05 avril 2011

HOMMAGE A ANDRE HARDELLET NE LE 13 FEVRIER 1911 ❘ THEATRE MOUFFETARD

13 - Présentation actualité bibliographique André Hardellet.jpg

Le Dimanche 13 février à 20h00 – au Théâtre Mouffetard
 
A eu lieu
 
« Retour chez Temporel »
 
Soirée du centenaire André Hardellet (1911 – 2011)
 
(73 rue Mouffetard - 75005 Paris – M° Monge)
 
Invité d’honneur : Monsieur Guy Béart
 
Et en présence d’artistes invités :
 
Simone Langlois (chanteuse), Denis Lavant (comédien), Frédéric Longbois (comédien et chanteur), Francine Deroudille (Fille de Robert Doisneau
- excusée), Michel Champetier (réalisateur)…
 
Avec la collaboration musicale de Fred Lomero 
compositeur interprète, qui articula en musique la soirée en interprétant à la guitare quelques-unes de ses compositions de circonstance (Les trois baudets* – Le petit balcon* – L’été – Citadine – Valse en si – À fleur de peau – *co-écrites par Michel Praeger)
 
 
Articulée selon deux axes (chronologique et thématique, nda), la soirée fut riche et passionnante.
Michel Praeger et Sébastien Fontaine, auteurs à l’initiative de l’événement, ont évoqué en tandem , en ce jour du centenaire de sa naissance, la vie de l’écrivain, son parcours, depuis sa naissance à Vincennes, au 105 de la rue de Fontenay (à quelques mètres de l’actuel « Cœur de Ville », nda) jusqu’à Pantin où il repose en paix depuis ce 24 juillet 1974, en passant par le quartier de la rue Beaubourg à Paris, où il vécut une majeure partie de sa vie, ce Paris qu’il aima tant, tout comme Vincennes, deux lieux indissociables de son œuvre et de sa vie.
 
Une large attention fut accordée aux différents ouvrages qu’il écrivit – tous disponibles en librairie – (publiés aux Éditions Gallimard, chez L’Arpenteur), mais aussi aux ouvrages qui lui furent consacrés, et respectivement signés Guy DarolFrançoise LefevreFrançoise Demougin, le temps d’une thèse, d’un travail collectif ou simplement d’une biographie plus classique.
 
les nombreux artistes présents ont évoqué eux aussi l’artiste et l’homme Hardellet, leur rencontre, leur collaboration, leur amitié souvent.
 
Évocation de ses proches, de ses amis illustres (ou pas) qui ont influencé largement son œuvre : Pierre Mac Orlan, qui lui mit le pied à l’étrier, André Breton, véritable porte-parole de son œuvre dès la publication du premier roman, Régine Deforges, qui fut non sans risques l’éditrice de son fameux roman Lourdes, lentes (1969) et qui fit couler tant d’encre, René Fallet, auteur notamment de la pétition pour la défense de l’artiste à l’occasion du procès qui suivit, Julien Gracq, Georges Brassens, qui furent dès lors d’ardents défenseurs, mais aussi Jacques Prévert, Robert Doisneau, le photographe-magicien qui réalisa les plus beaux portraits de l’artiste, et de ses interprètes ; Serge Gainsbourg, Patachou, Cora Vaucaire, Marc Ogeret, Renée Lebas, Germaine Montero, Dalida, Mistigri, Gérard Pierron
 
La soirée fut ponctuée de quelques-unes des chansons écrites par l’artiste (environ 15 au total), et mises en musique pour la plupart par Guy Béart (Bal chez Temporel, J’ai retrouvé le pont du Nord, Paris au mois d’août, Allô tu m’entends, Petit bal des souvenirs, Tout comme avant), mais aussi par Christiane Verger (Au Pont de Charenton, À Suresnes) ou encore Gaby Verlor (Paris sur Seine…), dans leur version d’origine, rendant ainsi présentes par le truchement de la technologie Mesdemoiselles Patachou, Cora Vaucaire, Mistigri, ne pouvant hélas être présentes ce soir-là, mais aussi Guy Béart lui-même, et enfin Germaine Montero ou encore Dalida, ayant rejoint l’éternité depuis.
Simone Langlois, la plus jeune des interprètes d’Hardellet de l’époque, chanta en direct le fameux Bal chez Temporel, accompagnée par son pianiste de prédilection (et mari) Georges Cros. Elle offrit ensuite au public une chanson de circonstance, créée par son ami Brel celle-là : Quand on n’a que l’amour.
 
Guy Béart, invité d’honneur de la soirée, ne fut pas avare en témoignages et anecdotes sur son parcours et notamment autour de son ami Hardellet, rencontré en 1955 au cabaret de la Colombe, par l’intermédiaire de Brassens et René Fallet amis communs des deux hommes. Il confia aux organisateurs quelques documents privés (textes, photos, chansons rares …) pour le plus grand plaisir du public présent ce soir-là, attentif comme jamais, durant plus de deux heures trente que dura la soirée.
 
Frédéric Longbois, comédien et chanteur-auteur (habitué vedette des créations de Jérôme Savary notamment) s’appropria avec magie un texte rare d’un genre inhabituel pour Hardellet, aux relents absurdes (que n’aurait pas renié un Becket ou un Ionesco), et judicieusement choisi pour l’occasion : La conférence.
Enfin, le merveilleux Denis Lavant (inoubliable interprète - entres autres - des films de Léos Carax) offrit à l’assemblée une version personnelle et forcément géniale de textes plus connus d’Hardellet, extraits de recueils (Les chasseurs, La Cité Montgol) ou encore des romans (Le seuil du jardin, Le parc des archers, Lourdes, lentes)…
 
Une soirée un peu hors du temps, fidèle à l’image du poète disparu et célébré ce soir-là, presque comme une renaissance.
 
Remerciements : 
Aux artistes et aux personnalités pour leur disponibilité et leur gracieuse présence : Madame Régine Deforges, Monsieur Guy Béart, Melle Simone Langlois, Fred Loméro, Denis Lavant, Frédéric Longbois…
Aux éditions Gallimard – Yvon Girard – Pascale Richard et Anne-Lucie Bonniel, Philippe Demanet.
Un grand merci à Monsieur Christian Giudicelli, Prix Caze 2011 (Le square de la couronne) pour sa précieuse collaboration.
Aux différents éditeurs des œuvres de et consacrées à André Hardellet : Ed. L’Harmattan, Le Castor Astral, Au Signe de la licorne
À l’équipe du Théâtre Mouffetard qui nous a très gentiment ouvert ses portes : Pierre Santini (directeur), Mylène Le Flanchec, Séverine Bouisset, Pascal Moulin, aux techniciens.
Merci à Éric Durand, Jacqueline Danno, Brigitte Sauvane, Yvon Chateigner, Caroline Clerc, et Mistigri, 
Merci à Francine Deroudille de l’Atelier Robert Doisneau (Montrouge), Chantale Vers, Agathe Fallet, Sim Marty, Pierre Wiazemsky (Wiaz), 
Merci à la ville de Vincennes, Brigitte Maury et Agnès Denis, à Monsieur Michel Pourny (photos), 
La librairie Millepages (Vincennes), à Jackie Morelle (Asso. Histoire du Iième) et à Patrick Brévi.
 

Les circonstances de la vie mêlées au hasard des rencontres ont fait du poète André Laude (1936 – 1995) une sorte de mentor pour moi, mentor dont, soit dit en passant, l’œuvre poétique vient d’être publiée aux Éditions de la Différence. C’est bien grâce à cet André là que j’ai rencontré toutes les œuvres de l’autre André, son ami de jeunesse… André Hardellet.
C’était il y a quelques années. Le jour où je suis entré dans un bistrot du marais, « Le parc des Archers » à la main, Laude n’en revint pas et, petit à petit, par jeu et sympathie, ce dernier m’initia à l’écriture d’Hardellet qu’il connaissait à la perfection. André Laude et moi prirent des « heures de connaissance » de ce bijoutier qui passa une bonne partie de sa vie rue Beaubourg, dans la boutique familiale. André Laude ne m’a dès lors jamais plus quitté, et la fulgurante conquête d’André Hardellet à travers ses textes, ses romans, ses chansons (merci Monsieur Béart) m’a emprisonné. Je vis avec lui comme j’ai vécu avec Laude. Est-ce ainsi qu’apparaît cette patte littéraire dont la marque est indélébile ?
Je vis avec André Hardellet comme j’ai vécu avec André Laude, une sorte d’éternelle complicité. Je ne parlerai pas de la manière de faire d’Hardellet… il m’a pris de l’aimer et d’aimer son écriture, son univers… simplement.
 
Michel Praeger, auteur.

Lorsque mon amie Mistigri m’a parlé il y a quelques semaines des projets rêvés tout haut par Michel Praeger autour de l’œuvre d’André Hardellet, je dois bien avouer que je ne connaissais que peu de choses sur les deux hommes, à quelques détails près.
Auteur-adaptateur moi-même, animateur de rencontres, je contactai alors Michel Praeger, qui cherchait un compagnon de création pour mener à bien – au mieux – les projets liés à la célébration de l’auteur du magnifique « Seuil du jardin », à l’occasion du centenaire de sa naissance. N’aimant pas faire les choses à moitié, je me mis en quête de connaissance à mon tour de l’œuvre de cet homme qui m’apparut d’emblée sympathique, disparu – ironie du sort – avant même que je ne vienne au monde. Je me procurai ses chansons, ses romans, ses recueils de poèmes, contactai ses proches, les artistes cités plus haut et l’ayant bien connu, sa maison d’édition, recevant à chaque fois un accueil des plus enthousiastes. Un inconditionnel (de plus) est né. C’est cet enthousiasme que j’espère vous communiquer lors de ces rencontres « du centenaire » que je souhaite la plus chaleureuse et à la fois simple et festive, à l’image de celui que nous célébrons. 
Sète a eu Brassens, Narbonne Trénet, Pézenas Boby Lapointe, Bruxelles Brel, et Avignon Mireille Mathieu.
Marseille a eu Vincent Scotto, Le pays Basque Luis Mariano… Vincennes et le quartier de Beaubourg auront eu Hardellet.
Que le plus bel hommage lui soit légitimement rendu à l’occasion de ses cent bougies.
Bienvenue donc chez Temporel, où le temps n’a – paradoxe patronymique - pas de prise sur celles et ceux qui en sont les adeptes. Bienvenue chez André Hardellet ! 
 
Sébastien Fontaine.



Sébastien Fontaine.

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Auteur / Adaptateur / Biographe & Mémorialiste
Conseiller artistique & Programmation / Supervision musicale
Spécialiste biographique & Conférencier Chanson & chanteurs francophones / Théâtre & Film Musical / Cinéma francophone / Musique de Film.
Collège Auteurs - Fédération Nationale des Musicals
c/o Musicalement Vôtre
48 rue Borrégo
75020 Paris - France
Tél/Fax : 00 33 (0)1 43 61 91 68
Mobile : 00 33 (0)6 87 72 91 67

À voir / To see : 

http://www.imdb.com/name/nm3661324/ 
www.festival-valenciennes.com <http://www.festival-valenciennes.com>  
http://www.federation-des-musicals.com/  <http://www.federationdesmusicals.org
http://rencontrespromusicals.com 
www.jean-christophe-bouvet.com <http://www.jean-christophe-bouvet.com>    

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Sébastien Fontaine et Michel Praeger

 

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Simone Langlois chante Bal chez Temporel

 

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Plateau Théâtre Mouffetard

 

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Interview de Simone Langlois

 

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Guy Béart

 

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Denis Lavant récite un extrait de Lourdes, lentes ...

 

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 Simone Langlois et Georges Cros au piano

 

 

 

 

 



01 février 2011

CENT QUARANTE-HUIT PROPOSITIONS SUR LA VIE & LA MORT ❙ JEAN-MICHEL ESPITALLIER

 

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Le nouvel ouvrage de Jean-Michel Espitallier porte-t-il à rire ? Son titre ne semble pas nous dire : " Shall we take ourselves seriously ?" On croirait entrer dans un tractacus. Le traitement par série d'énoncés logiques, la teneur du propos et le raisonnement sans failles nous plonge en pleine métaphysique, entre ontologie et eschatologie. Tout ce qui est avancé est vrai mais pataphysiquement, voire dadasophiquement. 

Car le caractère pointilleux du raisonnement, l'enchaînement des idées à la manière d'une machinerie, la gymnique de cette pensée sportivement frottée au régime des apories conduisent la lecture à un assouplissement des zygomas. Jean-Michel Espitallier pousse la tautologie au maximum de son rendement et suggère qu'il vaut mieux rire qu'en pleurer même si la mort n'existe pas.

Par définition, en effet, la mort n'existe pas, de même que "la frontière entre ici et là-bas n'est pas très nette".

En somme, nous serions tentés de recopier l'ouvrage pour vous en faire sentir l'exacte fraîcheur et cette odeur de putréfaction qui en découle. Choisissons donc de susciter l'appétit de lire (et de vivre assurément) :

"51. Celui qui passe sa vie à se protéger de la mort (jus d'orange bio au réveil, pas de tabac, point d'alcool, traverser dans les clous, bien se couvrir, footing, jamais d'avion) risque de passer à côté de sa vie. Il ne passera pas pour autant à côté de sa mort)".

On le voit, Jean-Michel Espitallier nous entraîne sur les pas de Ludwig Wittgenstein mais le chemin qu'il nous indique est plutôt parsemé de cailloux abandonnés à l'intention des dériseurs sensés (voir Charles Nodier) par André Frédérique, Xavier Forneret, Jacques Vaché, grands maîtres de l'Umour.

Ce volume est suivi d'autres petits traités qui nous engagent à mieux connaître le pin parasol et à savoir que "toute pensée pense".

 

JEAN-MICHEL ESPITALLIER

CENT QUARANTE-HUIT PROPOSITIONS SUR LA VIE & LA MORT

ET AUTRES PETITS TRAITES

97 pages, 13 €

EDITIONS AL DANTE

LE SITE DES EDITIONS AL DANTE

 

BIBLIOGRAPHIE DE JEAN-MICHEL ESPITALLIER

 

Ponts de frappe, Fourbis, 1995

Limite de manœuvres,1995

Gasoil : prises de guerre, Flammarion, 2000

Pièces détachées : une anthologie de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2000

Fantaisie bouchère (grotesque), Derrière la salle de bains, coll. « Poésies Mécaniques », 2001 

Le Théorème d’Espitallier, Flammarion, 2003 

Tanger / Marseille : Un échange de poésie contemporaine, (avec : Yassin Adnan, Mehdi Akhrif,        Emmanuel Hocquard, Claude Royet Journoud, Abdallah zrika), coll. « Import/Export », cipM, 2004

En Guerre, Inventaire/Invention, 2004

Où va-t-on ?, Le Bleu du ciel, coll. « L’Affiche », 2004

Toujours jamais pareil (avec Pierre Mabille), Le Bleu du ciel, 2005

Caisse à outils : un panorama de la poésie française aujourd’hui, éditions Press-Pocket, 2006 

Tractatus logo mecanicus, Al Dante, 2006

Army, Al Dante, 2008

Syd Barrett, le rock et autres trucs, Editions Philippe Rey, 2009

 

 


24 septembre 2010

THEO LESOUALC'H, CLANDESTIN DE NULLE PART ET SIMULTANEMENT

 

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Guy Benoit (8, place de l'église 53470 Sacé), de sa propre main nous écrit à propos de Théo Lésoualc'h. Il nous écrit une lettre polycopiée jointe à un livre de 186 pages publié par lui à l'enseigne de Mai hors saison.


 ̋Théo Lésoualc'h est mort le 28 novembre 2008, il avait 78 ans.

Mime, homme de théâtre, photographe, sculpteur, grand voyageur, romancier, voilà un personnage "vivre" qui nous libère de notre médiocre cuisine intime !

Théo Lésoualc'h incarne L'ENERGIE DE LA MARGE, exemplaire, lui qui toujours refusa d'être un donneur de conseils. Totalement engagé dans son aventure. Trouveur de vie.

En 2006, nous avions demandé à Théo de regrouper tous ses poèmes et textes dispersés, ici et là, dans moult revues et ouvrages divers. Où en était-il du projet ? Nous avons pris la relève. Avec ce livre Lésoualc'h, clandestin ❚ de nulle part et simultanément, le lecteur est convié au parcours d'un frôleur trompant ses angoisses en sensualisant à travers les contrastes de la réalité et les pulsations de l'existence. Des échappées fulgurantes vers les hauts-lieux de la transformation sans interruption. Bras-le-corps du langage, tournis-images-brisures de tout, spirale fuyante du trop-plein du vide, et derrière les mots "l'ultra-âme du sonore". Du presque divin au plus que divin.

Lésoualc'h, clandestin ❚ de nulle part et simultanément n'est pas seulement un choix de poèmes, il contient des inédits, des lettres, un entretien, des articles, de nombreuses photos, une bibliographie ...

" contre la pollution du mot-mensonge" et dans la joie hurlante d'une amitié qui danse ̋.

 

Comment inviter mieux à lire cet hommage à Théo Lésoualc'h ? 

Avec Maurice Mourier, Guy Benoit, Marie Van Hamme, Luc Richer, Hideko, Michelle Benoit, Alejandro Jodorowsky, Jean Gaugeard, Angelo Rinaldi, Emanuelle Arsan, Jean-Pierre Bouyxou & Pierre Delannoy.

 

"oui, j'appartiens à l'autre éternité ...

la fugitive."

Théo

LESOUALC'H, CLANDESTIN

DE NULLE PART ET SIMULTANEMENT

192 pages, 18 € (port compris)

 

Règlement par chèque postal ou bancaire à l'ordre de Guy Benoit

8, place de l'Eglise

53470 Sacé

 

BIBLIOGRAPHIE DE THEO LESOUALC'H

08 septembre 2010

YVES MARTIN

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Photographie Eric Dussert

Lorsque je rencontrais Yves Martin, c’était souvent par hasard. La coïncidence opérait  généralement au sortir d’une salle de cinéma. Je me souviens d’une rencontre à la croisée d’un film que nous venions de voir, nos yeux en étaient tout encore injectés, et d’une manifestation estudiantine avec ses concetti et ses haros. Nous étions plongés dans l’hiver mais des fumées, des lueurs nous parlaient d’un 14 juillet. Une autre fois, ce fut rue Caulaincourt et nous prolongeâmes le hasard dans un estanco bien tranquille. Il était imposant Yves Martin dans sa gabardine cirrus. Ses rouflaquettes du siècle balzacien, sa voix pailletée d’ironie, sa retenue, même sous un flot de bière, me plaisaient comme un séjour en littérature. La Leffe m’aidait (elle m’aide toujours) à débloquer les empilements, à déverrouiller mes serrures. Je fis ce jour-là d’une bière deux coups. D’abord, je lui proposai de rejoindre la revue Roman – qui se souvient de la revue Roman à part peut-être François Coupry, Jean-Luc Moreau, Georges-Olivier Châteaureynaud, Chantal Chawaf ? Erik Orsenna, pas sûr, pas sûr du tout. Quant à Jean-Pierre Enard, Rafael Pividal, ils sont calenches et ma peine n’a toujours pas trouvé de remède. Oui, je proposai à Yves Martin de glisser dans le comité de rédaction comme une petite souris. Comme une petite souris, il s’insinua dans les bureaux des Presses de la Renaissance, rue du Four, Paris sixième arrondissement. Je me souviens de la table, plus ou moins ovale, garnie de cendriers. Et de la brume. Et du soleil. Une grande clarté saupoudrée envahissait la salle de nos réunions fréquentes. Yves Martin n’avait pas quitté sa gabardine cirrus. Il n’avait pas quitté son détachement d’enfant, ses habitudes de solitaire qui parle aux chats plutôt qu’aux chiens et probablement plus aux chiens qu’aux bipèdes. Il s’était tu. Il n’avait rien émis qu’une suite de sourires brefs, aimables, oniromanciens. Je dis oniromancien car on pouvait lire au-dessus de sa bonne humeur qu’il n’était pas fait pour les comités. Ou les raouts à plus de deux. Une dernière Leffe m’avait jeté dans un autre délire. Pas si délire que ça. Avec Bernard Loyal, nous préparions une série de films brefs. Portraits de poètes disant eux-mêmes leurs œuvres. Je désignais les victimes, esquissais le topo, la topographie, choisissais les pages idéales et l’affaire était mise en boîte. Il y eut Dominique Fourcade, Jean-Michel Maulpoix, Jean L’Anselme, Lorand Gaspar, Franck Venaille, Pierre Dhainaut. Tous furent filmés et Yves Martin se prêta au jeu, métro Saint-Paul. Cette série datant de 1987 et intitulée L’œil du poème est disponible à la Maison de la poésie et à Beaubourg. Il y a quand même une Leffe que je regrette de ne pas avoir bue, celle qui m’aurait permis d’interroger Yves Martin au sujet de Jean-Pierre Martinet. Vous connaissez Jean-Pierre Martinet ? Il en sera question ici, un de ces quatre prochains. Et je vous parlerai de nouveau d’Yves Martin. Mais d’ici là, s’il vous plaît, lisez ou relisez ceci :

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04 septembre 2010

MAURICE BLANCHARD

 

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À propos de Maurice Blanchard (1890-1960), il est convenu de dire que le poète des Barricades mystérieuses fut lu de son vivant par moins de cent lecteurs. Lesquels, tout de même, se nommaient Paul Eluard, André Breton, Benjamin Péret, René Char, Joë Bousquet, Julien Gracq, Gaston Bachelard, Edmond Jabès, André Pieyre de Mandiargues, Hubert Juin, Henri Parisot, Marcel Béalu… Mais combien d’écrivains pourraient se vanter d’avoir touché autant de plumes fameuses ?

Maurice Blanchard avait été apprenti serrurier, maréchal-ferrant avant de devenir ingénieur-mécanicien spécialiste en résistance des matériaux puis de dévaler la pente d’une poésie qui brûle les doigts. Car il y eut les hydravions Blanchard comme il existe une écriture de résistance, à contresens des combats de rue, toute blottie dans le poing des mots.

La rage est synonyme de ce nom méconnu que l’on peut ranger, sans attiger, entre Rimbaud et Lautréamont.

« Vivre : c’est la guerre ! »

Le ton est donné.
Maurice Blanchard composa de 1929 à 1955 une poésie de constat amer. D’un lyrisme où souffle le sable, les ajoncs et quelques hallebardes. Avec un titre comme C’est la fête et vous n’en savez rien (GLM, 1939) on s’attend à des éclats d’ébriété, ce sont brisants qui écorchent les yeux, vagues bien effilées de mots coupants à tous les coups.

Et quel style ! Celui du porphyre qui vibre.

medium_Numeriser0001.6.jpgPour en toucher la pulpe, lisez Les Barricades m ystérieuses (Poésie/Gallimard, 1994) et La Hauteur des murs que les éditions Le Dilettante viennent de mettre en vente avec une excellente préface de Vincent Guillier.

La Hauteur des murs avait paru en 1947 chez Guy Lévis Mano (GLM) et, en 1979, les éditions Plasma placèrent le recueil à la suite de C’est la fête et vous n’en savez rien.

On peut affirmer qu’il s’agit là du meilleur de Maurice Blanchard. Textes puissamment contenus, ramassés, concis comme des traits qui vont exactement au but.

En fin de volume, Vincent Guillier propose deux inédits.

MAURICE BLANCHARD

LA HAUTEUR DES MURS

LE DILETTANTE

123 pages, 15 €

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LE DILETTANTE

BIO-BIBLIO DE MAURICE BLANCHARD

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RECHERCHER

Hommage à Maurice Blanchard

Revue Le Grand Hors-Jeu, mai 1992

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Maurice Blanchard par Pierre Peuchmaurd

Seghers, Collection Poètes d’aujourd’hui, mai 1988

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03 septembre 2010

COLETTE THOMAS

 

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Colette Thomas dont la figure est à jamais associée aux derniers jours d'Antonin Artaud a refermé son ombrelle. Son nom (celle d'une fille de coeur) vient se graver auprès de Genica Athanasiou, Anie Besnard, Cécile Schrammer, Jany de Ruy, Paule Thévenin, Marthe Robert. Anges de "la chasteté qui conserve l'âme".

Sans doute Colette Thomas nous a le plus ému qui glissa lentement au gouffre. Elle connaissait les trajectoires intérieures par où le poète descendait. Colette Thomas s'éloigna du monde à partir de la mort d'Artaud, tout en laissant Le Testament de la fille morte (Gallimard, 1954) et le souvenir d'une lumière blonde qui voulait se fondre dans le coeur de l'exception.

Le Testament de la fille morte paru le 10 mars 1954 est un livre à redécouvrir. L'ouvrage inscrit au catalogue Gallimard n'est plus disponible. Qui fera le travail d'exhumation ?

Deux portraits de Colette Thomas par Antonin Artaud

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17 juillet 2010

LUCIEN SUEL TRADUCTEUR DE JACK KEROUAC NOUS FAIT QUELQUES MOUES DE VEAUX

 

 

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L'activité de Lucien Suel est sans répit. L'infatigable est récompensé de ses peines, aussi de ses joies. Son vingt-troisième livre, Mort d'un jardinier, publié à La Table Ronde en 2008 vient de paraître en poche. C'est le numéro 5105 de la collection Folio Gallimard. Va-t-il se reposer ? Rien n'est moins sûr. Lucien Suel doit pourtant envisager l'oisiveté. Il le faut pour admirer les porcs et mirer les moues de veaux. Ecrit-il sur une ardoise bord à bord ? Ce compassionnel (vraiment compassionnel ?) de la vie animale qui remplit nos assiettes rédige pendant que cliche Patrick Roy. Les photographies de Patrick Roy sont des gros plans sur des museaux nés pour perdre. Lucien Suel nous parle des animaux comme il sait le faire du jardin, d'être à être allais-je dire. On dirait qu'il remplit des cases, comme le veau occupe l'espace à mangeoire et le porc son bâtiment d'engraissement. Le texte et l'image se coudoient. Ce n'est pas ainsi dans le monde vrai où l'homme n'est pas l'ami du loup, où le loup n'est pas copain comme cochon avec le cochon.

Ainsi qu'il est écrit en quatrième de couverture de Têtes de porcs Moues de veaux, Lucien Suel est né en 1948 à Guarbecque dans le Pas-de-Calais où il vit aujourd'hui. Editeur, traducteur, lecteur, artiste postal et poète ordinaire, il a animé de 1989 à 1998 le magazine MouE de VeaU. Traducteur donc. Alors que paraissait Sur la route sous-titré Le rouleau original chez Gallimard (quarante mètres d'un rouleau de papier qui "déroulé sur le plancher ressemble à la route"), les éditions La Table Ronde publiaient le Livre des Esquisses, un ensemble de notes couchées sur le motif entre 1952 et 1954. Du motif, il y en a entre New York et San Francisco, entre Montréal et Paris. Motif en forme de paysages, de visages, de grandes questions. Motif orné de rencontres : Burroughs, Ginsberg. Motif à mélancolie : l'évocation de la mort de Gérard, le frère de Jack. Motif à parler littérature : Dostoïevski, Melville, Blake, Yeats, Lawrence. Motif pour s'encourager à écrire

Alors en moi cette écriture finira

par être le moyen d'alléger

peu à peu le fardeau

de mon éducation

pour occuper mon temps

une self-thérapie du fardeau éducatif

personnelle & surréaliste vers la

Paix Agraire & Fellaheen

Motif pour dire la supériorité du peuple Fellaheen. Occasion pour nous de visiter le monde à toute berzingue en suivant la colonne des mots de gueules, de sable, d'azur et de sinople vaillamment traduits par Lucien Suel. Nous suivons Jack Kerouac alias Memory Lane jusque dans Paris où il s'étonne de croiser des "types bizarres à la WC Fields". On ralentit le pas rue des Ecoles. On se cache derrière la statue de Montaigne pour observer l'homme qui inventa le jazz et le verbe tressés.

Assis dans un petit parc sur la place Paul-Painlevé

- une ligne courbe de magnifiques tulipes rosées

raides et se balançant, des gros moineaux ébouriffés, superbes

mademoiselles aux cheveux courts (une qui ne devrait jamais passer une nuit solitaire à Paris, garçon ou fille, mais je suis

un vieil homme mauvais & haïssant le monde qui deviendra le plus grand écrivain ayant jamais vécu)

On referme le Livre des esquisses avec le tournis bezef bono, heureux et triste mais mieux instruit :

ECRIS EN PETITS CARACTERES

QUAND T'ES BOURRE

chuchote Jack Kerouac. Il ne faut pas tromper le lecteur avec de grands mots. Ce que Kirouac (lire page 225) savait, ayant beaucoup bu (rouquemoute et cie)

Boire c'est bon pour

l'amour - bon pour

la musique - que ça

soit bon pour

l'écriture -

Cette ivrognerie est mon

alternative  au suicide,

& c'est tout ce qui reste

Cartographies flash sur un rail de grand huit. Il fallait un poète (pas si) ordinaire (que ça) pour transposer en langue française déflagratoire le poète bop. Lucien Suel l'a fait, bien fait. Il habite Jack Kerouac depuis si longtemps.

 

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style="font-weight: normal;">TETES DE PORCS

MOUES DE VEAUX

Patrick Roy & Luci en Suel

8 €

Pierre Mainard éditeur

14, place Saint-Nicolas 47600 Nérac

 

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LIVRE DES ESQUISSES 1952-1954

Jack Kerouac

Traduction de Lucien Suel

383 pages, 23 €

La Table Ronde