12 septembre 2010
JO PRIVAT ❘ CLEMENT LEPIDIS
Il me fit : « Quand j’aurai replié mes gaules, j’aimerais que tu fasses un tour du côté de la rue de Lappe, des fois que le Balajo existe encore. » Cela me fit un coup dans le sac. J’eus une grosse larme et c’est en pensant qu’il y avait une énorme marge avant qu’il ne prenne la tangente que la deuxième se retint de couler.
L’avenir ne l’a pas démenti. Mon père a replié ses gaules. C’était en septembre zéro cinq.
Depuis mutine lurette, une image s’impose entre moi et le reste du pauvre monde. Cette image est un crève-cœur et un vade-mecum. La scène se passe rue de Ménilmontant, non loin des Pyrénées. Je suis au Cours Préparatoire à l’école Jeanne d’Arc (mes origines sont bretonnes et vaguement saint-sulpiciennes), mon père me tend les bras à la sortie des classes. En un clin d’œil, je suis juché sur ses épaules d’homme mahousse et nous dévalons la pente bucolique qui englobe le ciel et la terre. De mon perchoir, je vois Pantruche, la tour Eiffel et le soleil qui glisse dans sa poche de velours rouge. Papa chante une valse en mineur. Mes bras autour de son cou, j’enfonce ma tête (déjà de linotte) dans ses plumes d’oiseau. Bientôt nous tournerons du côté de la rue du Pressoir et la vie, toute la vie, se fichera bien de compter les heures. Munificente comme l’image d’un homme (paysan-marin-forgeron) qui porte un rêve sur ses épaules.
Mon père taquinait la boîte à frissons. Il était toupilleur à la Boule Rouge, au Balajo. C’est là, un dimanche, qu’il décida ma mère pour l’aventure de toute une vie. Il me disait souvent : « Jo Privat, c’est le bon dieu et c’est pour ça qu’il a sa place sur le balcon du Balajo ».
Maintenant qu’il a tourné la dernière page de son petit livre, je peux dire que je connais Jo Privat (1919-1996), le « Gitan blanc », et presque sur le bout des doigts.
Il demeurait tout près de chez nous, rue des Panoyaux. Notre quartier est une dédicace à Bacchus. J’ai écouté sa Préférée, sa Zingara, tous ses hymnes aux cœurs simples et à l’accent manouche. C’est grâce à lui que je découvris Clément Lépidis (1920-1997). Avec Clément Lépidis, je ne suis jamais loin de Belleville, jamais loin de la rue de Ménilmontant et papa se tient debout, juvénile et joyeux. Ses mains qui fendent un air de muguet et d’accordéon m’arrachent au pavé herbeux. Je redeviens, il redevient, nous redevenons l’alpiniste à la neige éternelle qui ne sait pas qu’au bout de la pente le chasseur énumère ses proies. Guy Darol
Clément Lépidis – Bellevillois –
né de père grec et de mère
française, autodidacte.
A pratiqué de nombreux métiers
avant de se vouer à la littérature : photographe,
modéliste en chaussures, câbleur
radio, représentant en produits de
beauté, commis d’agent de
change à la Bourse de Paris, etc.
Būyūkada, publié à 44 ans chez
Julliard dans la collection « Les
Lettres Nouvelles » de Maurice
Nadeau.
Deux cycles intéressent l’auteur :
l’un directement lié à la France et
à Paris plus particulièrement,
l’autre à la Méditerranée.
Voyage souvent en Espagne et en
Grèce. Il lui reste encore une
vingtaine de livres à écrire
– surtout des romans – dont les
titres, les personnages et les
arguments sont prêts. Le dernier
s’intitulera : Mourir !
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à Belleville, ACE éditeur,
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Œuvres de Clément Lépidis
Aux éditions du Seuil
La Fontaine de Skopelos
Le Marin de Lesbos
L’Arménien
Les Émigrés du soleil
La Main rouge
La Rose de Buyukada
La Conquête du fleuve
Cyclones
L’Or du Guadalquivir
Les Oliviers de Macédoine
Chez d’autres éditeurs
L’Amour dans la Ville, éditions du Toro
Belleville, en collaboration avec E. Jacomin, éditions Henri Veyrier
Le Mal de Paris, en collaboration avec Robert Doisneau, éditions Arthaud
Belleville au cœur, éditions Vermet
Mille Miller, éditions Ramsay
Marchés de Paris, en collaboration avec S. Weiss, éditions ACE
Des Soleils à Hokkaido, éditions Vermet
Montmartre, en collaboration avec J.-M. Leri, éditions Henri Veyrier
Des dimanches à Belleville, éditions ACE
Un itinéraire espagnol, éditions Christian Pirot
Monsieur Jo, éditions Le Pré Aux Clercs
Les Bals à Jo, éditions Le Sémaphore
Je me souviens du 20ème arrondissement, éditions Parigramme
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A propos de Jo Privat
Visiter le site
Ecouter
Manouche Partie, 1960
Passer commande à la Boutique Django Station
01:15 Publié dans RUE DU PRESSOIR | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jo privat, clément lépidis, le balajo, rue des panoyaux, rue du pressoir, belleville, ménilmontant |
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07 janvier 2010
PARIS APACHE ❘ CASQUE D'OR & EUGENE CORSY

En un même volume, présenté et annoté par Quentin Deluermoz, Chroniques du Paris apache (1902-1905) rassemble les Mémoires de Casque d'Or alias Amélie Elie et La Médaille de mort d'Eugène Corsy, deux témoignages photographiant, sur le vif, le vingtième arrondissement de Paris, celui de Manda de la Courtille et de Leca de Charonne.
Le mot apache n'avait pas cours parmi les bandes qui sévissaient à l'eustache du côté de Belleville-Ménilmontant. Amélie Elie (la Simone Signoret du film de Jacques Becker, 1952) le jure. Entre eux, il n'y avait que le mot copain.
Cette cartographie de Paris qu'il est utile de déchiffrer en compagnie de Jacques Hillairet (Evocation du Vieux Paris, Editions de Minuit, 1954), désigne des rues, des façades d'immeubles défigurées ou disparues. Amélie Elie nous fait ainsi découvrir la rue Dénoyez, ce point de départ de la « descente de la Courtille », qui doit son nom à une fameuse taverne installée au 8, de la rue de Belleville. Avec elle, nous humons et buvons de petites môminettes.
Casque d'Or n'a pas d'autre ambition que de raconter « l'histoire d'une petite dinde ». Elle le fait si bien. Comme elle sait narrer ses amours, les sincères et les factices. Comme elle sait, avec les yeux du cœur, nous promener dans la rue Ramponeau et peindre à traits de sang les figures des grands « Apaches » : Erbs, Ferraille, le Dénicheur, Son-Pied, Leca, Manda.
Eugène Corsy pratique une « littérature de gardien de la paix » qui épingle des faits, rien que des faits. Ils sont tragiques. Cela commence rue des Amandiers et se termine rue des Partants. Entre ces deux pôles tombent des hommes, victimes du devoir méchamment surinées par les sauvageons du Paris 1900, un Paris somme toute plus sévère que l'actuel.
CHRONIQUES DU PARIS APACHE
(1902-1905)
MERCURE DE FRANCE
Collection "Le Temps Retrouvé"
245 pages, 17, 50 €

13:21 Publié dans RUE DU PRESSOIR | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : casque d'or, amélie élie, jacques becker, paris 1902, paris 1905, belleville, ménilmontant, charonne |
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18 juin 2008
LE BALLON ROUGE D'ALBERT LAMORISSE

Le Ballon Rouge (Palme d'Or à Cannes 1956), le chef d'oeuvre d'Albert Lamorisse vient de sortir en DVD, couplé avec Crin Blanc (autre masterpiece, Prix Jean Vigo 1953). Les deux films ont été restaurés numériquement en haute définition. En bonus, Portrait d'Alain Emery, L'enfant qui ne savait pas sourire (un film d'Arnaud Dommerc - 44 minutes) et Mon père était un ballon rouge (un film de Chloé Scialom - 52 minutes). A l'intérieur de la pochette, on trouve l'affiche des films, des images à colorier et des planches d'autocollants. Une grande, une heureuse surprise !
Le portrait d'Albert Lamorisse par Chloé Scialom est plus que touchant. Le cinéaste disparu accidentellement en plein tournage est raconté par son fils, Pascal, le petit garçon au ballon rouge. Devenu grandet, Pascal Lamorisse, accompagné de sa fille, retrace le parcours d'un homme qui a dédié sa vie à l'enfance définitive.
Parfois nous revenons sur les lieux où fut tourné Le Ballon Rouge. Quelques endroits n'ont pas changé mais les environs de la rue Piat coïncident avec le décor moderne.
En revoyant ce film, je constate l'étendue de mon ignorance. J'avais six ans lorsque j'ai quitté la rue du Pressoir, un âge où il est impossible de mémoriser des noms de rues, de passages. Il manque un superbonus à cette réédition. Une lecture commentée des lieux parcourus par le petit Pascal. Car les perpendiculaires de la rue de Ménilmontant arpentée par le bus 96 sont aujourd'hui méconnaissables. Qui saurait dire le nom de ces passages étroits où courent les mominards du film ? Josette Farigoul saurait ou peut-être vous, visiteur instruit d'une époque engloutie ?
08:46 Publié dans VIEUX PARIS | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, belleville, ménilmontant, rue piat, rue vilin, bus 96, vieux paris |
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21 mai 2008
ANDRE LAUDE ❘ JEAN-DANIEL FABRE
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© Christian Ducasse
Cette image transmise par Christian Ducasse, un ami de Jazz Magazine, me renvoie sur les hauteurs de Ménilmontant, au temps que je collaborais au magazine franco-lusitanien Albatroz. C'est chez Manuel Vaz, sa maison abritait nos festins, que je vis André Laude (1936-1995) pour la dernière fois. Le voici, en compagnie du poète Jean-Daniel Fabre. André danse avec Joséphine Pannard, peintre et critique à Jazz Hot, Jazz Magazine et Jazzman. Il est heureux André. La scène se déroule dans une cantine proche de chez Manuel. Un lieu où l'on ne faisait pas qu'échanger des propos acérés.
Le poète André Laude, journaliste au Monde et au Magazine Littéraire est l'auteur d'un émouvant récit (presque) autobiographique, intitulé Liberté couleur d'homme (quel éditeur aura la belle idée de rééditer cette merveille ?). Au sujet de sa vie-son oeuvre, François Vignes a publié un ouvrage (presque) biographique. Les Compagnons du Verre à soif (Le Cherche Midi) est un livre qui nous rapproche de Robert Giraud et d'André Hardellet. Quant au puissant et fragile Jean-Daniel Fabre, ses écrits ahurissants avaient paru aux défuntes éditions de L'Instant, sous le titre Il était une fois Jean-Daniel Fabre. Les éditeurs ont du boulot.
✎
Il était une fois Jean-Daniel Fabre
Jean-Daniel Fabre
Editions de l'Instant
uot;>Collection Griffures, dirigée par Pierre Drachline
1989

Liberté couleur d'homme
André Laude
Editions Encre
Collection Brèches, dirigée par Jean-Pierre Begot
1980

16:05 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : andré laude, jean-daniel fabre, christian ducasse, revue albatroz, ménilmontant, paris, littérature |
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12 avril 2008
JOSETTE FARIGOUL ET BIENVENU MERINO EN VISITE RUE DU PRESSOIR
07:48 Publié dans RUE DU PRESSOIR | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir, belleville, ménilmontant, paris, urbanisme |
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11 avril 2008
AUJOURD'HUI, LA RUE DU PRESSOIR
Ce n'est pas un paysage en ruine mais la conséquence du plan de rénovation urbaine, tel que Louis Chevalier dans L'Assassinat de Paris en a étudié les prémisses. A la manière d'un palimpseste, des constructions se sont substituées aux immeubles érigés au milieu du XIXème siècle où logeaient en parfaite harmonie parisiens de souche et migrants ainsi qu'en témoignent les récits bellevillois de Clément Lépidis. En prévision du retour de Josette Farigoul sur les lieux de son enfance abandonnés par la contrainte de l'expulsion en 1966, Bienvenu Merino a imaginé ce texte d'anticipation où se mêlent l'effroi et la résignation. Le mercredi 9 avril 2008, Josette Farigoul accompagnée de son fils et de Bienvenu Merino ont effectué le voyage. Un pélérinage diront certains mais peut-on parler de catharsis, de guérison lorsque l'on vient contempler l'effacement de sa propre histoire, la rectification pure et simple d'un passé inconfortable mais heureux. A propos de ces transformations brutales menées à coups de boules de fonte et de bulldozers, il convient de consulter Courrier International (www.courrierinternational.com) qui dans son numéro 906 (Dossier Paris épinglé par la presse étrangère) revient, sous la plume d'Andrew Hussey sur la destruction du vieux Paris au motif qu'il regorgeait de vagabonds, de voyous, d'alcooliques, de déviants et d'anarchistes, "tous les exclus de la société qui n'avaient rien à perdre et s'accommodaient très bien du chaos le plus total." Refuge des "classes dangereuses" (locution inventée et définie par Louis Chevalier, le meilleur spécialiste de l'histoire de Paris), Belleville-Ménilmontant devait disparaître, comme on éradique le risque de peste, la menace du complot révolutionnaire toujours vif. Guy Darol
Le retour à la maison
Le soleil la neige la pluie
Multitudes des rues grisées
Le retour triomphal en secret
Le parfum du marronnier
Elle est revenue au berceau de sa reine enfance
Elle se tait de ne rien pouvoir dire
Elle va de par les rues des souvenirs
Etoufée d’émotion
Et fragile
Dans sa robe pâle elle est plus belle que tout au monde
Elle s’arrête un pas, devant Notre Dame de la Croix
Et continue encore des pas et des pas
Et
« Voilà je suis arrivée »
Elle veut dire mais elle ne dit pas
« La maison est là ! » Elle dit
Mais elle se reprend
« Était là ! »
Elle montre du doigt
Elle regarde, s’approche
Regarde ou était sa maison
Debout en silence, elle se rappelle
‘La maison abrite la rêverie et protège le rêveur, elle permet de rêver en paix.
Il n’y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines. A la rêverie appartiennent des valeurs qui marquent l’homme et la femme en sa profondeur. La rêverie a même un privilège d’autovalorisation. Elle jouie directement de son être. Alors, les lieux où l’on a vécu la rêverie se restituent eux-mêmes dans une nouvelle rêverie. C’est parce que les souvenirs des anciennes demeures sont revécus comme des rêveries que les demeures du passé sont en nous impérissables’
Josette Farigoul est venue
Emue
Elle repart émue
Sans que personne ne sache rien.
Ménilmontant le 9 avril 2008
Bienvenu Merino
07:20 Publié dans RUE DU PRESSOIR | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir, belleville, ménilmontant, paris, vieux paris, bienvenu merino, josette farigoul |
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05 avril 2008
LE PRESSOIR DE MON ENFANCE
AUX HABITANTS DE MENILMONTANT
Le premier pressoir que je découvris, à l’âge de cinq ans, était installé dans une grange, à Albas, village du Lot, où j’ai passé quelques années de mon enfance. Une double porte en bois s’ouvrait sur la grande rue, offrant ainsi la vue du pressoir au regard des passants. Cette porte restait toujours ouverte la journée pendant le pressurisation. Je me souviens toujours de la senteur que me laissait les arômes de raisins, sans jamais y avoir goûté. J’étais bien trop petit pour boire cette précieuse boisson céleste, mais j’aimais respirer le raisin, en portant à mon nez, une poignée de grappes pressurées. A mon retour à la maison, mon père savait d’où je venais, en voyant mon "nez rouge de clown", comme il aimait dire à chaque fois. Je ne sais pas, si en parlant ainsi, mon père, voyant les années s’approcher de mon âge de raison, essayait déjà de me dissuader de trop prendre goût à la boisson.
Ce premier pressoir, me faisait penser à un manège pour adultes, où les enfants se sentaient exclus. Sorte de très grande barrique faite de lamelles de bois dans sa circonférence pour tenir le tout, deux lames d’acier plat serraient la cuve, formant une belle pièce artisanale. Dans le centre de la cuve, une vis verticale, énorme, fonctionnait sans cesse pendant la pressurisation, avec de petits grincements plaintifs et très sensuels ; elle tournait, tournait faisant s’égoutter par un bec le jus délicieux de raisin.
A mon âge, je ne connaissais pas son fonctionnement ! La cuve semblait tourner seule, comme par magie. Le pressoir, à vrai dire, était fixé sur un plateau de bois, épais et solide, le tout posé sur quatre grandes roues de fer, de diamètre de plus d’un mètre trente, avec des rayons larges et très épais. L’une de mes tantes, lorsqu’elle parlait du pressoir, disait, le corbillard, non pour sa forme, même si cela y ressemblait un peu, mais surtout, à cause des hommes qui y avaient rendu l’âme en foulant le raisin. Pour moi, qui n’en avait jamais vu d’autres, je trouvais cela extraordinaire, à la fois utile, boîte à musique, et en plus fonctionnel car il délivrait un jus délicieux.
Il existait divers types de pressoir, mais quel que soit le type, son principe est d’extraire le jus du raisin frais, moût, ou le vin du marc de raisin fermenté. La phase de pressurage est cependant un moment crucial de l’élaboration d’un vin, et le type de pressurage, conditionnera de façon significative les qualités de composés chimiques qui se trouveront dans le vin. Un bon pressurage doit éviter de trop triturer la vendange pour éviter toutes déviances comme les arômes herbacés à la dégustation, les phénomènes d’oxydation du moût, où les jus trop riches en bourbe. Si ce pressoir était assez rustique, il en a existé des formes plus primitives. Certains apparaissent encore sur des vases de Grèce antique et sur des fresques des tombes égyptiennes. Dans le département du Lot et sans doute aussi dans la région parisienne il en existait, car la vigne poussait à Montmartre et à Ménilmontant, pour ne citer que ces deux zones. Il existait plusieurs modèles différents de pressoirs. Le pressoir à vis verticale, dont la mise au point remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle, que l’on nomme également de type "Coquard" ou "Marmonier", généralement manuel, occasionnellement électrique ou hydraulique.
Personnellement, avant cette première découverte d’un pressoir, je n’avais jusqu’alors vu que notre voisin, Emile, pressurer le raisin avec les pieds. Quand arrivait le moment, il montait une petite échelle appuyée sur le ventre de la cuve, puis, arrivé en haut, pieds joints, il sautait à l’intérieur, et alors il commençait le foulage. J’ai toujours vu un homme faire ce travail. Les femmes, elles, aimaient tournées autour du fouleur, toujours en slip, très ancré en triangle d’athlète. En plus, il était bel homme, beau comme un Apollon, brun, toujours souriant. Il plaisait beaucoup aux femmes. Quand aux jeunes filles, elles étaient nombreuses à se le disputer. C’était une tradition ici, dans le village. Un concours où l’heureuse gagnante bénéficiait d’une récompense ; c’était à elle, que revenait l’honneur de lui donner le bain des pieds et des jambes. Cérémonie assez rare en France. Je crois même, unique sur tout le territoire de l’hexagone. Les hommes célibataires avaient, par cette coutume, espoir de trouver ce jour-là, l’élue de leur coeur qui deviendrait peut-être leur épouse pour la vie.
Certaines jeunes filles savaient mieux s’y prendre que d’autres pour séduire le fouleur en plein exercice dans la cuve et gagner la récompense, que les vieux nommaient "la prime". J’aimais beaucoup assister à cette cérémonie, ce qui était assez rare pour un enfant de mon âge, tenu très souvent à l’écart de la fête ultime. Cependant, étant débrouillard, je savais toujours le moment de "l’acte" charnel ainsi que le lieu où il se passait.
Le fouleur et la baigneuse riaient comme des fous en se chatouillant mutuellement et en s’enivrant de caresses coquines, avant de d’aller finir l’après-midi dans les vignes et de se coucher sur les couvertures qu’ils avaient emporté, roulées sous le bras, en chantant… Ah!vive le vin!vive le vin, vive le vin qui nous rend si coquin ! Bienvenu Merino
09:00 Publié dans RUE DU PRESSOIR | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : pressoir, albas, vin, montmartre, ménilmontant, bienvenu merino |
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