. Un vrai conte de fée. Je veux te parler de Monica, la compagne de mon frère Emmanuel, jeune femme et attachante qui fit son entrée glorieuse dans notre modeste clan familial, et pour qui nous avons beaucoup d'estime et d'admiration. Monica Justo est la petite-fille de Pedro Agustín Justo, Président de l'Argentine de 1932 à 1938. C'est quelques années après, durant mon séjour à Buenos Aires, que j'appris vraiment qui était la famille de Monica, son grand-père, Président, et le père de ma belle sœur, Liborio Justo, écrivain et leader du Trotskisme durant un demi siècle, qui vécut jusqu'à cent et un an et qui est décédé il y a peu de temps.
Donc, de fil en aiguille, notre famille s'agrandit, un mélange d'artistes des Beaux-Arts, comédien, chanteuse, cantador flamenco, belle-sœur, petite fille de Freddo Gardoni, accordéoniste célèbre, banquier, médecin, juristes, avocats, enseignants ou ouvriers de la politique universelle, ouvriers tout court, sportifs. Comme je te disais, Guy, c'est la chance. Plus nous sommes de frères et sœurs, plus nous rencontrons de monde, gens connus, ou simples citoyens méritants. Parfois nous débarquons à dix, douze, dans un vernissage ou un cocktail au Théâtre de Chaillot ou à l'Odéon, pour la première d'un spectacle de mon frère Louis, et nous continuons la soirée dans la fête et la bonne humeur. Mais aussi, parfois, cela nous arrive, d'accompagner un ami pour son premier voyage en cercueil, son dernier dans la mort, porté sur des épaules des frères andalous-périgourdins en chantant les honneurs que mérite le défunt.
Ma rencontre avec Dennis Hopper et Peter Fonda ainsi qu'avec d'autres acteurs américains, eut lieu dans des circonstances invraisemblables au carnaval de Oruro, au Pérou, au milieu des fameuses Diabladas, uniques dans le pays. Dennis et Peter venaient de terminer le tournage d'un film, près du Cusco, à Chinchero, et c'est par hasard, en revêtant une peau d'ours en guise de déguisement, en compagnie de deux de mes amis, avec l'intention d'aller dans les rues de la ville en fête que nous nous sommes rencontrés, face à face, habillés en animaux. Parfois, c'est très simple, tout s'enchaîne. Je repartis le lendemain avec eux en taxi, de Oruro à la frontière bolivienne, le long du splendide lac Titicaca, jusqu'au village frontière, Copacabana, et c'est ainsi que je j'eus la chance d'être avec eux, avec leur enthousiasme pour passer la frontière, ce qui n'était pas très facile en ces moments-là avec un passeport Français, car Régis Debray, sympathisant du CHE, c'est-à-dire, d'Ernesto Guevara, était emprisonné à Camiri, Bolivie, pour les raisons politiques que l'on connaît. A la frontière, comme tout le personnel de la douane savait qui était Peter fonda, je n'eu absolument aucun problème à rentrer dans le pays. On ne me demanda même pas mon passeport.

Aussi, je dirais quelques mots sur ma rencontre avec le magnifique acteur du film Les Enfants du Paradis, Jean-Louis Barrault, à la Cartoucherie de Vincennes, où je travaillais sur les décors d'un spectacle qui allait être donné en Avignon. Personne, parmi nous, techniciens et comédiens, ne s'attendait à le voir arriver. Surtout, nous pensions qu'il n'avait aucune raison pour que nous le retrouvions devant nous, tout souriant. En fait, Il était venu féliciter la troupe, du travail qu'avait accompli le Théâtre de l'Aquarium, dans la l'immense hall qui lui avait appartenu et qu'il avait légué à la jeune compagnie pour laquelle nous travaillions. Ce jour là, il fit une distribution de présents inattendus. Moi, j'héritais, entre autres, d'un de ses habits de scènes, un smoking noir splendide que je devais porter durant plus de vingt ans, plutôt fier du cadeau dont il m'avait honoré.
Mais un de mes souvenirs inoubliables et qui n'a rien à voir avec une personnalité culturelle, date de 1966 dans le désert du Sahara, le grandErg de la Soif, où, affaiblit physiquement par le manque d'eau et craignant ne pas arriver à temps au premier village pour m'abreuver, j'eus l'immense chance de me trouver face à mon sauveur, le caïd du village, qui je ne sais comment, descendit , pied après pied, sans chaussures dans un puits profond de plus de vingt mètres et remonta à la surface avec un seau d'eau. Je puis t'assurer que l'eau était fraîche et la meilleure que je n'ai jamais bu.
Pour revenir à ta question sur "l'opposé d'un mondain", oui, tu as parfaitement raison. Je n'aime guère tout ce qui relève de la haute société, non très peu pour moi. Je n'apprécie pas les habitudes de la vie bourgeoise et leurs divertissements qui ont attrait au luxe et aux plaisirs de la table même si j'ai grand plaisir à faire un bon repas en famille ou avec des amis. Dans les phrases qui précèdent, j'ai donné un aperçu de mon mode vie. Pour moi, les rencontres me sont assez faciles pour ce qui concerne l'art et mon attirance de la vie avec les hommes et les femmes que je rencontre. « Faire de la vie un chemin d'épanouissement, la vie doit toujours devancer l'art, une activité parmi bien d'autres, la vie doit être considérée comme une œuvre d'art potentielle ».
(A suivre... demain !)

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24 janvier 2010
QUI ETES-VOUS BIENVENU MERINO ?

Guy Darol : Ton histoire personnelle est liée à celle de la Guerre d'Espagne. De quelle façon s'effectue le parcours de ta nombreuse famille depuis l'Espagne jusqu'en France ?
Bienvenu Merino : Après les années 1936-1939, dates de la guerre civile, ma mère, et mes frères aînés arrivèrent en France à travers les Pyrénées dans des conditions difficiles, avec des milliers d'autres réfugiés. Moi, je n'étais pas encore né. Deux de mes frères et une de mes sœurs nés en Andalousie périrent avant de pouvoir passer la frontière. Mon père était resté au front, à Barcelone. Il n'arriva en France qu'un an après, à la défaite de la République. Il fut interné comme des milliers d'autres Espagnols dans un camp de réfugiés politiques, où il passa plusieurs mois, presque un an, tandis que ma mère et les enfants se trouvaient dans un autre camp de réfugiés pour femmes et enfants, dans la région de Limoges. Mon père ne put revoir ma mère et les enfants que plusieurs mois plus tard, lors d'une visite arrangée, car tout était contrôlé, et par la police française et par les autorités du camp. Personnellement, je connus L'Espagne qu'en juin 1968. Il était alors déconseillé aux opposants au régime de retourner en Espagne, tant que Franco était au pouvoir. On encourait alors des risques de représailles. Franco mourut à 83 ans, le 20 novembre1975, après un mois d'une interminable agonie et quarante ans de pouvoir sans partage en Espagne.
Je ne sais si les malheurs vécus par mes parents et mes frères ont été des catalyseurs qui contribuèrent à mon goût du voyage. Peut-être ! En tous cas la vie nomade, durant des années, contribua et facilita notre intégration en France. De région en région, je suivis forcément le mouvement familial. Le clan ayant appris à se mouvoir, à connaître les flux migratoires, la vague houleuse familiale continua de se déplacer de département en département à la recherche de travail et du rassemblement des autres membres de la famille éparpillée dans le sud de la France. Mes frères et sœurs, et moi-même, nés en France, fûmes préservés d'un cataclysme annoncé. Les aînés étaient morts, il fallait se reconstruire, rebâtir la famille. Que de luttes et combats de chaque instant pour des parents, heureusement unis dans « l'élevage » difficile des enfants qui vinrent au monde pendant et après la guerre 1939-1945.
G.D : Cette migration est-elle le point central qui déterminera par la suite un certain goût du voyage et de l'aventure humaine fraternelle ?
B.M : Oui je pense. J'ai puisé son essence dans le quotidien d'amour que nous ont donné mes parents. Ma sensibilité à fleur de peau est sans doute due aux drames de la vie que vécut ma famille, aux déchirements issus des guerres fauchant debout les combattants qu'ils étaient devenus pour défendre leur honneur et leurs convictions. Se relever après cela était plus que difficile. Il fallait avoir un père et une mère forts contre les épreuves. C'est sans doute là où s'est forgé un rempart contre les injustices. Sans se barricader, ils ont pu, au contraire, s'ouvrir à la vie, avoir de nouveaux enfants, élevés dans la dignité et l'espérance, nous rendre à l'émerveillement.
G.D : Tes itinéraires te conduisent sur le continent Américain et dans d'autres régions du Monde. Sont-ce tes activités d'écrivain qui te meuvent ainsi ?
B.M : Non, ce ne sont pas mes activités d'écrivain qui me font bouger. Souvent, ce sont mes voyages qui m'incitent à l'écriture. Ce qui me fait mouvoir, c'est l'intérêt que je porte aux individus, je vais vers eux, je tiens cela de mon enfance, c'est irrésistiblement naturel, tu comprends ! Je dirais même que c'est mon école d'apprentissage libre et sans obligations. C'est le besoin de s'assouvir, de vivre vrai. Quand j'étais en Amérique, j'étais plus « chemineau » qu'écrivain, dans le sens de suivre son chemin et être observateur. C'était presque un luxe. Le plaisir que j'éprouve dans la marche est immense. Je suis « On the road » en quête initiatique, en réflexion existentielle. Point de frontières, pas de douanes, tous les jours de nouvelles rencontres, des fiancées, des épouses, des amis. C'est une force de vouloir et de pouvoir être itinérant. Sans doute que les « obligations » de la vie qu'ont eu mes parents et ma famille ont contribué au goût fantastique d'user mes souliers pour aller quelque part. Là où j'ai de l'intérêt.
Je suis un troubadour. Je préfère les plaisirs simples, marcher, entrer dans un bar, m'installer sur un haut tabouret et regarder les gens tout en lisant sur les journaux les nouvelles du monde.
Mon existence est là, toujours dans la rue. C'est mon œuvre principale. Chaque pays où je suis allé était mon chef-d'œuvre : découverte à pied, marchant et souriant au monde ; exercice du corps, de l'esprit. Souvent j'étais rempli de bonheur quand je marchais sur le macadam, de l'Alaska à la Terre de Feu. J'ai connu tous les stratagèmes pour éviter des pièges et pour être heureux, apprendre à vivre pénard, parfois tout en aidant les plus défavorisés qui en échange m'offraient l'hospitalité, un hamac, une litière.
Alors écrire tout cela, tout ce j'ai pu emmagasiner, c'est de la discipline pour composer, mot à mot, un bouquin de plus. Le secret est là, dans la banque de mon cerveau, dans mes yeux lorsque parfois j'en parle et que quelqu'un, quelqu'une, veuille bien entendre mon chant. Le conte, je le tiens de mon père Don José et de Amalia, ma mère, ainsi que de mes frères aînés Joseph et Fernando et de deux de mes oncles. J'ai appris, avec ces êtres chers, à capter l'attention et à savourer l'instant où il faut dire les choses, la seconde où il vaut mieux se taire, garder le silence et écouter. Chez nous, cela se faisait par la parole. Essayer de comprendre, réagir, répondre verbalement, car les livres il y en avait peu.
J'ai grandi dans les champs, avec mes frères et sœurs, près de petites maisons, dans le Périgord Noir. "L'Oustal Nèbe" d'abord, "le Roc de la Rode", dans l'ancien presbytère de mon village natal, puis "Le Moulin", assis sur un sol d'argile recouvert de mousse, les fenêtres s'ouvrant sur une rivière d'argent où nageaient les carpes et les truites, mes premiers pas croisant les biches, les cerfs, les hérissons, le tracé des escargots. Durant une période, nous étions en zone de combats contre l'envahisseur allemand, mon père était dans les forces F.F.I. et continua à donner avec bravoure tout ce qu'il avait de générosité. Ma maman qui avait donné naissance à plus de dix enfants, sans compter les fausses couches, connaissait ce qu'était le chemin qui va droit au cœur. Le soir, à tour de rôle, à plat ventre sur ses genoux, elle nous instruisait à la manière des philosophes espagnols du 18e siècle, qu'elle chantait d'une beauté inégalable, digne des divas du 17e siècle. Ce fut mon meilleur professeur. Il n'y eut rien de pareil. Fille de sage femme Andalouse, toute sa vie elle honora les gens pauvres, ceux qui avaient besoin de tout, à qui elle offrait et partageait ce qu'elle possédait. Mon père vécut presque soixante-dix ans de mariage, avec elle, jusqu'au bout, à près de 97 ans, avant de s'éteindre doucement dans mes bras et tirer sa révérence de géant qu'il a été. Il complimentait chaque jours ma mère pour l'œuvre qui était aussi la sienne, ses enfants, grande famille admirée de tous, tout au long des petites routes du Lot où nous allions en chapelet serré, vêtus de blanc et de satin par maman, marchant heureux pour nous rendre aux fêtes votives. Quand, à la sonnerie du manège, commençaient à tourner les chevaux de bois et les voiturettes, mon père, très vite, asseyait les plus petits sur les sièges tandis que mes grands frères s'envolaient seuls vers les chevaux de bois et la grosse Mercédès chromée dont on entendait le klaxon faisant la fête aux parents, ce qui faisaient parfois soulever les paupières et lever les yeux au ciel de Grégoire, l'aveugle de Castelfranc que l'on retrouvait dans toutes fêtes. A Cahors et dans toute la vallée du Lot, région de vignobles, nous allions, parcourant en sabot de bois et chaussettes russes, les sentiers millénaires le long du fleuve, au bord duquel poussaient les pêchers et les abricotiers, les fraisiers et les melons dans les champs à pertes de vue.
Déjà à six ans, le jeudi, jour sans école, sur les coteaux des vignes nous mettions la « main à la patte » : vendanger, cueillir les abricots et les pêches, ramasser les fraises. Et le soir venu, frères et sœurs, on se retrouvait dans la vaste salle à manger de la "Villa du Paradis", notre belle maison qui dominait le Lot et sa petite plage. Mon père se mettait à chanter des cantes jondos, chants profonds, émouvants, les plus émouvants jamais entendus de toute mon existence, pendant que ma mère tambourinait des mains et des coudes, et, d'un bond, se levait de sa chaise et se mettait à exécuter des zapatéados almachareños de sa région natale, invitant les enfants à venir à table où ma sœur aînée, Aurora, avait aligné des floraisons de gâteaux, ronds et carrés, fait de farine de blé, d'huile d'olive et de raisins secs parfumés de Malaga. Ainsi s'ouvrait la ronde merveilleuse qui créait ce lien "inséparable" qui nous unissait et nous portait aux anges de la création, amoureux, hérités de l'affection qui nous avait été donnée, sans aucun autre échange : cadeau immense d'un père et d'une mère. Notre respect envers eux était sans compter. Non seulement pour le Noël, en échange du mensonge historique où les pères et mères ne sont là que pour une nuit. Pour nous, c'était chaque jour et chaque nuit Noël ou plutôt l'affection renouvelée toute la vie. Mon père était mon Zappa. Sans trop avoir de livres il connaissait par la pratique, les bonnes manières éducatives qu'il fallait donner à ses fils et à ses filles. Il tenait, beaucoup aussi, de Buenaventura Durutti, dans l'effort et la méthode de nous former à nous défendre. Sa vie, bien que pas facile, fut heureuse du don qu'il nous offrit à tous, même si un peu fragilisée par un manque d'instruction qu'il ne put nous offrir totalement, dû aux difficultés qu'il traversa. Il nous sortit de l'ornière des bas chemins où les guerres nous avaient enfoncé pour nous hisser au faîte de la liberté qui manquait si cruellement à tant de nos concitoyens.
(A suivre... demain !)

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