03 mars 2010
BJÖRK

N'est pas fée qui veut. Il faut un corps aux racines profondes dans le pays gelé. Il importe d'avoir vu avec les yeux du dedans ce que les sceptiques renvoient à la berlue. Qui se sert aujourd'hui de cette optique interne ? Les voyants font leur marché le samedi. Ils remplissent leurs paniers de pendules, de pyramides et de croix primordiales. Ce petit matériel suffit aux clients de l'avenir en rose. Ainsi équipé, il leur semble que les mediums y voient plus clair. Et pourtant, l'invisible existe. Il est cadastré en Islande et produit d'authentiques miracles, des êtres que l'on peut entendre et toucher. Ceux de Reykjavik le savent. Certains l'ont vu grandir. Quelques-uns (environ 5 000) ont capté la voix menue sur une galette spécialement gravée pour convaincre les incrédules. L'objet portait un mot de cinq lettres, comme un nom elfique, Björk. La petite n'avait que 11 ans mais déjà, elle savait manier le piano et la flûte. Surtout, elle possédait un grain de voix semblable à un cristal. Les chansons des Beatles ou de Stevie Wonder sortaient de sa bouche comme des nuances de prisme. Elle avait, assure-t-on, découvert Stockhausen, Debussy et Mahler à l'âge de 5 ans. On dit aussi qu'elle avait beaucoup écouté Janis Joplin, Eric Clapton, Jimi Hendrix au milieu des volutes de la communauté hippie où sa mère s'était réfugiée.
Dans ce royaume, les frontières sont évanescentes. Celles qui résistent sont durement éprouvées. Björk agite l'oriflamme brut de rock. Sa voix se fait aiguë pour redorer l'art des bruits. Elle intègre Spit and Snot, Exodus, formations de combat punk. Au sein de Tappi Tikarrass, elle fusionne funk et jazz. Son corps de fée indique 16 ans sur l'échelle du Grand Temps. Avant de rejoindre Kukl/Sykurmolarnir/The Sugarcubes, elle cisèle sur son bras gauche un compas de marine, direction pour ne pas se perdre. Cette rune de divination signe son appartenance à l'alphabet des origines. Les runes de l'alphabet nordique ont vertu magique. Les racines indo-européennes du mot signifient mystère ou parler en secret. Björk qui a enregistré « Gling-Gló », en 1990, album nourri de be-bop et chanté dans sa langue maternelle a désormais une voix. Tessiture susceptible de pulvériser l'homogénéité du cristal. Le timbre se souvient d'Ella Fitzgerald et de Nana Mouskouri que sa grand-mère lui fit connaître. Mais autre chose domine, à la ressemblance du murmure étouffant le cri, comme un hurlement voilé. À l'exemple de ses homologues islandais du groupe Sigur Rós, elle puise dans la tradition des rímur, ces ballades chantées à voix croisées dont la tradition remonte aux Eddas et à la poésie scaldique.
Rímur, Stockhausen, Mahler (surtout les Kindertotenlieder), Ella, Janis, voilà ce qui parle en secret dans le chaudron de sa voix elfique. Savant pêle-mêle où sans cesse se combinent profane et sacré. Fusion qui nie la décrépitude des symboles, le principe aristotélicien de non-contradiction. Björk est ailleurs, et son territoire aux contours superbement flous nous est livré dès « Debut » (1993), album qui transforme son art en satori. Nouvel éclat avec « Post » (1995) enregistré avec Graham Massay de 808 State et produit par Howie B., l'alchimiste électro qui a associé son nom à Massive Attack, Soul II Soul et U2. Cette publication que l'on aurait pu qualifier d'anthume précède le chaos. En 1996, Björk marave une journaliste sur l'aéroport de Bangkok avant d'être visée, dans sa thébaïde londonienne, par un colis piégé à l'acide sulfurique. L'expéditeur, un fan dangereusement énamouré, se donnera la mort en écoutant I Miss You, neuvième titre de « Post ». Femme fée devenue mère et idole, elle émigre en Espagne pour se mettre à l'abri. C'est là qu'elle donne naissance à l'épisode le plus tranchant de sa discographie. « Homogenic » qui synthétise, selon elle, l'alliance du rythme et de la voix, est l'œuvre de la reconstruction. L'édifice parfait semble jaillir de toutes les sources bues. Immense geyser bouillonnant d'inventivité, l'album révèle des inflexions apaisées, un ton introspectif. L'opus lyrique qui se situe sur une ligne trip-hop (avec des accents de techno hardcore) est habillé de cordes et de cuivres somptueux. Produit par Björk, Mark Bell (LFO), Guy Sigsworth et Howie B., il marque probablement une rupture (désillusion ?) ou un nouveau pas au-delà de l'ailleurs. Tel que « Medúlla » (2004) nous l'indique, dernière conspiration de l'invisible, géniale conjugaison des flux de Mike Patton, Rahzel et Robert Wyatt. Guy Darol
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Homogenic ONE LITTLE INDIAN/UNIVERSAL, 1997
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BJÖRK SITE FRANCOPHONE NON OFFICIEL
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18 novembre 2009
HOMELIFE ❘ GURU MAN HUBCAP LADY ❘ 2004

Ce collectif mappemondial fondé en 1997 par le bassiste canadien Paddy Steer livre un quatrième album épicurien fantasque qui distraira les oreilles les plus inflexibles. Le nombre et la singularité y sont pour beaucoup. L'orphéon compte seize membres parmi lesquels se distinguent des personnalités à double fond ou si l'on veut à plusieurs bras. Graham Massey, transfuge de 808 State et compagnon des routes de Björk, souffle pour l'occasion dans divers instruments. Seaming To, cantatrice de renom en vacances d'opéra, a posé sa voix caressante perfide sur les mélodies bleu ciel de Simon King et Tony Burnside. Car c'est bien la couleur de cet étrange module. Magique gourou, Homelife chasse l'onguent gris de nos vies. Pour cette raison on ne se lasse jamais des douze titres vraiment variés qui tissent ce beau patchwork. Rien de pareil. Pas un style au-dessus de l'autre. Nous approchons ce que Brian Eno appelle la « culture des lisières ». Pop aérée, rythmes latins, ambiance soul-funk, jazz vocal, electronica groovy. Indiscernables frontières. Avec beaucoup de talent, Homelife vient d'abattre la dure cloison des genres. Vive la musique qui crépite ! Guy Darol
Homelife
Guru Man Hubcap Lady
Ninja Tune
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10 juin 2008
MUZIQ 15
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09 avril 2008
MUZIQ 14
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22 décembre 2006
BOOTSY COLLINS ❘ SPIKE JONES
Il n'y a que deux accompagnateurs dignes de Noël. Ce sont Bootsy Collins et Spike Jones.
Ils ont conçu deux albums indispensables pour égayer cette longue nuit qui convoque la fête avec plus ou moins de réussite.
Christmas Is 4 Ever est une évocation funky de nos ritournelles à clochettes. Ce show pour les oreilles réalisé par l'extravagant bassiste qui fut à un moment ou à un autre aux côtés de James Brown, de George Clinton, de Bill Laswell et de Fatboy Slim est une provocation à la bonne humeur dansante.
Tracklisting:
1. N-Yo City
2. Merry Christmas Baby
3. Jingle Belz (aka Jingle bells)
4. Happy Holidaze
5. Chestnutz (aka The Christmas Song)
6. Winter Funkyland (aka Winter Wonderland)
7. Santa’s Coming (aka Santa Claus Is Coming To Town)
8. Boot-off (aka Rudolph The Red-Nosed Reindeer)
9. Silent Night
10. Sleigh Ride
11. Dis-christmiss (aka This Christmas)
12. Be-With-You
13. Christmas Is 4 Ever
BOOTSY COLLINS
Christmas Is 4 Ever SHOUT ! FACTORY/NOCTURNE
Conçu il y a exactement cinquante ans par l'inventeur Spike Jones (1911-1965), Let's Sing A Song Of Christmas est une démonstration de fantaisies sonores qui permet de comprendre l'attachement que Frank Zappa portait à ce compositeur pluri-instrumentiste formidablement créatif. Et qui justifie par ailleurs l'existence de Gerard Hoffnung, The Bonzo Dog Doo-Dah Band, The Mystic Knights Of The Oingo Boingo et de l'immarcesciblement drôle et talentueux "Weird Al" Yankovic.
Tracklisting :
1. Jingle Bells Medley: Santa Claus Is Comin To Town / The Christmas Song / Jingle Bells
2. All I Want For Christmas (Is My Two Front Teeth)
3. The Night Before Christmas Song
4. Rudolph, The Red Nose Reindeer
5. Silent Night
6. Sleigh Ride
7. My Birthday Comes On Christmas
8. Snow Medley: The First Snow Fall / Let It Snow, Let It Snow, Let It Snow
9. Nuttin' For Christmas
10. Deck The Halls Medley: Deck The Halls With Holly / Away In A Manger / It Came Upon A Midnight Clear
11. White Christmas Medley: Winter Wonderland / Silver Bells / White Christmas
12. The Angel In The Christmas Play
13. Christmas Cradle Song
14. Frosty The Snowman
15. Hark Medley: Hark, The Herald Angels Sing / O, Little Town Of Bethlehem / Joy to the World
16. Christmas Alphabet Medley: Christmas Alphabet / Merry Christmas Polka / Christmas In America
17. Wouldn't It Be Fun To Be Santa Claus's Son / Christmas Island
18. Victor Young Medley: It's Christmas Time / Sleep Well, Little Children
19. Here Comes Santa Claus
20. What Are You Doing New Year's Eve?
SPIKE JONES
Let's sing A Song Of Christmas VERVE/UNIVERSAL
22:12 Publié dans MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bootsy collins, spike jones, george clinton, frank zappa, funk, noël |
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