28 septembre 2009
ALBERT MARCOEUR ❘ GUY BILLOUT

Les suceurs de roue célérifères qui suivaient Albert Marcoeur en concert furent proprement éberlués par le film de Nicolas Renou précédant les 23 pièces du set. Par une aubaine des dieux païens, l'ouvrage est visible sur commande. Le dessinateur Guy Billout auquel nous devons Il y a encore quelque chose qui cloche (Éditions Seuil/Crapule, 2002) est parvenu à transposer l'univers du Grand Albert. Le film met en scène un homme de la vie courante (sosie du compositeur à carreaux) qui, guettant l'arrivée du bus, assiste à des collisions d'engins rarement en circulation sur nos chemins bitumés. Réalisé en images 3D, ce bijou est une illustration inquiétante de l'attente, telle qu'on en soupèse le poids dans les textes de Dino Buzzati ou de Julien Gracq. La musique (pour qui ne s'en était pas douté) est d'Albert Marcœur, accompagné de ses brillants équipiers, parmi lesquels, François Ovide et Stéphane Salerno aux guitares, Farid Kenhouf à la basse et une myriade bien choisie de vents et cordes à soulever de terre un brontosaure. Osmose de l'image et du son. Un miracle. Guy Darol
ALBERT MARCŒUR/GUY BILLOUT
BUS 24
LABEL FRÈRES/WWW.MARCŒUR.COM
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18 septembre 2009
THE RESIDENTS

La culture pop n’est pas qu’une déferlante de sons mi-rebelles mi-serviles, elle est aussi une galerie d’images, un musée d’icônes mal léchées. On ne peut guère dissocier les Beach Boys du poupin Brian Wilson. Et il est difficile de défigurer le portrait de Ray Davies souriant dès lors que l’on pense aux Kinks. Imaginez maintenant que vous songiez aux Beatles et que les Fabulous Four ne s’impriment pas (y compris en ordre dispersé) sur l’écran lacrymal de votre substance grise. Problème.
Les Residents font bien partie de la culture officielle pop et cependant ils sont inconnus au bataillon des visages gominés célèbres, absents des charts de la frime classée. On ignore leurs traits, leur état-civil. Seuls nous sont connus leurs goûts et dégoûts. Pour cela, il faut tendre l’oreille.
Comme le rappelle Pacôme Thiellement dans son indispensable Poppermost (Musica Falsa éditeur), les Residents sont nés au moment où les Beatles partaient en couilles. Autrement dit, en 1969, année peu érotique pour les nostalgiques du quartet. Mais qui sont ces mystérieux Residents qui affichent aujourd’hui plus de 40 albums à l’actif de leur anonymat ?
A la fin des années 1960, ils sillonnent la Californie à bord d’un van comme un gang de Martiens cherchant le point faible de la Terre. Ils sont quatre ou peut-être cinq. A San Mateo, ils font halte. Ils étudient la musique comme des ethnologues du son. S’attachent à la culture cajun. Reçoivent, disent-ils, des enregistrements de combattants de la guerre du Vietnam. Des chants de survie. A la manière d’Olivier Messiaen, notant dans les environs de Rocamadour les trilles de la fauvette, ils enregistrent des pépiements, fixent sur bandes l’oiseau et l’homme. Au cours d’une dérive quasi situationniste, ils heurtent de plein fouet Philip Charles Lithman aka Snakefinger, guitariste génial (et comment !) qui leur parle d’un certain Nigel Senada.
Nigel Senada, âgé d’une soixantaine de lustres, prétend alors posséder un système musical à base de phonétique. Il est le contemporain lointain d’Isidore Isou, de Gabriel Pomerand, lettristes germanopratins persuadés que la poésie ne survivra que si l’on disloque la dictature du sens. Nigel Senada est persuadé que l’art n’est pas compatible avec le commerce. Selon lui, la création convulsive et dynamique ne peut se développer qu’à l’abri des regards de la convoitise marchande. Il développe la théorie de l’obscurité. Théorie qu’adopteront sans jamais faillir les quatre ou peut-être cinq formant le North Louisiana’s Phenomenal Pop Combo connu sous le nom désormais illustre de Residents.
Installés à San Francisco ( 20 Sycamore Street) le phenomenal pop combo adresse leur premier enregistrement à Harvey Halverstadt de la Warner Bros. Celui-ci a travaillé avec Captain Beefheart et ces quatre (ou peut-être cinq) sont résolument acquis au verbe rogommeux du grand Don Van Vliet. Ils attendent une joyeuse réponse. Las, Halverstadt juge le travail raté. Il renvoie la maquette à l’attention des résidents du lieu. Le combo avait simplement omis de joindre une adresse à l’envoi. Les Résidents, ça sonne bien. C’est ainsi qu’ils se feront connaître.
The Residents est un groupe sans bandleader. Ils sont anonymes. Ils n’ont pas de visages. Sur Meet The Residents, premier album datant de 1974, ils empruntent les traits des Beatles. Copie du pressage américain de Meet The Beatles !, cet album mijoté au milieu des influences de Dada, William Burroughs, John Cage et Captain Beefheart (il suffit d’écouter « Infant Tango ») dégage un parfum d’inédit qui fait révolution. On nage dans une avant-garde qui n’ignore rien de Sun Ra et de Tod Browning, de Harry Partch et de Frank Zappa. D’ailleurs l’album historique qui se vendit à 40 exemplaires la première année fut adressé en service de presse à l’inventif Zappa que l’on crut être un moment l’éminence polychrome de ce néo-combo. Aujourd’hui encore l’ombre double Zappa-Beefheart plane sans nul doute sur la formation cryptée.
Après The Third Reich’n’roll (1976) qui affiche en couverture un sémillant nazi et du même coup la provocation élevée à son plus âpre niveau, les Residents sortent « Satisfaction » et cette reprise de 1977 apparaît aujourd’hui comme l’un des actes fondateurs du mouvement punk. L’album The King And the Eye (1989), relecture acidulée du mythe Elvis ; Woormwood (1998), expérimentation sonore dans laquelle le pop combo révèle que la sacrée Bible est jonchée de tortures et de viols ; Brumalia (2004), dernière sortie en date, signalent la persistance d’une recherche musicale fondée sur l’héritage de James Brown et des Beatles, de Gershwin et des Rolling Stones. L’aventure des célèbres anonymes rencontre aujourd’hui une date de l’histoire des avant-gardes avec la réédition du Commercial Album (Mute/Labels), édité il y a tout juste vingt-cinq ans.
Groupe invisible culte, les Residents, avec leurs têtes en face d’œil, smoking à gilet, chapeaux gibus et cannes dandy, figurent une pop d’élite : Stockhausen au service d’Hank Williams. Kurt Schwitters à la portée du rock. La parution sous forme de coffret-reliquaire du Commercial Album s’accompagne d’une publication rare : The Residents Commercial DVD Album. Ce collector d’emblée consiste en une cinquantaine de films d’animation dont le format n’excède pas soixante secondes, autrement dit la distance standard d’un spot publicitaire aux Etats-Unis. Challenge à la fois commercial et artistique (singulier oxymore), ce DVD démontre que les Residents sont de redoutables promoteurs. Ils ont inventé la forme punk et la musique industrielle, le vidéo-clip et l’absolue sincérité sans projecteurs. Ils n’ont pas eu besoin des paillettes et des plumes pour s’attirer la sympathie de Fred Frith, Chris Cutler, Lene Lovitch et Andy Patridge, tous fans hardcore associés à la réalisation d’un DVD digne des œuvres de Norman McLaren et d’Oskar Fischinger, de Bruce Bickford et de Man Ray.
Ils ne sont pas les favoris de MTV, on ne les voit jamais à la une des magazines trendy, et cependant qu’auraient été les Flying Lizards de David Cunningham, Primus, Pere Ubu, Cabaret Voltaire, les Yello de Dieter Maier, Devo et Throbbing Gristle s’ils n’avaient, un jour, rencontrés les concepteurs de « Santa Dog », cet anagramme de God Satan, s’ils n’avaient goûté à la délicieuse mélancolie des derniers représentants de Dada sur Terre, ces quatre ou cinq illuminés justement convaincus qu’il n’y a pas pire ennemis que l’art et la publicité. Guy Darol
The Residents DVD Commercial Album (Mute/Labels)
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www.residents.com
www.myspace.com/theresidents
www.theresidents.co.uk
05:52 Publié dans MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : the residents, musique, rock, culture, pop, dvd |
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11 septembre 2009
RAOUL PETITE ❘ LA GRANDE HISTOIRE

Les Raoul Petite ont 25 ans d'âge. Ce sont les pionniers de la scène alternative. Ils ont parcouru un million de kilomètres, livré plus de mille shows et leur histoire est celle du Rock éternel qui surplombe les facéties louf-louf des Wampas, des Garçons-Bouchers et de Ludwig Von 88. Sans ce photophore, les Bérus auraient-ils gagné le sprint de la zique brindezingue tous genres confondus ? Pas sûr. Il faudra rendre hommage un jour aux éclaireurs : Ramon Pipin, Shitty Télaouine, Rita Brantalou. En attendant, célébrons Raoul Petite et sa figure de proue, l'immarcescible Carton à la voix de rogomme. Combo anarcho-punk tendance Zappa, Raoul Petite a intensifié le rock en ajoutant à la furie sonore une folie visuelle. Dans cette catégorie nouveau cirque (dont ils sont indiscutablement les petits cailloux), nos Raoul fort rêveurs ont créé un univers souvent imité, jamais égalé. Transversale réussite moulinant funk, reggae, rap, électropop, grindcore aimable, les neuf de Raoul Petite balancent un barock'n'roll qui n'a son pareil que dans le souvenir de ceux qu'ont éclaboussé les giclées sonores des Mothers Of Invention au Garrick Theater de New York. Voici les images montrant ce dont la horde est capable. Deux heures de clips, de lives et de backstages traçant un parcours apparu en 1981. Toute une vie dont on regrettera qu'elle ne fût pas filmée par Claude Lelouch. Guy Darol
RAOUL PETITE
LA GRANDE HISTOIRE DE RAOUL PETITE
SUPERSONIC/DISCOGRAPH
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13 juin 2008
AN EVENING WITH FRANK ZAPPA ❘ DVD
Celui qu'on attendait !
Frank Zappa, The Torture Never Stops, DVD de deux heures, contient le concert d'Halloween de 1981. Soit le Live donné au Palladium de New York avec Ray White, Bobby Martin, Tommy Mars, Ed Mann, Scott Thunes et Chad Wackermann.
Plus de renseignements sur le contenu du DVD ici
DVD 9 Dual Layer, NTSC, American English, Dolby Digital 2.0
Vente par correspondance chez BARFKO-SWILL
09:01 Publié dans FRANK ZAPPA | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : frank zappa, live at palladium 1981, dvd, live, concert, rock, jazz |
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19 juillet 2007
SUMMER OF LOVE ❘ POLA RAPAPORT ❘ PHILIPPE GARREL ❘ FRANK ZAPPA
Le summer of love est quadragénaire et l'on assiste à une multiplication d'événements qui fleurissent plus ou moins artificiellement ce souvenir californien.
Il en est un qui mérite une halte prolongée. C'est le documentaire de Pola Rapoport sur Hair, légendaire comédie musicale imaginée par James Rado et Gerome Ragni. Docu suivi d'un film de Philippe Garrel (Les Chemins perdus 1966 - 1967) réalisé en 1984 et qui présente les activités du Living Theatre, un concert de Donovan et un enregistrement en studio des Who.
Mais le splendide est dans les bonus.
1h 30 d'archives dont l'île de Wight en 1969, un portrait de William S. Burroughs, dix minutes d'un concert des Mothers Of Invention (1968), une interview d'Agnès Varda et le film d'animation psyché de Peter Foldès, La Belle Cérébrale (1975).
Et beaucoup d'autres choses.
LET THE SUNSHINE IN
DVD/INA
196 minutes
Sortie le 24 juillet 2007
06:00 Publié dans FRANK ZAPPA | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : summer of love, pola rapoport, philippe garrel, agnès varda, frank zappa, dvd, culture |
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18 mai 2007
GEORGES PEREC ET LE CINEMA
Georges Perec au format DVD, ce n'est plus une fiction. L'INA vient de faire paraître un volume 1 qui réunit Récit d'Ellis Island (1978-1980) de Robert Bober et Georges Perec, Les Lieux d'une fugue (1978) et 3 entretiens (Lectures pour tous, 1965 et 1967 ; Ciné Regards, 1979). Ce coffret présenté par Myriam Bloedé offre un supplément CD sur lequel sont gravés la Radioscopie (France Inter) de l'automne 1978 et Cinquante choses que j'aimerais faire avant de mourir (Mi-fugue mi-raisin, France Culture), texte publié dans le recueil Je suis né (Seuil, 1990).
Par ailleurs, les éditions La Vie est belle annoncent la parution prochaine d'Un homme qui dort, le film de Bernard Queysanne et Georges Perec sorti en 1974.
Il n'est pas impossible de prévoir le contenu du Volume 2 qu'éditera l'INA. Ensemble écrivons le sommaire du futur événement.
Selon vous, par exemple, Les Jeux de la comtesse Dolingen de Gratz, film de Catherine Binet, a-t-il sa place dans ce volume ?
06:30 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : georges perec, robert bober, bernard queysanne, catherine binet, cinéma, dvd |
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30 mars 2007
BOOGIE WITH CANNED HEAT
Cocktail étoupillant à base d'alcool et de méthylène, un canned heat est une boisson chaude et un boogie band né à Los Angeles, en 1965, de la rencontre d'Alan Wilson aka Blind Owl et de Bob Hite aka The Bear. Un DVD impératif retrace l'aventure de ce groupe qui laissa derrière lui quelques bons smash hits : On The Road Again, Going Up The Country, Let's Work Together. L'odyssée qui compta quinze membres et des plus balèzes - parmi lesquels le guitariste Henry Vestine qui aurait pu être le séide de longue chevauchée d'un certain Frank Zappa s'il n'avait usé et abusé de bonbons multicouleurs - est narrée par le joyeux batteur mexicain Fito De La Parra qui remplace Frank Cook (jugé beaucoup trop jazzy) en 1968, l'année de l'opus maxima Boogie With Canned Heat.
Tout est dit et pointilleusement expliqué dans ce parfait film. Et l'on connaît tout désormais des circonstances de la mort du guitariste, harmoniciste (fameux) et chanteur (au falsetto inégalé) Alan Wilson. De même découvre-t-on l'un après l'autre les visages qui se succèdent au sein de cette formation toujours en activité. Désormais privée de Bob Hite, décédé en 1981 et de Vestine, calenché il y a tout juste dix ans.
Une vraie pièce de collection. Un bel exemple à suivre en matière de DVD musical.
11:00 Publié dans MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : canned heat, alan wilson, bob hite, blues, rock, musique, dvd |
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