27 septembre 2011

SYLVAIN COURTOUX ❘ STILL NOX

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Le plus grand livre de cette ventrée hexagonale où domine désormais l'esthétique monochrome, celui de la rédaction sans ratures, désaventurée au possible, pourvu que le lecteur n'éprouve jamais la moindre secousse, le moindre choc - qu'il soit convié comme sur un transat à se laisser aller à la seule détente. 

 

Autobiographie diffractée d'une sévère addiction, Still Nox est le livre d'un poète expérimental qui narre sa vie "parmi les morts" façon puzzle. Qu'on n'espère pas une narration à flux tendu, l'exposé d'un assujettissement au nox (médicament soumis à prescription médicale) sur le mode témoignage. Sylvain Courtoux est écrivain à cent pour cent, immergé dans la tradition du risque, celui dont résultent Antonin Artaud, Jacques Prevel, Francis Giauque, Stanislas Rodanski. Liste abrégée mais qui désigne tout engagement dans la pratique non séparée du maniement des mots. Nulle pose, nul effet, pas de vibration forcée de langue, aucune tension visant à l'adhésion compassionnelle. Nous sommes en littérature, ce pays où persistent des Robinsons se faisant île contre le commerce des vents et marées. Une écriture, c'est-à-dire plusieurs langues. Un style, c'est-à-dire mille. Un talent, oui si l'on glisse dans ce tiroir les noms de Pierre Guyotat (Ashby, Tombeau pour cinq cent mille soldats, Eden, Eden, Eden) et de William S. Burroughs (Le Festin nu, principalement) et si l'on consent à l'idée qu'écrire c'est brûler et se nuire. Nous sommes là, on le voit, dans une catégorie qui n'appartient guère à l'époque où Littérature (vocable de moins en moins revendiqué) renvoie à roman, lequel roman s'est tellement assagi qu'on peut le tenir à la fois sans danger et sans vitamines - au sens où Henry Miller fut de l'hypervitaminose.

 

Récit inventant sans cesse sa forme (tantôt explosante-fixe tantôt documentaire pharmaceutique) pour dire une vie en zig zag menée contre les forces structurelles (corrélativement sociétales) dans un monde apeuré (pour ne pas dire politiquement correct) où l'expression d'un jaillissement est devenue un combat. Ce combat, Sylvain Coutoux le mène depuis 2008 (si l'on considère Nihil. Inc, Al Dante, 2008, comme une première insurrection), à l'encontre des formatages imposés par l'industrie du Livre. Libre de ses chemins qui se souviennent de Henri Michaux, Marcelin Pleynet (l'inouï Stanze, Seuil, 1973), Danielle Collobert, cet écrivain né en 1976 inscrit son nom dans le pavage des soleils noirs où brillent (et ne seront jamais ternis) Hölderlin, Gérard de Nerval, Xavier Forneret, Jean-Pierre Duprey, ces astres qui nous rappellent que le geste d'écrire est une chasse aux abîmes. Guy Darol

 

STILL NOX

SYLVAIN COURTOUX

AL DANTE, 298 p., 17 €

 

Septembre 2011 

 

 

 

03 septembre 2010

COLETTE THOMAS

 

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Colette Thomas dont la figure est à jamais associée aux derniers jours d'Antonin Artaud a refermé son ombrelle. Son nom (celle d'une fille de coeur) vient se graver auprès de Genica Athanasiou, Anie Besnard, Cécile Schrammer, Jany de Ruy, Paule Thévenin, Marthe Robert. Anges de "la chasteté qui conserve l'âme".

Sans doute Colette Thomas nous a le plus ému qui glissa lentement au gouffre. Elle connaissait les trajectoires intérieures par où le poète descendait. Colette Thomas s'éloigna du monde à partir de la mort d'Artaud, tout en laissant Le Testament de la fille morte (Gallimard, 1954) et le souvenir d'une lumière blonde qui voulait se fondre dans le coeur de l'exception.

Le Testament de la fille morte paru le 10 mars 1954 est un livre à redécouvrir. L'ouvrage inscrit au catalogue Gallimard n'est plus disponible. Qui fera le travail d'exhumation ?

Deux portraits de Colette Thomas par Antonin Artaud

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04 octobre 2009

GERARD MORDILLAT ❘ POUR UN CINEMA INCONFORTABLE

 

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En 1993, Gérard Mordillat réalise En compagnie d'Antonin Artaud à la suite de  Toujours seuls qui ne rencontra pas son public. Dans un entretien filmé, il examine le cinéma actuel et ses déferlantes d'images neuroleptiques. Mordillat plaide pour un cinéma inconfortable, un cinéma qui exprime les incohérences du réel. Le regard qu'il porte sur  l'académisme qui a envahi les écrans depuis des décennies jette des étincelles. Autant dire que le point de vue de Gérard Mordillat qui en appelle à une autre conception des récits est véritablement savoureux. Eclosion d'un manifeste.

VOIR

L'ENTRETIEN AVEC GERARD MORDILLAT

01 janvier 2007

ANTONIN ARTAUD ❘ FLORENCE DE MEREDIEU

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La somme de biographies et d’évocations d’Antonin Artaud est aujourd’hui considérable. Après avoir lu les œuvres medium_Numeriser0026.2.jpgdisponibles du poète, j’ai commencé à m’intéresser aux approches puis aux explorations chronologiques. Cela débuta avec la monographie de Georges Charbonnier (1). Vinrent ensuite le Portrait d’Antonin Artaud que traça Otto Hahn(2) pour le compte des éditions Le Soleil Noir du regretté François Di Dio, la première biographie d’importance de Jean-Louis Brau (3) et l’essai envoûtant de Susan Sontag (4). Enfin il y eut Alain et Odette Virmaux qui ravirent la trajectoire durant de longues années, collectant les témoignages, assemblant des images, déduisant l’itinéraire en véritables archéologues. Longtemps nous nous contentâmes de leurs travaux (5). Il semblait qu’ils avaient jeté un filet sur l’homme et son œuvre. Sans doute la découverte du Journal de Jacques Prevel (6) avait-elle orienté différemment l’approche car l’on pouvait dès lors observer que la présentation du parcours terrestre d’Artaud s’accompagnait d’une réflexion de plus en plus approfondie portant sur les écrits. Ce dont témoignent l’excellente biographie de Thomas Maeder (7) et l’étude inégalée de Monique Borie (8). Evidemment, je lus Paule Thévenin (9)dont nul n’ignore la tâche accomplie au service d’Artaud mais c’est à Florence de Mèredieu que je veux rendre un hommage particulier.

Florence de Mèredieu avait fait paraître, en 1984, le premier ouvrage signalant l’incroyable portée des dessins d’Artaud (10). Gallimard publia deux ans plus tard l’impressionnant volume des Dessins et portraits (11) flanqués des textes élucidants de Paule Thévenin et Jacques Derrida. Cette chercheuse aussi discrète qu’opiniâtre sortait en octobre 1992 deux essais passés inaperçus (12) mais qui exposaient au passage une intention, celle de rendre visible les plusieurs facettes du poète. On ne se doutait guère alors que Florence de Mèredieu travaillait à une somme sans équivalent.

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Sa biographie (13) de 1087 pages va au-delà de tous les comptes rendus de la vie d’Artaud. D’abord parce qu’elle a examiné la trajectoire jour après jour, décrivant ainsi la mise en mouvement d’une figure dont il nous fut livré que quelques états parmi les plus chavirés. Enfin parce qu’elle nourrit la minutieuse chronologie de références extrêmement précieuses à la connaissance de l’œuvre. Comme ce retour sur Les Névroses de Maurice Rollinat, recueil paru en 1883 et qui consista en un formidable catalyseur d’écriture chez Artaud. Comme le rôle des lectures d'enfance : les Voyages illustrés, le Journal des Voyages, deux magazines dédiés à l'aventure ordinaire et fantastique. De même, les lumières qu’elle jette sur des auteurs tels que Pierre Mac Orlan ou encore Marcel Schwob pour l'influence qu'ils exercèrent. Tout cela est très bien montré en même temps, par exemple, que le nunisme de Pierre Albert-Birot en tant que creuset de l’alchimie du verbe. Il n’est donc à ce jour aucune biographie plus complète que cette vaste étude, précise, érudite et (le mot serait même un peu faible) passionnante. Guy Darol



1. Antonin Artaud par Georges Charbonnier. Editions Seghers, collection Poètes d’Aujourd’hui, 1959.
2. Portrait d’Antonin Artaud par Otto Hahn. Editions Le Soleil Noir, 1968. Couverture illustrée par Fontana. 3. Antonin Artaud par Jean-Louis Brau. Editions La Table Ronde, 1971.
4. A la rencontre d’Artaud par Susan Sontag. Christian Bourgois éditeur, 1976.
5. Artaud, un bilan critique par Alain et Odette Virmaux. Editions Belfond, collection Textes et critique, 1979. 6. En compagnie d’Antonin Artaud par Jacques Prevel. Editions Flammarion, collection Textes, 1974.
7. Antonin Artaud par Thomas Maeder. Editions Plon, 1978.
8. Antonin Artaud, Le théâtre et le retour aux sources par Monique Borie. Editions Gallimard, collection Bibliothèque des idées, 1989.
9. Antonin Artaud, ce Désespéré qui vous parle par Paule Thévenin. Editions Le Seuil, 1993.
10. Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris par Florence de Mèredieu. Editions Blusson, 1984.
11. Artaud, Dessins et portraits par Paule Thévenin et Jacques Derrida. Editions Gallimard, 1986.
12. Antonin Artaud, les couilles de l’ange par Florence de Mèredieu. Editions Blusson, 1992 et Antonin Artaud, Voyages, Blusson, 1992.
13. C’était Antonin Artaud par Florence de Mèredieu. Editions Fayard, 2006.
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Antonin Artaud
Site François Mitterrand/Grande Galerie
Jusqu'au 4 février 2007
Du mardi au samedi 10h-19h
Dimanche 13h-19h
Entrée 5 et 7 euros
A propos d'Antonin Artaud et ses filles de coeur
Visiter Agit Pop

03 juillet 2006

ANTONIN ARTAUD

 

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Bien que l'examen clinique de l'oeuvre d'Antonin Artaud m'ait toujours bubonné (exception faite d'Antonin Artaud, le medium_Numeriser0004.jpgthéâtre et le retour aux sources, une étude de Monique Borie qui serre le texte sans préjugés), les deux films de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur diffusés en 1993 constituent, selon moi, le sommet phosphorescent de ce que peut-être l'image-mouvement face à la trajectoire Artaud.

En compagnie d'Antonin Artaud, térébrante fiction avec Sami Frey, Marc Barbé, Julie Jézéquel, Valérie Jeannet, Clotilde de Bayser et Charlotte Valandrey, s'inspire assez exactement du Journal du poète  Jacques Prevel (1915-1951). Le film retrace les minutes de la vie du Mômo à Ivry-sur-Seine, alors qu'il est surtout visité par Prevel et Colette Thomas. L'interprétation de Sami Frey est saisissante car c'est ainsi que l'on s'imagine Artaud crachant le verbe en percussion, cherchant le cri juste, la note dénuée de frisottis.

La véritable histoire d'Artaud le Mômo est un documentaire de 170 minutes recueillant la parole des témoins. Et beaucoup ne sont plus. Ce sont Anie Besnard, Marthe Robert, Henri Thomas, Paule Thévenin, Gustav Bolin, Jacqueline Adamov, Denise Colomb, Jany de Ruy, Gervais Marchal, André Berne-Joffroy, Alain Gheerbrant, Domnine Milliex, Alfred Kern, Pierre Courtens, Henri Pichette, Rolande Prevel, Minouche Pastier, Lucianne Abiet, Marcel Piffret.

medium_Numeriser0003.jpg Arte Vidéo rend depuis peu disponible ces deux ouvrages cinématographiques en coffret DVD, augmenté d'un bonus : Jacques Prevel, de colère et de haine, documentaire de Gérard Mordillat et de Jérôme Prieur. Il s'agit d'un portrait poignant en 21 minutes du poète (qui attendait beaucoup d'Artaud) à partir des évocations de ses proches.

A ce pimpant coffret s'ajoute un livret de 20 pages comprenant un entretien avec les réalisateurs et les portraits des intervenants.

 

 

 

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Coffret de 2 DVD 9 bilingues franco-anglais

NTSC - Toutes zones/Durée totale : 280MN/Format écran: 4/3

Son : Dolby Digital Stéréo/Audio : version française/Sous-titres : anglais

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