27 septembre 2007

GENEVIEVE CLANCY

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Geneviève Clancy❘Philippe Tancelin❘Jean-Pierre Faye
Stéphanette Vendeville

"Ce qui s'annonce alors deviendrait mouvement du change des formes. Et ce qui entrait dans ce devenir sera l'annonce d'une narration nouvelle. A laquelle Mitsou Ronat va donner le nom paradoxal et provisoire de "l'épique abstrait". Non pas l'emboîtement du récit dans le récit, chose faite dès Apulée, mais l'action du récit sur le récit. La production des six livres de L'Hexagramme au même moment se projette tout entière sur la parution du sixième, achevé dès février 68, Les Troyens, qui apparaît en 1971 sous le signe Change. Auparavant il est souhaitable à mes yeux de publier au plus tôt les autres livres, les livres des autres. Je voulais voir paraître Le Carnaval de Montel et Dire de Danielle Collobert. Le premier sera publié en 70. Le livre signé Collobert paraîtra en même temps que Fête couchée de Geneviève Clancy. Deux écritures de femmes ouvrent l'année 72, retardés indéfiniment au Seuil et libérés après la crise névralgique de l'année 71. Avec les deux livres de femmes, Change a un corps. Viendra celui d'Agnès Rouzier, dont Deleuze écrira : "Vous n'écrivez pas sur le sexe, vous écrivez seulement." La pensée de Mitsou Ronat sera la vigile, là où battent les voiles, dans presque tous les numéros de Change."

Ainsi parle Jean-Pierre Faye dans cette livraison de la revue Faire Part qui nous rappelle que le mot Change fut donné par Maurice Roche. Ainsi parle Jean-Pierre Faye et aussitôt mon coeur s'agite au souvenir de Geneviève Clancy disparue en octobre 2005 et qui livre avec Fête couchée une estocade définitive contre les partisans de la connaissance illuminative. Avec elle désormais la conscience sera émeutière et le langage une prison libérée.

Avec Dire de Danielle Collobert, Fête couchée inaugure la forme changée au service de la transformation immédiate, sans attendre, des formes de vie.

J'ai lu Geneviève Clancy (et Philippe Tancelin, deux noms qui réalisent ensemble le duo en un) et je l'ai rencontré. Souvent. Jamais dans les salons, il va de soi. Geneviève Clancy ne se montrait que dans les lieux où le terrain glisse. Là où il faut faire vite. Agir et dire sans atermoyer. Locaux prolétaires, foyers, salles aménagées en espaces de confrontations. Autour d'elle : l'humanité désignée par la vindicte des puissants.

Elle n'est plus là aujourd'hui que l'on se défenestre pour échapper aux forces de guerre. Son dire, ses mots heurtés contre le heurt des armes, ne sont plus auprès de l'humanité fragile. Auprès de nous.

Souvent on se donnait rendez-vous au coin de la rue Soufflot, dans un café d'angle aujourd'hui disparu. De littérature nous parlions. Si peu. Plutôt de l'horreur quotidienne. L'horreur du malheur constant. La peur de vivre quand l'on ne peut être jamais chez soi. Quand il est illégal d'être simplement humain.

Son exigence poétique, l'ignition du regard doux, la sororité fraternelle et la possibilbilité que la littérature peut, de tout cela il est question à travers ces vidéos qui nous demandent de ne pas mollir.

Voir la vidéoconférence de Geneviève Clancy

Voir l'hommage à Geneviève Clancy

Se souvenir de Geneviève Clancy