14 avril 2012
JULIEN BLANC ❘ LA TRILOGIE

C’est avec l’énergie du passeur que Louis Nucera me fit connaître Julien Blanc (1908-1951) au milieu des années 1980. André Hardellet que nous venions d’évoquer longuement et ce rapport ténu que l’auteur du Seuil du jardin entretenait avec l’enfance ne pouvait que me rendre sensible à la découverte de Confusion des peines, premier volet de la trilogie Seule la vie… En 1979, Louis Nucera avait réédité l’ouvrage chez Jean-Claude Lattès sans obtenir l’effet de secousse qu’il attendait. Pour lui, ce livre était un chef-d’œuvre méconnu et Julien Blanc l’exemple même d’une vie en partie sauvée par le miracle de l’écriture.
La première édition de Confusion des peines date de 1943. Ce récit d’une enfance meurtrie venait après la publication de trois livres dont le dernier portait un titre suggestif : Mort-né.
Je lus immédiatement l’ouvrage que m’avait offert Louis Nucera et compris le sens du potlatch. Tout lecteur de Julien Blanc devenait instantanément un porte-voix. Il fallait que le livre circule. Il était capital d’amplifier le nom de son auteur comme cela était en train de se faire autour d’Emmanuel Bove, de Raymond Guérin et de Georges Hyvernaud. La tâche semblait plus rude. De bouche insistante à oreille réfractaire, Confusion des peines reparut en 1997 aux éditions Autrement. Puis un long silence s’ensuivit, rompu par le courage de Finitude qui vient d’entreprendre, sans état d’âme commercial, de rendre disponible la trilogie de Julien Blanc.
La vie de Julien Blanc ne se superpose pas à celle d’André Hardellet dont l’enfance fut un rubis dans lequel se miroitait le bonheur sans failles. Confusion des peines faisait écho à mon histoire personnelle, celle d’un petit garçon placé en pension, chez les Sœurs des écoles chrétiennes, dès l’âge de quatre ans. Cette genèse d’une existence brûlée me renvoyait à la lecture, étrangement rassurante, de Stig Dagerman et de Charles Dickens. L’éprouvant récit rejoignait ma révolte que peu de baumes peuvent surmonter. L’enfance de Julien Blanc détermine une rébellion constante, un état de l’être qui refuse l’encagement. Elle trace une voie libertaire, cette direction qui fait s’épanouir l’homme dans l’insoumission permanente.
Seule la vie… est une œuvre inachevée. Il manque deux volumes à l’autobiographie, deux livres que Julien Blanc n’a pu composer. Il meurt en 1951, à l’âge de 43 ans, épuisé par tant de souffrances que l’écriture, encouragée par Jean Paulhan, n’était pas de taille à soulager. Bien au contraire, assurément, si l’on en juge par la travail mené comme un charroi de douleurs. Il fallait que les blessures fussent toujours ouvertes. Révéler le trajet des plaies ne suffisant pas, Julien Blanc s’attacha durant une décennie à construire un style, celui de l’épreuve sans plaintes.
Pas un gémissement, aucune tentative d’attraper le lecteur par le coin de la compassion, rien qui ne cède au calcul d’épanchement. Confusion des peines est un récit de survie offert au lecteur avec une rare élégance. Voici l’histoire d’un homme qui n’a jamais connu son père. Sa mère d’une santé fragile décède. Il a six ans. Voici un enfant recueilli par une marraine bondieusarde qui tout de même l’abandonne dans un orphelinat. Voici un orphelin confronté à de nouvelles règles : l’humiliation, les coups, l’injustice. Voici un enfant jeté de tuteurs en familles d’accueil plus ou moins bienveillantes. Voici la prison. Voici l’errance et le désir de vie chevillé au corps malgré de faibles lueurs d’amour. Voici un livre de grand secours venu de l’enfer et un écrivain à la langue majestueuse. Une œuvre-vie dirait-on de nos jours. L’écriture face aux bourreaux. Le don dans toutes ses acceptions. Guy Darol


BIBLIOGRAPHIE
Toxique. Pierre Tisné, 1939.
L'Admission. Albin Michel, 1941.
Mort-né. Albin Michel, 1941.
Seule la vie... :
I. Confusion des peines. Gallimard, 1943 ; Finitude, 2011.
II. Joyeux, fais ton fourbi... Le Pré-aux-Clercs, 1947 ; Finitude, 2012.
III. Le Temps des hommes. Le Pré-aux-Clercs, 1948 ; à paraître aux éditions Finitude.
La Berceuse irlandaise. Mithra, 1951.
03:52 Publié dans LE MAGAZINE DES LIVRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : julien blanc, louis nucera, andré hardellet, jean-claude lattès, emmanuel bove, raymond guérin, georges hyvernaud, stig dagerman, charles dickens, jean paulhan, éditions finitude |
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06 septembre 2010
LOUIS NUCERA EST L'AMI
Louis Nucera est l’ami. Celui qui accompagne l’homme de la rue mais aussi le trimardeur des chemins d’errance. Il peut échanger, sans changer d’apparence, avec Alphonse Boudard et avec Cioran. Il ne fait pas de distinction entre le passant ordinaire et une figure de l’espèce notoire. Il est pareil à ceux qui nient l’arrogance du grade, l’insondable néant des podiums. Louis Nucera n’est plus. Un automobiliste hâtif a pris pour cible le flâneur bicycliste. C’était le mercredi 9août 2000.
J’eus le bonheur de le rencontrer sur le sentier qui va à André Hardellet. Son témoignage m’était précieux. Il avait connu l’auteur de Lady Long Solo et je préparais, pour la revue Jungle, un numéro d’hommage. J’étais ému de converser avec l’éditeur de Julien Blanc et d’Albert Paraz, le journaliste qui signait des articles effusifs dans le Magazine Littéraire et Le Monde. Je n’avais pas lu le romancier, une négligence réparée depuis notre première rencontre datant de 1986. Je possède désormais l’œuvre complète d’un écrivain qui occupe dans mon cœur la place où se côtoient Henri Calet, Antoine Blondin, Jean-Pierre Énard, Clément Lépidis, fragiles et fraternels.
Si j’évoque aujourd’hui Louis Nucera, c’est qu’une histoire d’amitié m’en donne l’occasion. Lorsqu’il me reçut rue Caulaincourt, dans son belvédère qui contemple Paris, l’auteur de Mes ports d’attache énuméra les noms qui comptaient pour lui. Il citait Jef (Joseph Kessel), Henry Miller, Jean Cocteau, Michel Ohl mais ses yeux s’éclairaient différemment quand il prononçait celui d’André Asséo.
André Asséo fut le producteur de l’émission Cinéfilms diffusée sur France Inter. Il créa le festival du cinéma italien à Nice et publia des ouvrages sur Jean-Louis Trintignant, Claude Chabrol et Joseph Kessel. Avec Louis Nucera, il écrivit la matière du film Jeanne, Marie et les autres. Tous deux se fréquentaient depuis que l’auteur de Chemin de la Lanterne (prix Interallié, 1981) pigeait bénévolement au Patriote, le quotidien communiste de Nice. C’était en 1956.
Avec Louis Nucera, l’homme-passion, André Asséo compose un hymne à l’amitié. La couverture indique le mot biographie. Mais il s’agit plutôt d’une évocation sentimentale. L’approche ne rassemble pas tous les détails d’une vie qu’un volume de 167 pages ne saurait réunir. Tout Nucera s’y trouve mais assemblé comme les éclats d’un prisme cordial, quintessencié en quelque sorte et finalement illuminé par les lueurs de l’empathie. Le parcours est retracé avec les balises au bord de la route : Joseph Kessel, Raymond Moretti, Arthur Koestler, Vladimir Nabokov , Alphonse Boudard et Suzanne, la femme-fée. La passion du vélo (René Vietto, Fausto Coppi) est généreusement abordée. André Asséo montre surtout les constantes interactions entre la vie et l’œuvre.
En 2001 paraissait aux éditions Le Castor Astral, Louis Nucera, achevé d’imprimer, un ouvrage mêmement enthousiaste. Bernard Morlino, biographe d’Emmanuel Berl et de Philippe Soupault, célébrait le « pessimiste hilare ». Le livre venait après le brusque choc et il en résultait un ton de fièvre (colère et amour mêlés). Ce sont deux volumes à découvrir car ils nous renseignent sur la principale vocation de Louis Nucera. Celle de l’attachement.
Je suis heureux que ces livres existent perpétuant à leurs manières la vie d’un écrivain bien rare. Il était accessible. Il répondait présent. Guy Darol
Ø LOUIS NUCERA, L’HOMME-PASSION
Ø André Asséo
Ø Éditions du Rocher, septembre 2006
Ø 167 pages, 18 €
> LOUIS NUCERA, ACHEVÉ D’IMPRIMER
> Bernard Morlino
> Le Castor Astral éditeur, mars 2001
> 247 pages, 14, 48 €
01:40 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : louis nucera, alphonse boudard, cioran, andré hardellet, julien blanc, albert paraz, joseph kessel, henry miller, michel ohl, andré asséo, bernard morlino, littérature |
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17 septembre 2008
PRESENCE D'ANDRE HARDELLET

En préparation depuis plusieurs années, cet hommage à André Hardellet est publié Au Signe de la Licorne, enseigne dirigée par Pascal Sigoda.
Présence d'André Hardellet sera présent dans quelques librairies. Tiré à 300 exemplaires, le volume ne sera pas réimprimé. Il est prudent par conséquent d'en passer commande dès maintenant.
André Hardellet (1911-1974) a été il y a trente cinq ans, sous Raymond Marcellin, l'objet d'une condamnation pour outrages aux bonnes mœurs par la 17ème Chambre correctionnelle de Paris. L'auteur du Bal chez Temporel, salué par André Breton et Julien Gracq avait en effet écrit un beau livre érotique, Lourdes, lentes…, un des rares qui soit lisible dans cette catégorie…
Au Signe de la Licorne a décidé de le saluer par un ouvrage collectif et une importante bibliographie.
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SORTIE DECEMBRE 2008
BULLETIN DE SOUSCRIPTION
Je soussigné(e) Nom-Prénom :……………………………………………………………
Désire recevoir : Présence d'André Hardellet (I.S.B.N. :978-2-913034-10-5), 268 pages
…………………….exemplaires à 27 €
Total : ……………..€uros
Ci-joint mon chèque à l'ordre d'Au Signe de la Licorne
L'envoi doit parvenir à l'adresse suivante :
……………………………………………………………………………………………….
……………………………………………………………………………………………….
J'envoie cette commande et mon règlement à :
Au Signe de la Licorne
36 avenue Carnot 63000 Clermont-Ferrand
Téléphone : 04 73 90 15 46
courriel : ausignedelalicorne@yahoo.fr
Site internet : www.ausignedelalicorne.com
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La Promenade imaginaire :
Patrick Cloux : Les effets secondaires
Hervé Carn : La grammaire des émotions
Georges-Olivier Châteaureynaud : Le seuil du jardin
André Vers : Le temps du Vecchio
John Taylor : Neuf petites proses
Louis Nucera : L'enchanteur
Guy Darol : Tête en l'air
Lectures :
Alexis Constant : Marge et périphérie
Olivier Houbert : Le grand stupéfiant
Eleonore Real : L'Ecriture du secret
Michel Lamart : Le fantastique d'André Hardellet : un réalisme poétique ?
Françoise Demougin : Enfances de l'écriture
John Taylor : Traces des jours disparus
Philippe Claudel : Vers l'Ile au trésor
Joël Vernet : En marchant entre les pages d'Hardellet
Guy Dupré : Le rêveur éveillé
Dossier :
Françoise Demougin : Florilège critique
Françoise Demougin : Bibliographie - Notice biographique
Olivier Houbert - Notices biographiques des auteurs
13:38 Publié dans ANDRE HARDELLET | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : andré hardellet, alphonse boudard, louis nucera, guy dupré, georges-olivier châteaureynaud, philippe claudel, littérature |
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