07 février 2007
ANDRE BLANCHARD ❘ LES ACOUPHENES
Dans l’un de ses livres, Henri Calet évoque les bourdonnements dans les oreilles qui surviennent après quarante ans. À la page 82 d’Entre chien et loup (Carnets, avril-septembre 1987), André Blanchard écrit ceci :
« Cela fait six ans maintenant que j’ai des sifflements aigus et tonitruants dans les oreilles, ininterrompus du lever au coucher. J’en parle de moins en moins, comme s’ils pouvaient de cette discrétion prendre de la graine et ressembler à ces phénomènes qui, privés de publicité, se dégonflent d’eux-mêmes ! À ce jour, c’est encore la seule méthode pour parer ce coup du sort. »
Selon Ronan Botrel, mon mélomane ORL lui-même acouphénique, attentif depuis zinzinulante lurette à mes tintements, mes bourdonnements, Van Gogh se tira une balle dans l’oreille pour mettre à mort un sifflement.
Il est heureux que je ne possède pas d’arme à feu.
Car les acouphènes mis à distance (et la méthode d’André Blanchard est excellente) parviennent à certains moments de notre confuse existence à user de ruses subtiles pour s’imposer plus bruyamment qu’ils ne nous avaient agressé.
Et l’on se demande si l’on va tenir le coup.
Sans envisager néanmoins de se tirer dessus.
Vous, acouphéniques obsédés par ce bruit dont on sait aujourd’hui qu’il est le signal inextinguible du neurome mort équivalent à la douleur du membre fantôme, qu’avez-vous trouvé comme ruse pour atténuer le « coup du sort » ?
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André Blanchard
Entre chien et loup
Le Dilettante, janvier 2007
06:25 Publié dans MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri calet, andré blanchard, bourdonnements, tintements, acouphènes |
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22 janvier 2007
ANDRE BLANCHARD
Il ne fait pas grand-chose pour s’exposer à tous les regards sinon faire acte de présence dans une galerie d’art à Vesoul. Il refuse de se hisser au sommet de l’échelle qu’on lui tend. Nous aurions pu lire son portrait en quatrième du quotidien Libération ou découvrir chaque minute de sa vie dans les pages du Matricule des Anges. Il paraît que la télévision a beaucoup insisté pour qu’il s’anime dans le cadre.
André Blanchard s’est toujours esquivé mais de certaine louange il n’a pu se sauver comme de l’hommage génufléchi que lui adressa Frédéric Beigbeder et qui orne le rabat d’Entre chien et loup, réédition de ses premiers Carnets publiés en 1989.
Heureusement, nous apprenons que Jacques Brenner (un vrai poids lourd des Lettres) signala en son Journal que ces Carnets sont un acte de «littérature à part ».
Et voilà, je suis passé à côté d’André Blanchard comme d’une main qui aide à sauter les remous. En le découvrant aujourd’hui, j’augmente cependant mon trésor de joies. Car cet écrivain qui observe le monde en recourant à la littérature est l’auteur de sept volumes. Ouf ! Il m’en reste cinq à déguster (à tous les sens du verbe) et cette attente est mon régal.
Je crains que malgré ses précautions contre le succès, la digestion de ses écrits par les machines du spectacle, je crains qu’André Blanchard ne soit déjà trendy. Quelque intuition me dit qu’en lisant ce billet, certains parmi mes pointus visiteurs, vont étouffer un vilain ricanement. Quoi, Guy Darol a survécu depuis 1989 sans connaître le carnettiste Blanchard ! J’entends venir cela comme le ras-de-marée mode qui s’annonce. Ils vont tous s’y mettre et le galeriste érémitique ne pourra nibe face à ce tsunami d’admiration.
D’aucuns vont y voir un phénomène à la taille de Julien Gracq, Maurice Blanchot. Et comme l’insulte qui manque au temps, celle qu’incarna par exemple Guy Debord.
Je crains qu’André Blanchard, 56 ans, soit contraint à prendre le maquis, loin de Vesoul. D’avoir sous-estimé l’opiniâtreté des moyens, la puissance de feu de l’ennemi. Le spectacle (ou, si vous voulez, la société technomédiatique) n’apprécie guère qu’on se refuse à son plaisir.
Combien de temps parviendra-t-il à se faire oublier ?
Je recommande aux entêtés de le lire (serait-ce un chouïa) avant de s’y piquer. André Blanchard, nombreux l’ont désigné successeur de Léautaud, n’est pas un tendre. Au ton qu’il adopte, son refus de rigoler dans l’arène pourrait anticiper une séance de cous tordus. Il possède une excellente énergie de démolition (certains ont cru voir renaître Léon Bloy) susceptible de terroriser y compris les morts.
Pas la mort, cette fin au cœur de chaque jour, sujet sur lequel il réfléchit beaucoup sans nous infliger de prothèses. Car il faut bien dire que ses empoignades avec le concret, le dur, la réalité sans chichis, font de lui l’écrivain dont la littérature a le plus grand besoin. Guy Darol
Entre chien et loup, Carnets, avril-septembre 1987, Le Dilettante, janvier 2007
121 pages, 14 €
Contrebande, Carnets 2003-2005, Le Dilettante, janvier 2007
317 pages, 20 €
En librairie le 2 février 2007
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Librairie-Editions Le Dilettante
19, rue Racine
75006 Paris
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"Chaque achat de livres, c'est un bail de quelques jours que je signe avec l'amour de la vie", André Blanchard.
06:25 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : andré blanchard, carnets, littérature, editions le dilettante |
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