06 septembre 2010
LOUIS NUCERA EST L'AMI
Louis Nucera est l’ami. Celui qui accompagne l’homme de la rue mais aussi le trimardeur des chemins d’errance. Il peut échanger, sans changer d’apparence, avec Alphonse Boudard et avec Cioran. Il ne fait pas de distinction entre le passant ordinaire et une figure de l’espèce notoire. Il est pareil à ceux qui nient l’arrogance du grade, l’insondable néant des podiums. Louis Nucera n’est plus. Un automobiliste hâtif a pris pour cible le flâneur bicycliste. C’était le mercredi 9août 2000.
J’eus le bonheur de le rencontrer sur le sentier qui va à André Hardellet. Son témoignage m’était précieux. Il avait connu l’auteur de Lady Long Solo et je préparais, pour la revue Jungle, un numéro d’hommage. J’étais ému de converser avec l’éditeur de Julien Blanc et d’Albert Paraz, le journaliste qui signait des articles effusifs dans le Magazine Littéraire et Le Monde. Je n’avais pas lu le romancier, une négligence réparée depuis notre première rencontre datant de 1986. Je possède désormais l’œuvre complète d’un écrivain qui occupe dans mon cœur la place où se côtoient Henri Calet, Antoine Blondin, Jean-Pierre Énard, Clément Lépidis, fragiles et fraternels.
Si j’évoque aujourd’hui Louis Nucera, c’est qu’une histoire d’amitié m’en donne l’occasion. Lorsqu’il me reçut rue Caulaincourt, dans son belvédère qui contemple Paris, l’auteur de Mes ports d’attache énuméra les noms qui comptaient pour lui. Il citait Jef (Joseph Kessel), Henry Miller, Jean Cocteau, Michel Ohl mais ses yeux s’éclairaient différemment quand il prononçait celui d’André Asséo.
André Asséo fut le producteur de l’émission Cinéfilms diffusée sur France Inter. Il créa le festival du cinéma italien à Nice et publia des ouvrages sur Jean-Louis Trintignant, Claude Chabrol et Joseph Kessel. Avec Louis Nucera, il écrivit la matière du film Jeanne, Marie et les autres. Tous deux se fréquentaient depuis que l’auteur de Chemin de la Lanterne (prix Interallié, 1981) pigeait bénévolement au Patriote, le quotidien communiste de Nice. C’était en 1956.
Avec Louis Nucera, l’homme-passion, André Asséo compose un hymne à l’amitié. La couverture indique le mot biographie. Mais il s’agit plutôt d’une évocation sentimentale. L’approche ne rassemble pas tous les détails d’une vie qu’un volume de 167 pages ne saurait réunir. Tout Nucera s’y trouve mais assemblé comme les éclats d’un prisme cordial, quintessencié en quelque sorte et finalement illuminé par les lueurs de l’empathie. Le parcours est retracé avec les balises au bord de la route : Joseph Kessel, Raymond Moretti, Arthur Koestler, Vladimir Nabokov , Alphonse Boudard et Suzanne, la femme-fée. La passion du vélo (René Vietto, Fausto Coppi) est généreusement abordée. André Asséo montre surtout les constantes interactions entre la vie et l’œuvre.
En 2001 paraissait aux éditions Le Castor Astral, Louis Nucera, achevé d’imprimer, un ouvrage mêmement enthousiaste. Bernard Morlino, biographe d’Emmanuel Berl et de Philippe Soupault, célébrait le « pessimiste hilare ». Le livre venait après le brusque choc et il en résultait un ton de fièvre (colère et amour mêlés). Ce sont deux volumes à découvrir car ils nous renseignent sur la principale vocation de Louis Nucera. Celle de l’attachement.
Je suis heureux que ces livres existent perpétuant à leurs manières la vie d’un écrivain bien rare. Il était accessible. Il répondait présent. Guy Darol
Ø LOUIS NUCERA, L’HOMME-PASSION
Ø André Asséo
Ø Éditions du Rocher, septembre 2006
Ø 167 pages, 18 €
> LOUIS NUCERA, ACHEVÉ D’IMPRIMER
> Bernard Morlino
> Le Castor Astral éditeur, mars 2001
> 247 pages, 14, 48 €
01:40 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : louis nucera, alphonse boudard, cioran, andré hardellet, julien blanc, albert paraz, joseph kessel, henry miller, michel ohl, andré asséo, bernard morlino, littérature |
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28 juin 2009
LE MAGAZINE DES LIVRES ♯18

Dossier
Le nouveau monde littéraire chinois, coordonné par Tang Loaëc
RENCONTRES
Entretiens
Michel Chaillou : « Je ne cherche pas le style, c’est lui qui me trouve », par Joseph Vebret
Alain-Paul Mallard. Écrivain sans œuvre, par Bartleby
Pascal Garnier. Simple mais efficace, par Joseph Vebret
Giovanni Dotoli. Lorsque la parole est poésie, par Joseph Vebret
Frédérique Deghelt. Éprouver l’écriture, par Léthée Hurtebise
Une vie d’écrivain
Éric Neuhoff : « Écrire n’est pas une souffrance », par Thierry Richard
LIRE & RELIRE
Classique
Les sept vies de Louis-Ferdinand Céline, par David Alliot
Philippe Sollers. Relire Céline, par Joseph Vebret
Perdu de vue
Jacques Duboin, le banquier de l’Abondance, par Michel Loetscher
Aparté
Conseils aux écrivains qui se font interviewer, par Christian Cottet-Emard
LE CAHIER DES LIVRES
Bonnes feuilles
La sélection d’Annick Geille
Gérard Donovan, Julius Winsome
Jérôme Garcin, Les livres ont un visage
Philippe Grimbert, La mauvaise rencontre
Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie
Thierry Beinstingel, Bestiaire domestique
Cinq autres livres pour votre été, par Annick Geille
CHRONIQUES
Digressions
Lire, c’est vivre, par Joseph Vebret
Lire la musique
L’amour du vinyle, par Guy Darol
Relecture
La confession du pasteur Burg, de Jacques Chessex, par Stéphanie Hochet
Économie du livre
La Bande Dessinée : bulles spéculatives ?, par Christophe Rioux
Musique & littératures
Les colères de Serge Utgé-Royo, par Jean-Daniel Belfond
Cinéma & littératures
« Tout a commencé par une passe d’Éric Cantonna », par Anne-Sophie Demonchy
Chemin faisant
Ici où là, par Pierre Ducrozet
Les mains dans les poches
Femmes, par Anthony Dufraisse
Il était une fois l’Auteur
L’auteur fait la promotion de son livre, par Emmanuelle Allibert
Visages d’écrivains
Marcel Jouhandeau, par Louis Monier
14:51 Publié dans LE MAGAZINE DES LIVRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le magazine des livres, louis-ferdinand céline, albert paraz, lire la musique, littérature, musique, presse, culture |
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21 avril 2006
JACQUES ABOUCAYA
DERNIÈRES NOUVELLES DU JAZZ
Jacques Aboucaya
L’Age d’Homme
107 pages – 14 €
Cet expert en jazz, professeur de lettres classiques et spécialiste de l’œuvre
du grand Albert Paraz, l’ami indéfectible de Louis-Ferdinand Céline, sait construire des phrases selon les règles de l’art. De plus, il est doué pour varier des histoires autour d’un même thème. Les douze nouvelles de ce recueil montrent l’influence du jazz sur nos vies. Prenons « Rabbit », surnom donné au saxophoniste Johnny Hodges. Le voici attribué à un mainate acheté quai de la Mégisserie pour remplacer une fille. Dorothée déteste le jazz et pour cette raison elle quitte son compagnon qui se voit contraint de domestiquer un oiseau susceptible d’apprécier Sonny Stitt, Ornette Coleman ou Eric Dolphy. Il rédige une thèse sur « L’idiosyncrasie créatrice du saxophone alto de Joe « Doc » Poston à Steve Coleman ». C’est drôle, cultivé et significatif de l’amour que la musique nous porte quand plus personne ne nous supporte. Guy Darol
06:00 Publié dans DISSIDENCE UNIVERSELLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques aboucaya, albert paraz, louis-ferdinand céline, jazz, littérature |
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