22 août 2010
GASTON CRIEL

En lisant l’excellente biographie de Serge Sanchez sur François Augiéras (François Augiéras, Le dernier primitif, Éditions Grasset, 2006), j’ai de nouveau rencontré le nom de Gaston Criel. Et cela a soufflé sur moi, comme ce vent d’enfance parfumé de goémon alors que la mer se déroule au-delà des sens.
Gaston Criel, secrétaire d’André Gide et locataire de Jean-Paul Sartre (moyennant un paquet de Gauloises), assistant de Jean Cocteau sur le tournage de la Belle et la Bête, fut celui qui négocia auprès de Jérôme Lindon la publication du Vieillard et l’Enfant aux Éditions de Minuit.
Ce poète et romancier du Paris rebelle et artiste (tautologie, n’est-ce pas ?) connaissait le meilleur des mondes, celui qui s’insurge en fête sans jamais se lasser de remettre l’utopie sur le tapis. Autre temps, dirait-on.
Il faillit obtenir le Prix Goncourt pour La Grande Foutaise (un titre qui en dit long sur la cosmogonie de Gaston) et reçut, ce qui est beaucoup mieux, les louanges bien sincères d’Henry Miller, spécialiste en littérature égale de la vie.
Gaston Criel est l’auteur d’une œuvre importante (qu’il conviendra un jour de rendre à son public) et d’un livre époustouflant : Swing. Samuel Tastet qui fut son ami s’est toujours démené pour faire tinter le nom de Criel (cri et ciel) aux oreilles de ceux qui aiment vraiment la littérature. Pour la troisième fois, il publie Swing (avec préface de Jean Cocteau et témoignage de Charles Delaunay) par amitié et conviction.
Ce livre est en effet une quintessence de haute écriture et, son nom l’indique, l’une des meilleures introductions au jazz.
J’eus le bonheur de connaître et de fréquenter Gaston Criel qui partageait des plages d’oisiveté avec Duke Ellington, Charlie Parker, Earl Hines et Mezz Mezzrow sans que l’auteur de Sexaga et de L’Os quotidien ne me fasse sentir comme un décalage d’envergure. Il était demeuré un enfant sans ego, puissamment vivant, joyeusement négligent devant la question du succès qui vient, ne vient pas, tant mieux, tant pis. Admirable Gaston. Celui qui avait été, je l’ai dit, l’ami de Sartre et de Cocteau, me demandait mon avis sur les textes qu’il venait d’écrire. Histoire de bœufs tirés par la charrue.
Alors que je collaborais à Libération et que Samuel Tastet faisait paraître, une première fois, son hymne au jazz salué par Francis Picabia, Boris Vian, Frank Ténot…, j’écrivis un éloge de Swing rehaussé de son portrait en aigle bienveillant. Nous étions en juin 1982 et Gaston m’invita sur une terrasse de l’Avenue Foch pour me remercier de mon travail.
Nous bûmes et déconnâmes en évoquant Pink Floyd, Frank Zappa et les Stones dont il était un auditeur intense. Voici un événement dont je me rappelle sans une tache d’ombre.
Car c’est ainsi que la littérature m’a toujours parlé.
Ceux qui écrivent en excellence sont excellents.
Autrement dit, joyeux et bons.
Tel était Gaston.
Tel est Swing. Livre et dancefloor tout à la fois. Guy Darol
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Poésie
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20 juillet 2010
SAMUEL VEIS PREND LA NUIT DE VENISE

S'il était un animal, ce serait un loup. S'il était une ville, son nom serait Venise. Samuel Veis est un photographe nyctalope (parfois matutinal d'où Le Mur de Gainsbourg, Samuel Tastet Editeur, 2009) doté d'un regard et d'une fraternité de loup. Car le loup est doux, fraternel et libre. Il va comme le vent et non pas comme l'oiseau (infiniment plus territorialisé). Donc Samuel Veis est un photographe et un loup, allant comme le vent dans Venise. Venise est son terrain de jeu depuis la nuit de son temps. C'est là qu'il respire le mieux. C'est là qu'il voit, autrement dit au-delà du delà.
Et c'est ainsi qu'il faut regarder ce livre, comme un loup suivant le loup dans une ville sans homme. Il n'y a que des souvenirs de l'homme dans les 82 phantom'graphies de Samuel Veis. Ah ! j'oubliais de dire : le loup voit les couleurs.
VENEZIA LA NOTTE
Samuel Veis
127 pages, 39 €
EST | SAMUEL TASTET EDITEUR
04:25 Publié dans DISSIDENCE UNIVERSELLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : samuel veis, samuel tastet, venise, photographe, photographie, images, culture |
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06 octobre 2009
SAMUEL TASTET REEDITE SAMUEL VEIS/LE MUR DE GAINSBOURG

L'éditeur Samuel Tastet réédite Le mur de Gainsbourg du photographe Samuel Veis, un ensemble de cinquante-cinq clichés réalisés aux aurores les 10, 18 et 28 février 1992, soit un peu moins d'un an après le décès de Serge Gainsbourg. Ces photographies révélant « l'audace d'un incontrôlable espace de liberté » saisissent l'expression des gestes et volées passionnelles d'une époque. Plusieurs fois menacé d'effacement, le mur de la rue de Verneuil est bien, en effet, un espace mouvant, un palimpseste réalisant l'évolution des tracés, suivant ainsi l'accélération des techniques. Il est donc émouvant de retrouver l'état du mur, depuis recouvert d'autres signes, d'autres élans, d'autres manières. Confrontés à la fuite du temps, nous regardons le mur dans un rétroviseur, celui que nous tend Samuel Veis. Ces images agissent sur nous comme ces foyers de nostalgie qu'attisent Willy Ronis, Robert Doisneau, René-Jacques ou Henri Guérard. Livre de mémoire rehaussé d'impressions écrites par Samuel Veis, comme les points d'acupuncture d'une topographie. Guy Darol

LE MUR DE GAINSBOURG
Samuel Veis
EST - Samuel Tastet Editeur, 2009
CONSULTER
10:02 Publié dans DISSIDENCE UNIVERSELLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : samuel tastet, samuel veis, serge gainsbourg, rue de verneuil, photographie, paris, culture |
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18 janvier 2009
INGER CHRISTENSEN 1935-2009

J'apprends sur le site de mon ami Pierre Joris la disparition d'Inger Christensen, auteur d'Alphabet, ouvrage que je tiens pour la meilleure cosmogonie poétique de tous les temps. Il fut traduit du danois par Janine et Karl Ejby Poulsen et publié en 1984 chez Samuel Tastet Editeur (EST).
Karl Ejby Pousen y présentait Inger Christensen en une préface minutieuse et éclairante.
Il est urgent d'explorer cette oeuvre qui consiste pour le lecteur en une expérience solaire. Lire Christensen, c'est sentir différemment, c'est-à-dire avec la plus haute densité, notre rapport au monde. Avec Christensen, plus de barrières entre dehors et dedans. Nous sommes le tout roulant des yeux, extatique, joyeux.
COPENHAGUE (AFP) — La poétesse danoise Inger Christensen, souvent citée parmi les écrivains susceptibles de recevoir le Nobel de littérature, est décédée à l'âge de 73 ans, a annoncé lundi sa maison d'édition danoise Gyldendal.
"Elle est morte vendredi 2 janvier", a seulement indiqué une porte-parole Gitte Larsen sans pouvoir préciser les causes ou le lieu du décès.
Née le 16 janvier 1935 à Vejle (ouest du Danemark), professeur de son métier, elle avait publié ses premiers poèmes en 1962 avec "Lys" ("Lumière") suivis de "Graes" (Herbe, 1963), puis d'essais, romans, et de livres pour enfants.
Elle est l'une des figures littéraires du Danemark les plus connues à l'étranger et son oeuvre a reçu de nombreux prix internationaux.
L'un de ses recueils de poésie, "La vallée des papillons", en 1991, est considérée par les critiques comme son chef d'oeuvre.
"Elle a tiré du monde stérile et souvent monotone de la poésie systématique une richesse d'intonations unique, utilisant un système impersonnel pour formuler une poésie hautement personnelle" selon le maître de conférence Erik Nielsen à l'université de Copenhague.
Pour lui, Inger Christensen "est difficile à situer mais personne ne doute de sa présence, car une force presque inébranlable émane d'elle. On dirait que le monde se réfugie dans sa peine et ne pourrait mieux se protéger".
Membre de l'Académie danoise depuis 1978, de l'Académie européenne de poésie (1996) et de l'Akademie der Künste à Berlin (2001), elle a obtenu notamment le prix nordique de l'Académie suédoise (1994), appelé "le petit Prix Nobel", et le Grand Prix des Biennales internationales de poésie (1995).
SUR INGER CHRISTENSEN, LIRE
09:55 Publié dans LITTERATURE TUMULTUAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : inger christensen, karl ejby poulsen, samuel tastet, pierre joris, prix nobel de littérature, littérature, culture |
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11 juillet 2006
JOSEPH DELTEIL BRILLE DANS LA PRESSE
Mon évocation de Joseph Delteil, disponible en librairie depuis le mois de juin, suscite quelques sympathiques remarques dans la Presse. Par exemple :
L'OURS - Juillet-Août 2006 - N°360
Frédéric Cépède
EST - Editions Samuel Tastet
BEST - Bibliothèque des Editions Samuel Tastet
Diffusion Jean-Michel Place
10:00 Publié dans JOSEPH DELTEIL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : joseph delteil, frédéric cépède, dominic kerriou, samuel tastet |
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