11 février 2011

LE DICTIONNAIRE EUSTACHE ET BIENTOT TOUS SES FILMS

 

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Antoine de Baecque a bien raison de dire que les amateurs de Jean Eustache sont une poignée d'irréductibles. Nous sommes comme des fans hardcore. Nous guettons le moindre signe de revie. On exulte dès lors que paraît un dictionnaire Eustache. Nous sommes impatients dès lors que l'on apprend l'édition d'un coffret de 7 DVD. Quelque chose d'étrange nous agite. Une mélancolie au coeur de la mélancolie ? Nous avons découvert le cinéma de Jean Eustache au cinéma. Nous avons eu la chance de fréquenter les salles qu'il fallait fréquenter : L'Olympic, Le Saint-André-des-Arts. La télévision, au temps où elle aimait le cinéma, répondait à notre curiosité infinie. Jean Eustache accomplissait à sa manière l'oeuvre de saluer l'histoire, pas l'histoire avec une grande hache, l'histoire personnelle. Celle qui a à voir avec le sens de la vie de tout un chacun. Celle qui nous fait aimer Marcel Proust, Gérard de Nerval, André Hardellet, Clément Lépidis, Henri Calet. La liste est longue et chacun d'entre nous saura la compléter à sa manière. Nous sommes eustachiens de corps et de coeur. Vous l'avez deviné, nous aimons la littérature. Nous avons lu Rimbaud, Louis-Ferdinand Céline. Nous avons "lu" Eustache, cet écrivain pour les yeux et l'oreille. Nous aimons les mots. Nous aimons sa langue. Nous avons un corps et un coeur de lecteur-spectateur. La langue, chez Jean Eustache, est d'une précision qui ne supporte pas l'indécision. L'image n'est jamais bavarde. Autant dire qu'avec Eustache nous sommes au cinéma L'Eden. Chacun se souvient de L'Eden. Nous avons tous connu L'Eden. 

Un dictionnaire Eustache, c'est risqué. Nous sommes aux aguets depuis si longtemps. Nous avons tout lu, tout grapillé. Rien ne nous échappe à propos d'Eustache. C'est notre ami. On espère chaque jour de ses nouvelles. 

Antoine de Baecque et son équipe (un dictionnaire est presque toujours une oeuvre plurielle) nous met en joie. En joie, vraiment. Nous avons lu. Nous avons relu. Vous ricanez, je vois. Nous sommes trop fan, trop à fond les ballons. On boirait n'importe quel jaja. Du tout, chers visiteurs. L'amateur d'Eustache est féroce et ardent. Il peut se fâcher.

Il ne se fâche pas. Il apprend. Il découvre des mises en relation, des connections. Il aurait aimé quand même une filmographie commentée de sorte que ce Dictionnaire aurait été vachement complet. Mais en dépit des pannes techniques, l'amateur d'Eustache est heureux. Voici un livre de chevet. Un livre qui deviendra foutrement utile lorsque en mai prochain (mai 2011), Tamasa distribution rendra disponible l'oeuvre complète. Merci Patrick et Boris Eustache, les fils du plus littéraire de tous les cinéastes mappemondiaux. Je le dis, ce livre le confirme. Bordel ! Guy Darol

 

LE DICTIONNAIRE EUSTACHE

SOUS LA DIRECTION D'ANTOINE DE BAECQUE

(Avec les contributions de Philippe Azoury, Sonia Buchman, Jean-François Buiré, Marc Cerisuelo, Angie David, Samuel Douhaire, Jean-Luc Douin, Avril Dunoyer, Rémi Fontanel, Marie Anne Guérin, André Habib, Michel Marie, Olivier Pélisson, Natacha Thiéry, Francis Vanoye)

EDITIONS LEO SCHEER

327 pages, 30 €

SITE DE L'EDITEUR

 

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12 septembre 2010

JO PRIVAT ❘ CLEMENT LEPIDIS

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Jo Privat au temps de la bâche à jonc

Il me fit : « Quand j’aurai replié mes gaules, j’aimerais que tu fasses un tour du côté de la rue de Lappe, des fois que le Balajo existe encore. » Cela me fit un coup dans le sac. J’eus une grosse larme et c’est en pensant qu’il y avait une énorme marge avant qu’il ne prenne la tangente que la deuxième se retint de couler.

L’avenir ne l’a pas démenti. Mon père a replié ses gaules. C’était en septembre zéro cinq.

Depuis mutine lurette, une image s’impose entre moi et le reste du pauvre monde. Cette image est un crève-cœur et un vade-mecum. La scène se passe rue de Ménilmontant, non loin des Pyrénées. Je suis au Cours Préparatoire à l’école Jeanne d’Arc (mes origines sont bretonnes et vaguement saint-sulpiciennes), mon père me tend les bras à la sortie des classes. En un clin d’œil, je suis juché sur ses épaules d’homme mahousse et nous dévalons la pente bucolique qui englobe le ciel et la terre. De mon perchoir, je vois Pantruche, la tour Eiffel et le soleil qui glisse dans sa poche de velours rouge. Papa chante une valse en mineur. Mes bras autour de son cou, j’enfonce ma tête (déjà de linotte) dans ses plumes d’oiseau. Bientôt nous tournerons du côté de la rue du Pressoir et la vie, toute la vie, se fichera bien de compter les heures. Munificente comme l’image d’un homme (paysan-marin-forgeron) qui porte un rêve sur ses épaules.

Mon père taquinait la boîte à frissons. Il était toupilleur à la Boule Rouge, au Balajo. C’est là, un dimanche, qu’il décida ma mère pour l’aventure de toute une vie. Il me disait souvent : « Jo Privat, c’est le bon dieu et c’est pour ça qu’il a sa place sur le balcon du Balajo ».

Maintenant qu’il a tourné la dernière page de son petit livre, je peux dire que je connais Jo Privat (1919-1996), le « Gitan blanc », et presque sur le bout des doigts.

Il demeurait tout près de chez nous, rue des Panoyaux. Notre quartier est une dédicace à Bacchus. J’ai écouté sa Préférée, sa Zingara, tous ses hymnes aux cœurs simples et à l’accent manouche. C’est grâce à lui que je découvris Clément Lépidis (1920-1997). Avec Clément Lépidis, je ne suis jamais loin de Belleville, jamais loin de la rue de Ménilmontant et papa se tient debout, juvénile et joyeux. Ses mains qui fendent un air de muguet et d’accordéon m’arrachent au pavé herbeux. Je redeviens, il redevient, nous redevenons l’alpiniste à la neige éternelle qui ne sait pas qu’au bout de la pente le chasseur énumère ses proies. Guy Darol

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Clément Lépidis

Clément Lépidis – Bellevillois –

né de père grec et de mère

française, autodidacte.

A pratiqué de nombreux métiers

avant de se vouer à la littérature : photographe,

modéliste en chaussures, câbleur

radio, représentant en produits de

beauté, commis d’agent de

change à la Bourse de Paris, etc.

Premier roman : La Rose de

Būyūkada, publié à 44 ans chez

Julliard dans la collection « Les

Lettres Nouvelles » de Maurice

Nadeau.

Deux cycles intéressent l’auteur :

l’un directement lié à la France et

à Paris plus particulièrement,

l’autre à la Méditerranée.

Voyage souvent en Espagne et en

Grèce. Il lui reste encore une

vingtaine de livres à écrire

surtout des romans –  dont les

titres, les personnages et les

arguments sont prêts. Le dernier

s’intitulera : Mourir !

_________

Autoportrait in Des dimanches

à Belleville, ACE éditeur,

avril 1984

Œuvres de Clément Lépidis

Aux éditions du Seuil

La Fontaine de Skopelos

Le Marin de Lesbos

L’Arménien

Les Émigrés du soleil

La Main rouge

La Rose de Buyukada

La Conquête du fleuve

Cyclones

L’Or du Guadalquivir

Les Oliviers de Macédoine

Chez d’autres éditeurs

L’Amour dans la Ville, éditions du Toro

Belleville, en collaboration avec E. Jacomin, éditions Henri Veyrier

Le Mal de Paris, en collaboration avec Robert Doisneau, éditions Arthaud

Belleville au cœur, éditions Vermet

Mille Miller, éditions Ramsay

Marchés de Paris, en collaboration avec S. Weiss, éditions ACE

Des Soleils à Hokkaido, éditions Vermet

Montmartre, en collaboration avec J.-M. Leri, éditions Henri Veyrier

Des dimanches à Belleville, éditions ACE

Un itinéraire espagnol, éditions Christian Pirot

Monsieur Jo, éditions Le Pré Aux Clercs

Les Bals à Jo, éditions Le Sémaphore

Je me souviens du 20ème arrondissement, éditions Parigramme

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A propos de Jo Privat

Visiter le site

Ecouter

Manouche Partie, 1960

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29 septembre 2009

EUGENE DABIT ❘ LE VIEUX BELLEVILLE

 

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Citée par le grand historien de Paris qu'était Louis Chevalier (il y vécut), décrite par Jacques Hillairet dans son Évocation de Paris en trois volumes, la rue du Pressoir n'apparaît que rarement dans les pages de la Littérature. Clément Lépidis ne l'oublia pas et nous ne l'avons trouvé (pour le moment) sous aucune autre plume. Comme si on en faisait le tour. Serait-elle un hameau perdu de Belleville ? Un obscur chemin vigneron ? Avec Eugène Dabit, populaire auteur de Petit Louis, d'Hôtel du Nord, nous n'en sommes jamais loin. Mais c'est surtout dans Faubourgs de Paris que son odeur transpire. Là, le romancier fraie des voies, ouvre des portes et nous marchons dans son sillage parmi les souvenirs de ce que fut la rue du Pressoir et ses environs avant démolition. On y retrouve le cinéma Cocorico, les cafés Le Point du Jour, La Vielleuse « où s'alignent dix billards qu'entourent dès six heures les joueurs en bras de chemise. » Voici La Bellevilloise, Les Folies-Belleville, le ciné Floréal. « Fracas des autobus, rumeurs ; enseignes, réclames étincelantes (...) Les trottoirs ne sont pas assez larges, on marche sur la chaussée. » La rue de Belleville et sa ruée nous sont décrites dans un luxe d'images et de sons. On croirait une fenêtre ouverte tant la vie est palpable. « A Belleville, on trouve peu de fonctionnaires, peu d'employés. Dès qu'ils peuvent, singeant leurs chefs, ils vont s'installer à l'ouest de Paris. » Eugène Dabit poursuit de sa lumière ouvriers, apprentis, manœuvres. « C'est ici qu'on naît, vit et meurt ; qu'on travaille et qu'on aime, sur sa terre natale. » Pour Dabit, Belleville n'a de racines que parisiennes. Avec lui, la couleur des rues est celle de la suie mais tous les visages resplendissent. Pour peu, on se croirait ailleurs, dans quelque cambrousse. Du reste l'herbe y pousse. La végétation se rebelle contre le macadam. Guy Darol

 

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LIRE

EUGÈNE DABIT

FAUBOURGS DE PARIS

GALLIMARD, Collection L'Imaginaire


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FAUBOURGS DE PARIS AUX EDITIONS GRANDS CARACTERES