20 avril 2012

STANISLAS RODANSKI OU LE DEFI DE PERDRE

41814_138044782888664_7666_n.jpgFaiblement remarqué depuis la publication, en 1975, de La Victoire à l’ombre des ailes avec préface de Julien Gracq et couverture illustrée par Jacques Monory, le nom de Stanislas Rodanski (1927-1981) persiste néanmoins comme un fanal inextinguible, comme le signe qu’une certaine idée de la littérature ne veut abdiquer, celle qui voit dans le geste d’écrire une recherche doublée d’un risque.

Stanislas Rodanski connut la déportation en Allemagne puis l’isolement dans les  services spéciaux de la psychiatrie. Il passa de l’horreur à l’erreur et fut sans cesse épouvanté jusqu’à s’échapper dans le silence qui est l’ultime secours des rêveurs d’Absolu. Écrivain indifférent, il se moque de « la singerie littéraire » autant que de la parution de ses propres écrits. Et cependant, ceux-ci continuent d’affluer vers nous. Après les justement nommés Écrits (Christian Bourgois éditeur, 1999), voici Requiem for me, ensemble de textes annoncés et véritablement attendus par ceux qui se tiennent de préférence à la frontière des deux mondes.

Lire Rodanski n’est pas une évasion simplifiée, l’échappée belle qui fait l’allégement de la vie quotidienne, une parenthèse radieuse, un divertissement. C’est suivre le fil d’une pensée qui se régénère dans les mythes, qui consent au « régime des coïncidences » et à l’exactitude des songes. C’est pousser la porte qui s’ouvre sur l’Ailleurs, univers du temps suspendu, pays de l’éternelle jeunesse. Et c’est, plus vertigineusement, prendre le pari que Shangri-la existe, Cité de l’immortalité ainsi que nous la montre Frank Capra dans Lost Horizon, son film de 1937 d’après un roman de James Hilton.

Ainsi que l’a indiqué Sarane Alexandrian, Rodanski est dans la lignée de ceux qui ont pratiqué « l’écriture des abîmes ». Il faut, pour le mieux saisir, avoir lu Antonin Artaud et Lautréamont, Gérard de Nerval et Roger Gilbert-Lecomte, Luc Dietrich et Jacques Vaché. Il est utile de connaître la Vita Merlini et le cycle arthurien. Il vaut mieux s’être frotté un peu avec la vie de Lancelot ou celle de Morgane et tâter de la noire Mélusine, de l’inquiétante Lilith, de la dévoratrice Circé. Souvent Rodanski, autoproclamé « romancero d’espionnage », quête en ces contrées où l’on va sans revenir puisque en revenir c’est mourir. Il a donné aux mythes la valeur du vrai.

Il s’est dépouillé du seul nom que l’on accroche au nouveau-né et s’est déguisé en un Arlequin polysémique. Il est successivement et simultanément Arnold, Nemo, Astu, Tristan, Lancelo, autrement dit une multitude pour un même corps aussi immobile que possible. Et c’est ce qui adviendra dans les faits. En décembre 1953, âgé de 27 ans, Rodanski est interné à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Lyon d’où il ne sortira que 27 ans plus tard, libéré en quelque manière, mort si tant est que la mort existe dans le camp des rêveurs.

Rodanski n’a probablement jamais rien écrit qui ne soit autobiographique – l’autobiographie qui admet désirs et réalités, faits et fées. Ainsi Requiem for me, rédigé en 1952, nous renseigne sur certains épisodes de sa vie libre, celui où il roule au volant d’une voiture volée, celui où il s’engage dans un commando de parachutistes, cet autre où il prend le train pour Megève. Chaque épisode est un élan vers l’Ailleurs. En se rendant à Megève, il postule pour le Val sans Retour, domaine de Morgane, celui qui vous fait infidèle mais surtout chevalier. Dans le val périlleux de la forêt de Brocéliande, la maîtresse des enchantements retient les compagnons d’Artus. Seul Lancelot échappe à l’emprise de la Reine des Illusions.

Rodanski, Glucksman pour l’état civil, se dit Lancelot, guerrier indestructible, champion de l’intangible. Megève alias Bidonville nous est décrit comme un décor plus qu’une réalité. Megève est le lieu où les apparences sont jouées.

Être « un raté de l’aventure » fut la vraie vocation de Rodanski – avec Claude Tarnaud, il avait envisagé de fonder « le très select club des Ratés de l’Aventure ». Il n’avait d’autre but au fond que l’échec : « Je me pose un défi : perdre. – C’est ce qui me rend séduisant. » Cette opiniâtreté nous le rend aussi attachant qu’un Emmanuel Bove étranger au surréalisme. Car Rodanski fut surréaliste et comme tel excommunié pour « travail fractionnel ». Avec Victor Brauner, Claude Tarnaud, Sarane Alexandrian, Alain Jouffroy, Jacques Herold il avait créé la revue NEON ( N’Être Rien, Être tout, Ouvrir l’Être, Néant) devenant ainsi Chevalier du On, Lancelot d’une littérature où les mirages et les reflets valent un Royaume. Guy Darol

REQUIEM FOR ME, Stanislas Rodanski, Éditions des Cendres, 141 p., 18 €


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LE SITE DES EDITIONS DES CENDRES



NOTEZ-BIEN : L'Association Stanislas Rodanski organise de multiples manifestations autour de Stanislas Rodanski à partir du 24 avril prochain. C'est à Lyon, à la Bibliothèque municipale.

Parallèlement, Fage éditions propose, sous le titre Stanislas Rodanski, éclats d’une vie, une anthologie biographique réalisée par les organisateurs de l’exposition et assortie de documents iconographiques exhumés pour la toute première fois.


15 septembre 2009

SARANE ALEXANDRIAN ❘ 1927-2009

 

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Le poète Sarane Alexandrian vient de mourir. Il est l'une des grandes figures du surréalisme et de ses tensions. Proche d'André Breton et de Victor Brauner, il rencontre l'évasif Stanislas Rodanski avec lequel il fonde, en 1948,  la revue NEON (N'Etre Rien Etre tout Ouvrir l'être Neant) ralliée par Alain Jouffroy et Claude Tarnaud.

Sarane Alexandrian dira au sujet de NEON dont Rodanski souffla le titre: « Nous adoptâmes aussitôt avec enthousiasme ce titre, qui symbolisait la lumière de la modernité. Il revient donc à Rodanski le mérite d'avoir donné son nom au premier organe surréaliste d'après-guerre, NEON, dont l'apparition souleva quelques polémiques à l'époque, parce qu'il opposait le mythe à la réalité quotidienne, la magie à la politique, l'érotisme à la religion, et le mystère de la vie à l'épaisse grossièreté du monde ».

Romancier, essayiste, historien d'art, journaliste, Sarane Alexandrian avait créé, en 1995, la revue Supérieur Inconnu.

Proche du peintre Jacques Hérold, il avait publié en 1980, Les Terres Fortunées du Songe (Editions Galilée), un texte illustré par son ami.

Parmi d'autres écrits, on retiendra :

Le Surréalisme et le rêve, Editions Gallimard, 1974

Histoire de la philosophie occulte, Editions Seghers, 1983

Histoire de la littérature érotique, Editions Seghers, 1989

L'aventure en soi, Editions Mercure de France, 1990

Pour le mieux connaître, lire :

Christophe Dauphin, Sarane Alexandrian ou le grand défi de l'imaginaire, Bibliothèque Mélusine, Editions L'Age d'Homme, 2006.

Avec la mort de Sarane Alexandrian disparaît une certaine conception de la littérature comme opération de l'esprit. Guy Darol

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29 novembre 2006

CLAUDE TARNAUD

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Claude Tarnaud
Il est suffisamment rare de découvrir les écrits de Claude Tarnaud pour que je vous signale la publication d'un inédit dans la dernière livraison de la revue Supérieur Inconnu.
Ce "Victorbe" est un hommage à Victor Brauner et au pouvoir d'évocation de sa peinture.
Une note de "La forme réfléchie" - ouvrage réédité en 2000 par les soins de Sébastien Petibon -
offrait un extrait ("Bouleversées également et entachées de nullité, nos notions courantes d'équilibre...") de ce texte aujourd'hui publié dans son intégralité et accompagné d'une photographie où l'on voit Brauner tenir dans ses bras la jeune enfant d'Eaudine et Claude sous le regard amusé de ce dernier, scène placée sous les auspices d'une peinture de Victor accrochée au mur extérieur de l'atelier. Michel Frémon


medium_a_sa.jpgRevue Supérieur Inconnu
9, rue Jean Moréas
75017 Paris
Directeur de la publication :
Sarane Alexandrian