28 avril 2012

LUCIEN SUEL PORTRAITISTE DE MAURICETTE BEAUSSART

 

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Lucien Suel


Avec Mort d’un jardinier (Éditions La Table Ronde, 2008), Lucien Suel haussait le roman d’un ton, il augmentait le genre des déversements poétiques hérités d’Arthur Rimbaud et de Gary Snyder, il ébouillantait les canons de la syntaxe et formait une coulée verbale sur laquelle le lecteur se laissait glisser, sans heurts, sans éprouver le moindre malaise. Il suffisait d’acquiescer au flot, de consentir à la vision d’un homme qui, au seuil de mourir, englobe toute sa vie dans une vision d’Éden, mais d’Éden ici-bas. Lucien Suel sait happer. Il parle depuis son propre corps. Sa vie d’écrivain animiste, qui adhère au brin d’herbe et à l’humain élevé au rang d’une cathédrale, coïncide avec la mauvaise humeur du temps, le temps des marchandises standardisées, le temps imbécile qui préfère au culte de la vie, l’amour des objets. Lucien Suel appartient à la lignée des célébrateurs qui de Henry David Thoreau à Joseph Delteil, de Charles Ferdinand Ramuz à Henry Miller, honorent l’amor fati. D’où résulte La patience de Mauricette, portrait kaléidoscopique d’une femme cassée. Entretressés d’écrits rédigés par Mauricette Beaussart, ce portrait dessine un parcours hanté par une série de drames qui mène de la psychose à l’hospitalisation en secteur psychiatrique. Le récit de cette bascule est à lui seul poignant mais la figure de Mauricette, institutrice issue d’un monde voué à la survie, est enrichie d’aspects qui ont à voir avec le goût de la poésie et de la musique. Et c’est par ce chemin que l’on est transporté. C’est en faisant coïncider la dérive d’une femme avec les noms de la littérature inscrits au domaine des abîmes que Lucien Suel fait œuvre. Il sait montrer méthodiquement toutes les minutes d’un être doublement enfermé et dans sa maladie, et dans les murs d’un Établissement psychiatrique. Il sait aussi (voici l’art d’aimer, voici l’art d’écrire) rallier son personnage à l’espace tourmenté des mots libérateurs. Ami du poète Claude Pélieu (1944-2002), artisan de The Starscrewer, revue qui fit tant pour révéler les volées passionnelles de la Beat Generation, Lucien Suel perfectionne son portrait en le tramant de littérature. Sans le farcir néanmoins, en l’exhaussant toutefois, il nous emmène du côté de l’asile en nous rappelant les noms d’Antonin Artaud, de Germain Nouveau, de Carl Solomon, en indiquant les passerelles qui vont de la poésie à la folie.

L’auteur de Mort d’un jardinier et de La patience de Mauricette poursuit avec Blanche étincelle (La Table Ronde, 2012) le récit des aventures de Mauricette Beaussart, ce double prismatique dans lequel se révèle, roman après roman, tous les visages d’un écrivain durablement attaché aux Lumières de la contre-culture. Une fresque littéraire dont les couleurs éclatent sur une palette rock. Guy Darol

 

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LUCIEN SUEL'S DESK

SILO

LUCIEN SUEL AUX EDITIONS DE LA TABLE RONDE

A PROPOS DE MAURICETTE BEAUSSART


25 septembre 2010

LEON TOLSTOI ❘ LE ROYAUME DES CIEUX EST EN VOUS

 

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Pour Léon Tolstoï, 1879 marque un recommencement. C'est l'année où l'écrivain de Guerre et Paix et d'Anna Karénine se fait homme neuf. Il se détache de l'auteur à succès ayant vie confortable et devient militant de la non-violence sous les clartés des Evangiles et de Henry David Thoreau. Il adhère au Christ mais rejette la religion officielle qui est selon lui religion de violence. L'écrivain devient moraliste et compose Le Royaume de Dieu est en vous (1891-1893), l'ouvrage le plus difficile qu'il ait eu à écrire, ainsi qu'il s'en confie à son ami Vladimir Tcherkov. Le livre qui inspira l'ahima de Gandhi, et dont la lecture fit vaciller certains qui avaient foi dans les vertus de la guerre, ne fut pas toujours disponible en librairie. Les remarquables éditions Le passager clandestin en proposent une édition présentée par Alain Refalo, président du Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées, auteur de En conscience, je refuse d'obéir. Résistance pédagogique pour l'avenir de l'école (Editions des Ilots de Résistance, 2010).

Augmenté d'une consistante préface qui guide la lecture, Le Royaume des cieux est en vous consiste  en un essai de haute actualité par son double postulat, l'un favorable à la désobéissance civile, l'autre à la révolution spirituelle.

Il est publié chez un éditeur au catalogue excitant, dans lequel on retrouve les noms de Zo d'Axa, Jonathan Swift, Paul Lafargue, Auguste Blanqui, Voltairine de Cleyre, Elisée Reclus et cette collection bien utile intitulée Désobéir où l'on instruit à Désobéir pour le logement, pour le service public, par le rire ou encore avec les sans-papiers

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LE ROYAUME DES CIEUX EST EN VOUS

LEON TOLSTOI

PRESENTE PAR ALAIN REFALO

189 pages, 12 €

LE PASSAGER CLANDESTIN EDITEUR

 

 

CONSULTER LE PASSAGER CLANDESTIN

22 juillet 2010

PHILARETE CHASLES ❘ VIE DE DANIEL DEFOE

 

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Je connaissais Philarète Chasles par Charles Monselet que je fréquente depuis gironde lurette. Mais je n’encourais aucune chance de lire sa Vie de Daniel Defoe, ouvrage désormais remis en lecture grâce aux soins du coruscant élucidant Éric Dussert qui augmente le texte de sa joyeuse sapience. medium_defoe.jpegExaminé sous ses plus belles coutures par le regretté Claude Pichois, Philarète Chasles, professeur au Collège de France (1841) eut la qualité d’avoir été « un passeur émérite » doublé d’un « champion de la critique impressionniste ». Cet illuminateur des œuvres de Jean Paul, de Robert Burns, de Shakespeare et de l’Arétin fut l’un des premiers à rendre visible le nom de Daniel Defoe quand celui-ci disparaissait derrière la figure broussailleuse mais mandorlée de Robinson. Fantaisie biographique, selon les mots d’Éric Dussert, l’ouvrage introduit l’auteur d’une œuvre assez profuse, par son exposition au pilori à l’entrée de la Cité de Londres. Car ce que l’on sait le moins, c’est l’engagement constant de Defoe contre l’ignorance et la bêtise, ce qui en fait un pamphlétaire méconnu et un locataire des prisons. Philarète Chasles souligne encore qu’il précéda Jean-Jacques Rousseau (lequel estimait ensuite qu’il n’y avait qu’un seul livre à lire avant l’âge de douze ans : Robinson Crusoe), John Locke et Benjamin Franklin sur les voies de la Révolution française et des Lumières. En créant The Review, il n’invente rien moins que le concept de la revue. Enfin avec Alexandre Selcraig alias Alexandre Selkirk, il décrit l’aventure insulaire de Robinson et jette les bases du roman moderne. Ce que nous dit Philarète Chasles, c’est que Daniel Defoe (ou Gentillomme-Dimanche) approcha Alexandre Selcraig et qu’il apprit de ses lèvres qu’il « s’enrôla dans une troupe de boucaniers des mers des Indes » parce qu’il était un réfractaire-né. Son isolement choisi, sur l’île fameuse, qui dura quatre années et quatre mois est un paradigme de la vie érémitique, une inspiration pour des aventures littéraires et ontologiques comme en témoigne, par exemple, l’écart de Henry David Thoreau auprès de l’étang de Walden. Ce que nous dit encore Philarète Chasles, c’est que Defoe fut pillé par Jonathan Swift et qu’il mourut dans la plus absolue ténèbre, en complète indigence. Ce qu’il ne dit pas et que précise le coruscant élucidant Éric Dussert, c’est que l’auteur de Moll Flanders battit campagne pour la reconnaissance du droit d’auteur. Pionnier en de nombreux domaines (c’est quelque chose que de vouloir faire exister un statut de l’écrivain payé en retour ; si mal, que j’invite à croquer dans La Condition littéraire de Bernard Lahire paru aux éditions La Découverte, août 2006), Daniel Defoe est ainsi révélé par toutes ses faces dans « cette biographie aérienne et piquante établie par le critique Philarète Chasles au début du XIXème siècle ». Ce qui est très amusant est qu’Éric Dussert, en parfait exégète, ose y secouer le colosse Michel Le Bris, « spécialiste autoproclamé » en piraterie à propos d’une Histoire générale des plus fameux pyrates, volume attribué à Defoe alors que la bibliographie n’en délivre aucune trace. Précipitez-vous dès aujourd’hui sur cette édition éclairée par Dussert car en plus d’être instructive, elle corrige les faussetés. Guy Darol

Vie de Daniel Defoe

Philarète Chasles

Notes et postface de Éric Dussert

Éditions Mille Et Une Nuits, 2006

95 pages, 2, 50 €

www.1001nuits.com

Consulter le blog d’Éric Dussert